Dialogues de sourds

” – T’as vraiment une façon de voir les choses, je comprendrai jamais.

- Ben non, avant l’amour, l’ignorance, après l’amour, l’indifférence.

- Tu m’indiffères pas.

- Alors quoi, bordel ? Du jour au lendemain, tu passes une lingette sur tes amours et tu la fous à la poubelle, c’est ça ?

- Une lingette ? Cinq ans pour que je m’en remette, c’est au marteau piqueur que je t’ai enlevé !

- C’est bien, j’ai laissé des traces.

- Des cicatrices. Maintenant, chez moi, c’est des cractères le quotidien, je mets plus des patins sur mon parquet, mais des moonboots pour accéder à mes sentiments.

- Tu veux parler de pillonage ? Regarde ce coeur, on dirait le frère jumeau de Hambourg à l’été 43.

- Je t’ai jamais attaqué.

- Pire ! Tu m’as oublié. Putain ! L’oubli, c’est les mites qui bouffent les fondations en bois des baraques. Je me suis affaissé comme une merde.

- Tu comprends rien aux femmes, au fond.

- Et elles ? Elles ont fait un tant soit peu l’effort de me comprendre ?

- Mais tu veux pas qu’on te comprenne, ça te fous les jetons.

- J’ai pas peur qu’on me comprenne, j’ai peur de ce qu’on comprendra.

- Tu vois ? T’es tordu.

- Oh, c’est bon, s’il te plait, ignore-moi.

- Retour à la case départ alors.

- Ben oui. Enchanté, machine.

- Salut machin.”

~ par Lilian Lloyd le décembre 15, 2007.

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