Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Archives de mars, 2008

Dernières heures

Paris, la nuit.

Derniers soupirs. Derniers verres. Au fond y traînent des citrons de demi-lune. L’alcool me monte à la tête alors que l’ivresse me fait du pied. Ma cravate a dénoué et libéré ma respiration. Des filles de défis me toisent. Je ne suis pas là pour chercher une compagnie. Je le suis déjà. L’Inconnu est là, à sourire de toutes ses dents, heureux que je l’ai convié à égrener les dernières heures d’une année qui nous appartient. Il voudrait prendre la main pour en saisir d’autres, mais je garde le volant, le garde à distance. Et le bruit devient assourdissant, les voix de tout ce monde surpassent celles de mon univers. Veste, manteau, chapeau et giboulée.

Paris, la nuit.

L’étoile montante du Starbucks Coffee m’offre un mocha blanc pour la couleur d’un ruban en commun. L’Inconnu montre encore ses dents. Je le garde sous l’étouffoir. Les pensées, assis, se percutent. Y’aurait-il un complice dans la pièce pour jouer avec moi ? Relever que ça oui et que ça non. Mon ivresse m’affaisse et mon esprit se mélange les méninges. Repartir. Merci aussi pour la sucette strawberry, « je vous lirai ce soir ». Bienvenue alors.

Paris, la nuit.

Les jeunes sont de sortis. C’est rasé, racé, ça fait du bruit, c’est déguisé. Ça fait des doigts, ça s’engueule, ça se donne des genres. Ça me file surtout la nausée. Des amoureux se pressent, s’embrassent, se rassurent d’être deux. L’Inconnu les définis, les décrypte. Il s’en donne à cœur joie et je l’entends réciter à voix haute ses trouvailles. Une jeune femme s’assoit en face. Les cheveux d’un châtain clair et les boucles aussi fatiguées que son regard. Ses pensées semblent aller au-delà des vitres où défilent les stations. Ses sourcils se froncent par-dessus ses yeux globuleux. Oui, la solution est tellement loin et ce n’est pas la peine de me regarder, l’Inconnu ne parlera qu’à moi ce soir. A midi, la jeune fille disait «  Je me pose toujours des questions ». J’ai dit « J’écris des réponses ». Je pensais « Je fuis mes interrogations ». L’Inconnu a grondé. Giboulées internes.

Paris, la nuit.

A trois heures de la résurrection, de ma naissance, je saisi des ironies. J’apprends de l’absence qu’elle n’a rien de bon, qu’elle n’est qu’absence. Que je n’ai juste à me résigner, à perpétrer un nouveau deuil. Les saisons sont les métronomes du temps qui passe. Les souvenirs, comme un glaçon dans la paume chaude. Il ne reste rien du passé, que des gestes et des paroles transformées. Avec le temps, ce qui reste s’embelli, et l’avenir s’espère.

Paris, la nuit.

L’Inconnu a écrit « je suis la seule personne qui m’ait toujours manquée ». C’est dire le niveau de solitude. Il grogne de nouveau. Je le rassure, mais l’un comme l’autre, on est tout seul. Avec l’âge, on finira bien par ne faire qu’un. Ça aussi, ça s’espère.

Paris, la nuit.

Joyeux anniv’ mon vieux.

 

L.

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Aux porté(e)s disparu(e)s

21 mars.

Toujours ce jour depuis 11 ans. Toujours ces pensées à l’adresse de ce qui n’est plus. De ce qu’on dit que cela s’est envolé. En réalité, ça a été dispersé. Peut-être que tout ce que je fais à cette même période, à avoir la tête à l’envers correspond à tout ça, à vouloir tout remettre en ordre. Moi et mes petites mains, mes petites idées, mes petites choses à inventer pour donner la vie. Je sais ce qui traîne dans les coins sombres du Passager Noir et je n’ai pas d’autres choix que de l’invoquer. Tout ce qui a la force de détruire peut aussi créer. Re créer. Du moins, essayer. J’écris sur un manque, sur des manques, le mot en forme de lasso pour saisir la douleur, la nommer pour mieux la dompter. J’écris sur ce qui n’est plus, dans l’espoir fou de le retrouver. J’écris un deuil permanent. De l’enfance violée, d’un amour voilée, d’une innocence coupable, d’une agonie que j’ai regardé les yeux bandés.

21 mars.

J’ai toujours pas digéré. Et quand on a ma mémoire, on ne digère jamais.

21 mars, merde.

C’est le printemps, ça renaît, même sur les cendres.

21 mars, c’est surtout deux jours avant le 23 et une bougie nouvelle à souffler. Mes tendres années, bon Dieu, où sont elles passées ? Les ai-je perdues, me les suis-je volées ? Dans quelque temps, dans peu de temps, j’aurais enfin la réponse. Je ne suis pas loin de clôre cette enquête-là.

21 mars.

Tous les ans, tout recommence là. C’est la bonne nouvelle.

L.

P.s. : Bonnaniv Olivier, Bonnaniv Papa.

P.s. ² : Et j’arrête d’écouter And Also The Trees à cette heure-là.


Anton Corbijnesque

Voilà le genre de clic-clac que j’aime.

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On trouve tout ça chez aR, l’oeil droit ou l’oeil gauche de l’ami Point G. Vous, je sais pas, mais moi, mais moi ça me cause et ça me cause des effets, des mots à glisser en dessous ou à côté. Ou ça me cause aussi de la fermer et de me laisser prendre.

Clap, clap, clap…


Torsion de l’esprit

« Ecrire pour ne pas devenir fou »

disait George Bataille. Alors que se profile ce soir la première de « Un cadavre exquis » avec toutes les angoisses que cela suppose, le nouveau sujet d’une pièce pour les Théâtropathes sera… la folie. Je ne sais pas si je dois trouver un lien entre ces deux évènements… Auquel cas, c’est inquiétant. En même temps, j’y suis pour rien. Un furieux brainstorming avec eux à donner comme mots clés « enfermement, folie, psychopathe, femme fatale, Darling, culpabilité… »

Et donc, un peu à la manière de ML de rajouter à la fin « il faut que ce soit drôle aussi ».

Ce qui est drôle, c’est de me voir dans l’alternance des sourcils levés à trouver quelque chose de drôle à dire là-dedans.

Bon, à toute pour celles et ceux que je verrais ce soir. Vous me reconnaitrez, je suis le mec avec le sourire plaqué sur le visage en guise de masque.

L.


In the mood for Lloyd

Ma vie.

Tant de buts, d’ambitions, d’envies, de désir. Le tout à faire passer dans le chas d’une aiguille.  Entre la persévérance,  l’adresse et la patience, il va falloir jongler.

Professionnellement, tous les voyants n’ont jamais été aussi verts. Justement, ça intrigue. Tu as encore raison Emeric, être un tailleur avant d’être un couturier – vivre de son métier avant de son art.

Mon sourcil droit est levé. ML m’appelle pour me dire « c’est pas mal ». Maurice me traduit et me dit « il veut pas dire que c’est bien ». Il y a tout à faire, c’est vertigineux mais c’est grisant. En six mois, je suis passé du stylo abandonné au clavier qui remplit ma gamelle. A cette étape, je suis le seul responsable de la réussite ou de l’échec.

Et Didier « Bleu » de rajouter que mon thème astral est fort beau. Il va finir par m’y faire croire en cet octobre joyeux.

Tout à faire passer dans le chas d’une aiguille.

Idée obsédante pour un bordélique.

L.


Pensées du jours en images & teasing

Dans six jours…

voilà la première image pour les premiers spectateurs du « Cadavre exquis ».

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Didier, à fleur de peau, sur la musique de celle-ci.

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 Maud, qui sait trouver les bonnes notes. Et Didier, sous la lumière de celui-là. 

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Patrick, incontournable peintre. Avec rien – et c’est le cas dans ce théâtre – il est capable de raconter une histoire. Elle te va bien cette photo, dans l’ombre. T’es le seul indispensable à mon univers. Merci un milliard de fois pour cette complicité.

Et puis, il y a Marc aussi aux décors et tous les autres sur scène, Laurence, Dominique, Richard, Odile, Gilles et Tonio à qui j’ai dédié la pièce… parce que sans lui, on en serait pas là… merci, hein !!!

;o)

Allez, y’a encore du boulot, à mardi soir prochain

L.


Clic & Clac

Allez chez ce garçon

http://enversmoi.canalblog.com/

Moi, je l’appelle Point G.

On se connaît un peu et malgré tout ce qu’il a pu croire, je ne l’ai pas détesté au premier regard. Bien au contraire. Le mec n’a rien à voir dans la vie avec ce qu’il produit. J’ai jamais vu autant de fossé entre l’homme et l’artiste. Moi, quand on me parle, on se rend compte très vite qu’il y a des répliques qui sortent de ma bouche. Chez lui, on l’imagine pas avec ces représentations là dans la tête. Impressionnant. Personnellement, j’adore, ça parle. C’est pas le tout d’avoir photoshop, faut savoir s’en servir. Là, il y a l’oeil, le réflexe et l’envie de raconter quelque chose.

Point G, je suis ton homme pour un projet écriture-photos. La proposition arrive sur ton bureau, t’en fais ce que tu veux.

Et Louyse, la même proposition te concerne aussi. Fais chauffer le Lumix, t’as autant de choses à dire. Il ne tient qu’à toi de lancer la première image pour que je t’y réponde.

Zou.

Je hais les mercredis, c’est bien pour ça que je les remplis de propositions. Quelqu’un d’autre en veux ?

L.