Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Archives de décembre, 2007

Bye and bye

2007 et des poussières,

ça va rester comme ça, des poussières, entre ceux qu’il y a eu à enterrer, certains espoirs morts-nés, ou encore des évidences quant au théâtre, de ce qu’il reste de désamour entre les souvenirs et le présent, ce qui est sous terre et sur ce qui y marche et des amitiés perdues, comme balayées par les dernières lingettes qui enlèvent tout,  y compris les traces de l’existence de l’autre au fond de soi.

2007, que des poussières.

Grand nettoyage et puis une main tendue, inattendue, d’un homme qui, l’air de rien, ouvre les portes et me les tient pour rentrer dans un nouveau monde. Tout est loin d’être fait, d’être gagnant, mais au moins, je vais au bout du rêve et de l’envie avec lui, Louis.

2007, des embryons donc.

Et toujours des êtres surprenants, de Davyd à Tonio, de Louyse à Emeline, et Lou, sur l’Olympe et les regards qui ne se démentent jamais d’Em, de Fabien, de John, de Gilles, d’Olivier, des gens qui comptent, de Julie, de Michel, de Jimmy, de Maud, d’autres qui manquent à l’appel et qui manquent tout court, de Yannik, de Jean-Mi, de Lucho, des L à la pelle et des majeurs faits à la mort, de Sigo, de Lucie ou de Caro

2007, encore des rêves.

2007, c’est dommage, j’en avais pas encore fini avec toi et voilà que tu te fais la belle. Mes amitiés aux années déjà passées, dis-leur qu’elles aussi me manquent et embrasse-les de ma part.

L.


Il faut accepter ses jours de pluie

Il faut accepter ses jours de pluie,

tu sais, tous ces moments où ça te tombe sur le coin de la gueule. Comme ils disent les gens « des cordes ». Toi, en-dessous, au trente sixième dessous, ça t’inonde et bientôt, très vite, tes pieds seront lourds et tes baskets, si neuves, si propres, tes escarpins de princesse, tout aura pris l’eau et sera lourd.

Il faut accepter ses jours de pluie,

autrement, on a l’air d’une poire à rester sérieux lorsque l’on marche devant tous les autres avec ses souliers qui font « pfouic, pfouic ». Plus ridicule, c’est un exploit.

Si tes pieds te semblent lourds, ce n’est pas à cause de ces mots qui ne sortent pas, c’est parce que t’as les pieds dans la mare. La seule qu’il y a à une centaine de mètres à la ronde. Invoquer le malaise ne sèche rien, poser avec son mal de vivre, ça donne des photos floues.

Il faut accepter ses jours de pluie,

et en profiter, danser, faire le gamin tant qu’il est encore temps, nager dans la première flaque venue, flirter avec la pneumonie et faire corps avec le rhume.

Ouais, on est seul, qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Mais le savoir, c’est le premier pas vers l’expression, vers soi, donc vers l’autre. Aucun mot n’est trop lourd pour immobiliser les hommes. Au contraire, les mots leur ont toujours brisé les chaînes.


One of a kind

 »

J’ai souvent voulu qu’il m’arrive quelque chose. Enfin. En réalité, j’ai toujours attendu l’occasion de devenir quelqu’un qui aurait vécu un truc grand. Parfois, j’ai souhaité que le train déraille pendant que j’étais aux toilettes. Je me voyais projeté un peu partout et bien qu’amoché, je sortais vivant des décombres encore fumantes. J’aurais voulu avoir à raconter ça, être le type dont on s’aurait dit qu’il avait vécu l’exceptionnel.

Etre personne, comme beaucoup de monde, c’est le quotidien d’un homme qui fantasme à devenir unique en son genre. Quitte à prendre la place d’un autre ou à s’improviser imposteur. Ceux qui se réalisent sont ceux se lèvent avec une idée et qui vont en faire le tour pour la construire. Moi, je réécris deux cents fois la première ligne pour finir de m’atteler à l’échec suivant. Ils m’ont toujours fasciné les mecs qui sont allés au bout de leurs rêves parce que, quelque part, le bout des rêves, c’est le réveil. Comme j’aime dormir, à peu près autant que d’éviter soigneusement de concrétiser la moindre chose dans mon existence, je regarde mes rêves comme un spectateur absolument pas impliqué dans ses images-là.

Jusqu’ici, je me suis évité à merveille. Jusqu’ici… »


Chanson d’amour

« Combien de jours peuvent saisir deux mains

Combien

Combien de déserts à abreuver

De langues à saliver

Combien d’amour pour t’aimer

Tant de cicatrices sur les bras

Pour apaiser la soif

Faire taire la misère

La douleur

Combien de jours peuvent saisir deux mains

Combien

Un instant j’ai cru qu’un doigt posé sur des lèvres

Serait la promesse des lendemains

Et de la pulpe je n’ai effleuré

Que l’éphémère

Combien de pas en avant

Pour revenir à la terre

Combien d’amour à combler

Des creux

Des sillons

Combien d’amour à avorter

Pour oublier

Combien de jours peuvent saisir deux mains

Combien

Combien pour me dire

Tout va bien

Je suis là »


Tendre comme lui

Aujourd’hui, c’est mercredi.

Et mercredi, c’est le jour… des sorties. Je vais penser à ce vieux camarade de cours à Nanterre, Romuald Beugnon. Il sort son premier – et bon – film « Vous êtes de la police ? » Voilà une bonne comédie signé par un garçon qui a un univers plein de tendresse et un regard un peu décalé sur les choses de la vie.

Le résumé ? Un inspecteur de police à la retraite dans une maison – de retraite donc – reprend du service pour élucider un meurtre. C’est drôle, léger et plein de petites choses au second plan. Le bougre a du talent. De plus, le plaisir de voir Jean-Pierre Cassel et Brialy pour ce qui restera leur dernières apparitions sur une toile de cinoche, ça vaut bien le prix d’une place. Allez-y, pour une fois qu’un premier film d’un mec qui sort de la Femis ne parle pas d’un mec qui se pose des questions sur sa sexualité, tout en essayant de se marier avec une pute hongroise sans papiers atteinte du SIDA et qui va se faire renvoyer chez elle, le tout se passant dans les rues les plus crades de Paris… Bref… Vous m’aurez compris.

Romuald… Tout un poème ce garçon. A l’avant première lundi soir, ce type n’a pas changé d’un iota. Au mieux, ce qu’il a perdu en épaisseur de cheveux, il l’a gagné en tour de taille, mais la même tête, le même regard comme inquiet, le débit de parole trop rapide pour être assuré, des gestes un peu gauches et une timidité qui lui donne le pouvoir d’être invisible.

Quand je l’ai vu prendre son micro pour nous présenter son film et dire que « voilà, c’est sept ans de boulot (de ma vie) », seigneur que l’émotion, la sienne, était belle et palpable. Romuald, c’est le premier et sûrement le seul de toute la génération 93-95 des Deug Arts du Spectacle à Nanterre à faire son film.

Que sont devenus les autres ? Fabien Menguy, mon alter ego, fait les critiques cinoche – entre autres – dans « A nous Paris » et préfère le surf à la plume, Karim Traikia, Guillaume Segouin, Claude Lebas et Rafaèle Huou jouent (ce sont pas des comédiens, ils jouent, j’aime assez cette nuance…), Christophe s’est recyclé dans le Web et fait des enfants. Quid des autres, de Patrice Almazor à Aline, Hismahane Yakini, Cyril, Marc et tous ceux dont les noms m’échappent, mais dont les visages sont encore là ?

Mais Romuald, lui, a continué et s’est réalisé. Bravo garçon. Romuald, c’était le petit gars avec la touffe à la Jackson Five – sauf qu’il est blanc – et une dégaine impossible. Il pouvait t’arrêter dans le couloir et te montrer son dernier tour de magie, qui foirait invariablement d’un jour à l’autre. Mais ce mec-là était touchant à sa manière. Oh, j’ai bien dû lui passer à côté quelques fois en le négligeant, nos deux univers n’ayant que très peu de ponts communs. Mais j’en garde que des souvenirs tendre, comme lui.

Lundi soir, il m’a rappelé que l’on avait fait quelques séries de photos ensemble. Il a rallumé ma mémoire sur ce coup-là et ça me dit bien quelque chose. A moi de lui dire que j’ai toujours en vidéo une impro de clown dans le cours de Nicole Félix entre lui et moi. Ca, à l’occasion, on se la matera ensemble… Romuald, qui, à l’époque, me voyait peut-être un peu trop beau, parce que la pratique m’était plus évidente que pour lui. Ce qu’il n’a pas compris, c’est que moi, par rapport à lui, j’avais besoin d’un nez rouge…

Bref, une longue note aux airs de vieille nostalgie, ça faisait bien longtemps. Quoi qu’il en soit, la soirée de l’avant première fut bonne et arrosée. Bien trop d’ailleurs. Les lendemains de gueule de bois, l’écriture prend des tournures de travaux forcés. J’arrête de boire. Mais comme j’ai déjà arrêté de dormir, j’ai peur que ça surcharge un peu, non ?

L.

Ps : le site de Romuald  http://www.romualdbeugnon.com 


Dialogues de sourds

 » – T’as vraiment une façon de voir les choses, je comprendrai jamais.

– Ben non, avant l’amour, l’ignorance, après l’amour, l’indifférence.

– Tu m’indiffères pas.

– Alors quoi, bordel ? Du jour au lendemain, tu passes une lingette sur tes amours et tu la fous à la poubelle, c’est ça ?

– Une lingette ? Cinq ans pour que je m’en remette, c’est au marteau piqueur que je t’ai enlevé !

– C’est bien, j’ai laissé des traces.

– Des cicatrices. Maintenant, chez moi, c’est des cractères le quotidien, je mets plus des patins sur mon parquet, mais des moonboots pour accéder à mes sentiments.

– Tu veux parler de pillonage ? Regarde ce coeur, on dirait le frère jumeau de Hambourg à l’été 43.

– Je t’ai jamais attaqué.

– Pire ! Tu m’as oublié. Putain ! L’oubli, c’est les mites qui bouffent les fondations en bois des baraques. Je me suis affaissé comme une merde.

– Tu comprends rien aux femmes, au fond.

– Et elles ? Elles ont fait un tant soit peu l’effort de me comprendre ?

– Mais tu veux pas qu’on te comprenne, ça te fous les jetons.

– J’ai pas peur qu’on me comprenne, j’ai peur de ce qu’on comprendra.

– Tu vois ? T’es tordu.

– Oh, c’est bon, s’il te plait, ignore-moi.

– Retour à la case départ alors.

– Ben oui. Enchanté, machine.

– Salut machin. »


Comme un pied

Lilian à Louis jeudi dernier :

 » – Tu vois, Louis, pour garder la batterie de ton portable nickel le plus longtemps possible, faut l’enlever quand tu restes sur le secteur. Je t’en apprends des trucs, hein ? Toi, sur ton mac, tu peux pas alors que moi, sur mon VAIO, je peux… héhé »

Il s’agit du même Lilian qui, dans la nuit de ce mercredi a mis le pied dans la prise de courant, éteignant donc son VAIO et pourrissant la moitié de la troisième version du scénario. Ce même Lilian qui s’est fait un front tout bleu à force de se taper la tête et qui s’en est même traité de fils de pute alors que son agréable mère n’y est pour rien.

Je me déteste. Tout particulièrement mes pieds.

Il est midi, j’ai pas dormi pour tout refaire.

Bonne nuit ou bonne journée donc.

Merci à UNKLE de m’avoir tenu éveillé quand même « War stories », une merveille.