Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Archives de février, 2009

Dead on arrival

J’ai toujours dit que je me porterais volontaire,

que je n’aurais jamais d’état d’âme à vouloir me présenter comme le premier cobaye de cette belle machine qu’un scientifique malade aura mis au point et qu’il osera appeler « machine à remonter le temps ». A bien y regarder, à voir tous les autres se continuer, se perpétuer, s’allonger, se multiplier, je me dis qu’ils sont armés, à leur manière, pour le futur et que celui-ci ne leur fait pas peur. Je ne suis juste que ce foutu angoissé qui ne voit en l’avenir que ces trois lettres anglaises « D.O.A »…

Ces derniers temps, des ombres de ce que je fus remontent à la surface, portées par de vieilles connaissances, de vieux amours, des amitiés oubliées et toutes celles qu’on espérait, frappent à votre porte. Et elles ont des clés, des clés de ce que vous étiez. Savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va. J’ai trop longtemps cherché ma devise alors qu’elle était si évidente.

La science ne vaut pas ma fiction. Je l’admets, elle est facile celle-ci. Mais à attendre qu’un Einstein trouve la formule magique pour me renvoyer là où j’étais, là où je voudrais être, j’en ai inventé une de machine. Pas polluante pour deux sous. Les derniers écrits montrent que je creuse, sans lasse, sans cesse, à chercher ces racines qui doivent être les miennes. Je finirai bien par les déterrer. Toutes.

Et après ?

D.O.A. sûrement. Avec quelques morceaux d’ADN de moi laissés ici ou là ? Mon ADN est dans les lignes déjà. Elles sont écrites et me survivront. Je suis le scientifique malade, le cobaye désespéré d’une expérience qui n’aura ma peau que le jour où j’aurais dans la main toutes les clés et que dans mon tamis, la terre laissera apparaître l’évidence.

L’ombre part toujours de mes pieds. C’est sous eux qu’il faut creuser.

Publicités

La fatigue et la pensée

J’aime assez  la fatigue,

étrange, hein ? L’état de trouble, de ralenti, de mes pas qui s’alourdissent. Même les yeux qui piquent ont quelque chose d’attachant. Je pousse l’ivresse encore un peu. Ca n’a rien de grave, ni de destructeur, j’ai l’impression de mieux saisir d’autres choses aujourd’hui. De nouvelles idées de textes m’apparaissent, dont une, évidente, sur le refus d’un homme quant à « revenir à la surface ». Je me comprends.

J’aime assez la fatigue. Maud me dit que c’est le seul moyen que j’ai de me calmer, me fatiguer. Elle n’a peut-être pas tort. De l’autre côté, je sais aussi que je me fatigue pour ne pas avoir avoir à faire autre chose. Qu’est-ce que j’ai dit à Emeric l’autre jour ? Quelque chose du genre « j’écris pour ne pas penser »…

J’ai souvenir que l’on avait souri.

L.