Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Au panthéon des inattendues

Conversation téléphonique.

« – Oui ?

– Bonjour, Lilian Lloyd ? (prononcé à l’anglaise)

– Lilian ! (j’appuie lourdement sur le fait que c’est « an », pas « ane ») Donc, oui, c’est moi.

– Ah… C’est M.L.

Temps de réflexion aux alentours d’une ou deux secondes pour voir lequel de mes potes me fait cette connerie.

– Euh… dis-je avec une certaine confusion, sûrement palpable de l’autre bout du fil.

– J’ai eu vos coordonnées par M.I. qui m’a aussi passé certaines de vos pièces.

Temps de réflexion passé. C’est lui. A ce moment précis, je navigue à vue dans chacune de mes répliques.

– Mais c’est votre voix ? ne trouve-je qu’à balbutier.

– Qu’est-ce qu’elle a ma voix ?

– Ben… euh… en fait, c’est pas tous les jours que M.L. m’appelle.

– Non, c’est pas tous les jours c’est vrai, affirme-t-il comprenant peut-être que je suis en train de me liquéfier. J’ai lu vos pièces et je les trouve pas mal, même biens. Tout ne me correspond pas, mais j’aimerais voir si on pouvait se rencontrer pour en parler.

Mon cerveau va à six mille km/h. Il veut me rencontrer pour que je lui écrive une pièce, pas pour me faire une critique sur les trois qu’il a lues. Je peux pas me pincer, j’ai pas le temps, c’est la réalité. La porte du cinoche s’est ouverte avec Louis et voilà que de l’autre côté, le théâtre me rouvre la sienne. Quoiqu’il me demande, je réponds oui. Surtout ne pas perdre de temps.

– Oui, je lance donc. Quand vous voulez.

Voilà, c’est décidé, c’est bien, le gars qui maîtrise.

– Vous avez des préférences ? me demande-t-il.

– Oh non, c’est vous qui voyez, moi, je suis un auteur au RMI, j’ai tout mon temps.

C’est juste là que mon cerveau a serré. Ma blague fait un four total. Je baragouine je sais plus quoi derrière pour remonter ma côte. J’entends ses sourcils se froncer à l’autre bout du fil. Je rame, je rame (eh Lilian, tu rames…). Lui, bon joueur, fait comme si je n’avais rien dit et me donne son adresse et son emploi du temps. Nous convenons du rendez-vous. Il raccroche. J’ai le coeur sous adrénaline, les joues sans doute rouges. Ne plus jamais faire d’humour aussi con pour masquer un malaise à l’avenir. Assume.

Bref, chose inattendue. Mais bienvenue. Avant, je demandais comment contacter tous ces gens-là. Aujourd’hui, elles m’appellent. Emeric doit avoir raison. Finalement, ça avance…

L.

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Une Réponse

  1. Je sais pas qui c’est, mais bravo. Personnellement, ça ne m’étonne qu’au quart. Ce quart étant la part que je laisse généreusement au hasard. Et encore, c’est probablement moins.

    février 12, 2008 à 4:47

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