Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Archives de décembre, 2008

Un miracle

Humeur de fin d’année, mood et sensation. « Once », ce film, c’est un miracle, y’a pas d’autres mots.

Avec ça, bonne fin d’année…

L.

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Des visages

D’Isabelle maquillant Bernard,

de Martine, texte à la main, Jean-Michel, vacherie au bord des lèvres et Iker et son sourire de Fugain,

de Bernard, toujours aussi chouchouté par Sylvie sous l’oeil vigilant de Jean-Michel,

de René, sourire ravageur,

de René, encore lui, bien dans son rôle jusque dans son immaculé costume, face à Bernard, tout en sensibilité

jusqu’à la plage, juste avant le déluge et la main de la petite dame…

Ça va rester dans les yeux tout ça.

*

Et avec ça, le retour à la réalité encore plus dure que je ne le pensais… Comme je l’ai dit je sais plus où, voir Biarritz et mourir. Les couleuvres à avaler, c’est pas simple, mais le zoo qu’on me propose d’engloutir, ça risque de coincer un chouïa…


Voir Biarritz et mourir

Les promenades hors de soi ont vraiment du bon. Ne pas avoir à se draper de ce que l’on représente au quotidien est d’un repos, même si, pour le coup, mes yeux sont perdus au fond de mes orbites.
On va se la faire « pushing daisies » style : voici les faits : les Tracapar, compagnie de Biarritz ont mis deux ans à monter « La coulée douce » et pour leur unique représentation, ils m’ont bien gentiment invité à les rejoindre pour un séjour court mais intense. Je les aime ces rencontres. Elles me sortent des longues attentes dans lesquelles je suis plongé.
La belle équipe que voilà, de Bernard, le visage comme creusé par le sel de ses plongées en haute mer à Isabelle, la timidité et le doute jusqu’au bout des lèvres, en passant par Sylvie, petite fille de Sid Vicious, provocante, dans le jeu de la transparence qui cache bien d’autres choses, Jean-Michel, lui aussi artiste de la dissimulation de sa sensibilité derrière le boute-en-train insatiable, ou encore Martine, toute en retenue, les mains blanches de plâtre sur chacune de ses fêlures. Et puis, il y a René, éternel jeune homme. Sa fontaine de jouvence, c’est tout le Cameroun qui vit à travers sa belle Simone. Ces deux-là m’ont reçu avec une générosité et une simplicité qui fait que je pars d’Arbonne, le cœur un peu lourd. René, de l’angle où tu le regardes, c’est Kersauzon ou la figure d’un prof de philo auprès duquel tu attends qu’il te livre tous les secrets de la vie.
Et puis le pays Basque, son soleil… qui s’était fait la malle, sa plage sous la pluie, ses vagues terrifiantes, son embrun sur les lunettes, sa nourriture délicieuse (faut aller au restau « Sur mesure », c’est à mourir, un saumon sur lit de poireaux et coulis de vanille, j’arrive pas à m’en remettre), ses vins espagnols costauds comme des chênes. Et puis aussi Annie et Patrick qui avait monté « Lavage délicat », qui ont rivalisé de complicité et de gentillesse à mon égard. J’ai perdu un poumon dans cette soirée, mais voilà encore deux autres être humains. Et puis aussi Iker, le fils de René avec qui, la prochaine fois, ça va se terminer au karaoké à chanter tout le répertoire de Bashung et sa belle Mika avec qui ça va se terminer au… euh… naaaaaaaaan, oui, je sais Iker, le capricorne est jaloux, mais on peut te dire que ta femme et belle, ça n’en dit que plus sur la qualité de l’homme qui a su la séduire.
Bref, tout ça en moins de trois jours et après un taux d’alcool jamais descendu en-dessous des 3 grammes, le retour à Paris se présente comme une lourde épreuve.
La pièce était bien, il a fallu passer du temps à les rassurer. Ne cherchez pas à vouloir raconter l’histoire qu’a écrite l’auteur. Si vous dites ses mots dans l’ordre, il la raconte à travers vous. Le plus important, c’est justement vous, votre émotion, celle que vous avez eu en lisant un texte. C’est cette émotion là, la vôtre, que vous devez aller rendre. Et votre histoire, hier au soir, au public, à moi, vous l’avez livrée, avec vos maladresses, vos défauts et un cœur gros comme ça qui m’a empêché de faire le mariole lorsque vous m’avez invité à prendre la parole sur scène. Parce que vous m’avez ému.

Et puis, je peux pas résister à raconter cette histoire. Les laissant pour un filage, le dernier, je suis allé me perdre dans Biarritz pour, entre autres, passer le temps, faire quelques photos, leur trouver des roses et boire un chocolat dont on m’a vanté les mérites. Détour sur la plage, un mot à mon surfeur de Fabien pour lui décrire les vagues et puis une envie d’aller voir la Vierge de l’autre côté. Mais le temps ne l’entendait pas de cette oreille et me balance un déluge sur le coin de la poire. Et là-bas, quand il pleut, la goutte a la taille d’une cerise. Alors quand, en-dessous, t’as pas de parapluie, tu cherches refuge. Et sous le déluge, je me suis dit que l’église, là, à l’art gothique, ferait un parfait office pour me protéger. Et puis, on sait jamais, au cas où cela dure quarante jours, je serais pas trop mal placé pour me foutre dans l’arche.
Je cours par l’arrière de l’église et, au moment où j’arrive à l’angle pour y entrer, je me bloque, surpris par la présence d’un corbillard… J’avance. Une bonne cinquantaine de personnes sortent de la messe donnée en mémoire du ou de la disparue. Je me colle au mur. Les bérets basques qui se revissent sur les têtes me regardent. Mon feutre est trempé, je le retire. Je me dis « ça n’arrive qu’à moi, je viens voir ‘’ La coulée douce ‘’ et je me retrouve à un enterrement ». Sourire goguenard adressé à qui écrit mon histoire. Les minutes passent, je croise des regards, la pluie ne s’arrête pas. Et elle m’a bien trempé. Je sors un mouchoir pour y soulager mon nez. Et là, à peine je le retire qu’une petite dame âgée, légèrement recourbée, s’arrête devant moi et pose sa main sur mon bras. Je la regarde, interloqué. Elle m’adresse un sourire tout plein de compassion et repart. Je reste, là, hébété et amusé de la situation.
Dans cette intervalle, dans ce geste, tout ce que j’aime autour d’un enterrement. Il faut bien leur trouver un intérêt à ces adieux. Là, la peine qu’on partage se dilue un peu entre tous, proches ou inconnus. Me revient le coup de pied de Lou donné au sol de St Médard il y a un an. Sa peine, sa colère et son envie d’aller au bout du texte qu’elle adressé à celui qui était parti, avait dû vibrer jusqu’au seuil de l’église. On en a tous pris un morceau. Elle est allée au bout.

Le sèche-cheveux dans une main, mes chaussettes dans l’autre et mes pompes posées sur le radiateur après avoir survécues à l’orage, je repensais à tout ça alors que chacun se maquillait, se préparait à jouer l’enterrement de Nataniel.

C’était un beau moment tout ça. C’était tout ce qu’il fallait. Et ce qui est encore meilleur, c’est qu’entre la journée « L.L. » à Biarritz en juin, les feria et toutes les excuses à trouver pour revenir vous voir, ça ne fait que commencer…

L.