Bravo Emilie et Gaspard
Bravo Emilie et Gaspard
(2011 arrive aux Enfers. Lucifer l’accueille, les bras ouverts)
Ah ! 2011 ! Mon ami ! Viens dans mes bras !
Allez, sers-moi fort, enfin pas trop non plus, parce que toi, quand tu étreins, tu secoues mon coquin ! Ah ça, les nippons, la pulpe de leur Orangina n’est pas restée au fond ! On ne pourra pas dire que l’année du Lapin leur aura porté bonheur, hein ?
Ah non, t’en veux pas ! J’applaudis ! Le nucléaire, tout ça, tu as bien fait, les japonais, ils n’étaient plus à un petit Nagasaki près ! Ah Hiroshima, mon amour…
Tu sais qu’avec toutes les autres annus horibilis qui sont ici, tu nous as scotchés ? Bon, il y a bien 2001 qui t’en veux pour l’assassinat de Ben Laden, mais ne t’en fais pas, il est jaloux. 2750 morts avec deux tours et toi, plus de 200 000 en une journée avec de la flotte… Comme me disait Leni Riefenstahl, y’a pas photo ! Par contre, Patrick Swayze nous a fait une dépression devant la vague qu’il n’a pas pu surfer.
Le coup des révolutions arabes, c’est incroyable ! Au début, on s’est dit, ça y est, en voilà une qui va faire son intéressante, plus de dictateurs, la démocratie, tout ça, que ça va être chiant… Et là, coup de génie, les islamistes, la charia, l’Egypte qui s’en remet pas, la Syrie… Putain, la Syrie, t’as Benito et Adolf qui sont admiratifs. Bachar, il est attendu pour des happy hour d’enfer !
Pour la crise aussi, t’as bien emboîté le pas à 2007. De pire en pire ! Enfin, vu d’ici, de mieux en mieux ! Ah les Grecs, le sirtaki à poil ! Les Espagnols, ruinés, béats d’admiration pour leurs footballeurs payés des milliards ! Tu as fait rêver les pauvres, quelle classe ! L’Europe a l’accent allemand, les Rosbifs dehors, un bébé pour Carla et pour la réélection de son mari, Obama qui ne gracie pas les condamnés à mort, le dingue qui flingue plus de 90 personnes en Norvège et qui ne sera pas jugé parce qu’il est fou, et cette famine en Afrique qu’on pourrait tous voir sur nos écrans Lcd Plasma Digital 3D et que tu as réussi encore à dissimuler… ! What else ?
Où es-tu allé chercher tout ça ?
La mère Bettencourt, c’est pas génial non plus ? J’en connais chez les Farcs qui doivent se les bouffer de ne pas avoir pris la bonne en otage…
Et le procès de Chirac, condamné 20 ans après les faits… ? Tu sais qu’en plus, tout le monde trouve ça bien, « c’est historique » qu’ils disent ! Avec tous les escrocs dans le coin, on est était plié. Ah si !
En plus, franchement, je pense que tu as trouvé le moyen extraordinaire de rassembler les juifs, les musulmans et les catholiques. Il suffit de traiter Dieu de con ou de le représenter et là, t’as les cocktails Molotov ou des manifestations un peu partout devant les théâtres. C’est brillant !
Bon, ça ne peut pas être parfait non plus. La libération des deux otages, là, j’ai trouvé ça moyen. En plus, les mecs avaient l’air en forme. Heureusement que t’en as fait égorger un ou deux derrière sinon l’espoir renaissait… Ton truc des Indignés aussi, fais gaffe, ils sont tellement cons là-haut que ça peut marcher. Et niveau chanteurs, c’est pas terrible non plus. Regarde 2009, il a emmené Jackson avec lui. 2010, Jean Ferrat. Et toi, là, tu nous envoies Amy Winehouse. Catastrophe ! En deux jours, elle nous a siphonné le bar, merci !
Et, personnellement, ma déception, c’est DSK. Bon, c’était rigolo, sympa tout ce cirque, la chute d’un homme puissant et tout le tintouin, mais tout ça pour quoi ? Rends-toi quand même compte que tu as privé 2012 d’un probable scandale sexuel tout en haut de l’Etat français ! Bah oui, tu t’es précipité ! Il y en a quelques uns maintenant qui sont prêts à ériger une statue à la gloire de Nafissatou Diallo…
Mais je ne t’en veux pas, t’as quand même drôlement bien bossé. Allez, vas-y, il y a 1929 et 1936 qui sont impatients de te rencontrer…
(2011 s’en va vers le bar. Lucifer, hurlant, harangue l’étage supérieur)
Hey ! 2012, t’es pas chiche de faire mieux que 2011 !
(pour lui, regardant sa montre)
Bon, de toute façon, si les Mayas n’ont pas dit de conneries, elle devrait descendre plus tôt que les autres, cette année-là… »
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Et malgré tout, en regardant au cœur du noir, on peut y déceler des lumières, des étincelles d’espoirs. Moi, j’ai envie d’y croire, au travers des yeux de Harold, mon filleul, de toutes celles et de tous ceux que j’aime, de vous, qui lisez ces mots. C’est nous qui écrivons l’histoire, pas l’inverse.
Avec force, intensité et insolence, car il en faudra pour donner des couleurs à ce monde un peu trop triste, un peu trop gris, je vous souhaite une année où la santé n’en sera que meilleur.
Je vous souhaite la tendresse, de l’écoute auprès des vivants, des mourants. Je vous souhaite des mains qui se serrent devant l’adversité et la maladie.
Je vous souhaite la joie de toujours trouver de l’humain dans tout ce que vous ferez, chez tous ceux qui croiseront votre chemin.
Au plaisir de vous voir un peu plus cette année.
Lilian
… Parce qu’il y est question d’hommages. A l’Amitié, à Depeche Mode, à cette chanson sur les liens, à tout ce que j’aime, à Anton Corbijn, parce qu’aussi, c’est joliment réalisé et que c’est le plus grand cadeau de l’histoire… Merci Emilie. C’est fabuleux. Au fond, c’est à toi que ça ressemble.
Je vais dans ce centre de détention avec un entrain certain. Comme si j’allais retrouver de vieux camarades.
C’est assez casse-gueule d’écrire ceci, j’en ai conscience. Nos quatre ateliers, éprouvant pour moi, puisque dans une prison, le cadre de la bibliothèque n’enlevant pas les barreaux aux fenêtres, m’ont permis de mieux comprendre qui j’avais face à moi. Même si leur “pedigree” ne m’a pas été communiqué, j’ai senti, deviné, les actes que certains avaient pu commettre pour arriver jusqu’ici. Au fond, si j’étais intéressé de le savoir pour chacun d’entre eux, ce ne serait pas pour juger, mais parce qu’il y aurait là encore une histoire. Toujours une histoire.
Je ne peux mettre mon empathie de côté, je ne sais pas faire. De toute mon existence, je n’ai jamais pu et ce n’est pas là que j’aurais pu commencer. Les textes qu’ils ont écrits sont drôles, touchants et forts. J’en ai lâché ma plume ces dernières semaines. Nous avons plus de quarante minutes de spectacle à monter mardi ou mercredi. Je suis content, ravi, fier d’avoir été là et terriblement frustré de ne pouvoir aller plus loin avec eux. C’est bien la raison pour laquelle je vais repartir avec leurs textes sous le bras, pour tenter de les faire vivre, éditer.
J’ai eu une réflexion ou deux, ici, sur mon espace, à me dire que je ne devais pas m’attacher à des personnes comme celles-ci. Comme “celles-ci”. Celles-ci ont sûrement été comme moi, comme toi, comme vous. Je le redis, les tenants, les aboutissants, je m’en fous. Ces personnes-là ont été jugées, reconnues coupables. Point barre. Maintenant, place à l’humain. J’en ai rencontré six…
Un détenu, à dix jours d’être libéré, à tenté de s’échapper ce week-end. “Le con”, j’entends dire. Je crois surtout que c’est un acte qui dit la difficulté de se réinsérer. C’est sûrement la prochaine question sur laquelle je me pencherai. Avec, j’espère, l’aide de mes nouveaux camarades.
Dans quelques jours, je remonte à Paris.
Le cœur lourd, mais parce que rempli de tant de belles choses. Depuis mon arrivée ici le 1er novembre, j’ai l’impression d’en avoir fait autant qu’en trois mois. Les voyages, les rencontres, les regards, les paysages, l’inspiration… J’ai dans ma besace, dans les yeux, dans l’âme des jours riches où je ne me suis pas ennuyé une demie minute. Et puis, il y a aussi Muret, je reviendrai sur mon dernier atelier que j’ai donné aujourd’hui plus tard. Mardi prochain se donnera la représentation des textes des détenus devant les autres détenus. Moment fort à venir encore.
J’ai découvert aussi que la vie culturelle en milieu rural est puissante et est tenue par des personnes qui se battent non pas pour leur propre message, mais pour des convictions plus altruistes. Sûrement que ce discours résonne au plus profond de moi. Je le sais qu’il y a un homme en moi qui ne saura être le même, avant et après Lombez. L’auteur que je suis sait aussi qu’il vit sa plus belle expérience.
Pour en arriver là, je pense à celles et ceux qui ont été précieux et déterminants. Comme Hervé Francès qui m’a rattaché à la locomotive que je voulais abandonner en cours de route. Et sûrement ne sait-il pas combien il a été précieux. Emilie, bien sûr, qui m’a supporté, dans tous les sens du terme, Emeric, sans qui, je n’aurais pu faire un grand travail sur moi-même, Fabien, qui ne m’a jamais lâché la main, Sylvie qui m’a apporté l’idée de venir ici, et combien encore d’autres, dans mes amis les plus proches m’ont redonné confiance pour en arriver jusqu’ici.
A Lombez, Martine et Paul, qui ont œuvré de toutes leurs forces pour que je vienne, m’ont donné aussi la possibilité de rencontrer des humains extraordinaire. Eux-mêmes. Et Morgane, et Françoise, et Laurence, et Nicole, et Pascal, et Guy… La liste est longue. Bien sûr le CNL qui a financé ma résidence.
Mais j’ai le cœur léger aussi.
Je reviens en février…
Petite interview sur Radio Coteaux. Désolé pour le son et la fin tronquée de la deuxième partie, mais l’essentiel y est.