Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

La solution

 

On est seuls, qu’est-ce que tu veux que je te dise ? On aura beau faire tout ce qu’on veut, on restera seul, tu imprimes ça ? Regarde-les tous ces gens médiocres parader aux bras de l’autre. Tout ça pour nous montrer qu’eux ne sont pas seuls. Mais au fond, ils le sont tous. Un couple, c’est quoi ?

Deux solitudes qui se rencontrent et qui sont trop lâches pour vivre chacun dans leur coin. Des lâches.

On nous a vendu l’amour parce que c’est tout ce qu’on a trouvé pour continuer notre putain de race humaine. Et t’as vu où on en est ? Quand t’es amoureux, t’es encore plus seul parce que l’autre ne pourra jamais te comprendre. Tu lui diras tout ce que tu ressens, elle n’en captera jamais le dixième. Moi, c’est ça qui me tue.

Peut-être que l’amour c’est trop lourd pour mes épaules.

Regarde-moi. J’y ai cru aussi. A chaque fois, j’en suis revenue avec le gueule de bois, on m’avait arraché le cœur et les dents du fond sans anesthésie. Je veillais comme une conne sur le sommeil de nos amours en pensant que ça allait me rapporter quelque chose en retour. Et tu sais ce que j’ai eu ?

C’est tout. Tellement j’ai pas dormi que j’en ai gerbé partout. Pourtant, j’y allais avec la main sur le cœur. Aujourd’hui, si j’ai toujours la main dessus, c’est pour le tenir car c’est à peine si mes artères le maintiennent en place.

Parfois, je voudrais crever d’amour sur la place publique. Comme un sacrifice ou une condamnation à mort. Regardez tous ! Contemplez ! La vie est à crever.

On est tellement seuls qu’on peut même pas trouver quelqu’un pour vous trouer la peau, même par amour.

Je suis vannée. Tellement fatiguée que j’arrive même plus à fermer les yeux pour mourir.

Merde que je suis con, j’y ai cru… Tu dormais là, près de moi, j’étais plus vraiment seul. Je te parlais, tu dormais. Non, j’étais plus vraiment seul. T’aurais pu te fondre sous mon épiderme pour qu’on ne soit plus jamais seul. Mais non, tu as dormi. Je t’ai parlé, tu dormais. Tu ne m’as pas répondu. En fait, j’étais seul. Comme un con à parler à une fille qui dort…

Au fond, ce qu’il nous faudrait, ce serait une bonne guerre où on irait à l’assaut des tripes de l’autre avec la baïonnette entre les dents. On s’écorcherait tous pour ne plus en parler de cette de solitude. On se foutrait le feu jusqu’à ce qu’il n’en reste plus un debout… mais tu vas voir qu’avec mon bol, je resterai le dernier con. Tout seul avec mon bidon d’essence et mon chargeur vide… En fait, non, même la guerre, c’est pas une solution.

Y’a pas de solution.

Y’a plus rien. Plus rien à donner. Y’a juste à se briser sur un iceberg et couler.

Je t’aime, tu sais. Mais ne te le répète pas, t’y croirais pas.

Tu m’embrasserais là, maintenant ? Parce que moi, oui. Je t’embrasserai parce que c’est tout ce qu’il me reste. Et tiens, appuies sur le manche, là. Pose pas de questions et appuie fort qu’on n’en parle plus, qu’on ne parle plus. Mais pleure pas, je vais finir par croire que tu m’aimes et ça, ce serait la merde, hein ? 

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Une Réponse

  1. lou wiz

    J’ai beau l’avoir lu des centaines de fois, je le redecouvre toujours..

    septembre 26, 2008 à 7:10

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