Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Même pas en rêves (Léandre re)

Léandre –

Je sais. Là, la tête contre la vitre de ce taxi qui me parle, je réponds n’importe quoi. Y’a un fado qui monte à mes oreilles ou quelque chose dans le genre, un peu hispanique et mélancolique. Je viens de la quitter, simplement physiquement, pas là, pas dans l’âme, pas dans le cœur. Après que sa tête ait basculé en arrière, elle est restée planté là, tendue, les muscles à la limite de la tétanie. Une silhouette immobile, quelques secondes. Moi, je n’ai pas bougé, j’ai gardé ses poignets dans mes mains, serré fort. Le regard en arrière, tourné vers la fenêtre, est-ce qu’elle a vu les étoiles ? Au moins une, juste pour lui faire un clin d’œil, juste pour lui dire « cette jouissance-là valait l’attente » … Est-ce que c’est celle-là qui me sourit à mon tour, à travers la vitre ? Là-haut, nos respirations ont fait de l’apnée et dans la pénombre, j’ai vu son cœur battre derrière sa poitrine et son ventre se détendre. Puis, toutes ses fibres ont comme cédé sous la fatigue. Elle s’est écroulé sur moi avec une douce inertie. Elle n’a pas attendu de reprendre son souffle pour vouloir repartir à l’assaut, mais après quelques mouvements, elle m’a demandé pardon, qu’elle était abattue « comme un arbre comme on a coupé » elle a dit. J’ai pris son visage dans mes mains, ses yeux luttaient mais chutaient. J’ai mis un oreiller sous sa joue et j’ai vu son corps s’alourdir, tu sais, comme les chats ou les bébés, qui épousent les endroits où on les pose. Je lui ai parlé, de je sais plus quoi, de l’amour sûrement et deux minutes plus tard, elle m’a fermé ma gueule, dans son soupir. Elle dormait, ça y est et d’un coup, elle a desserré les mains et dans l’une, il y avait ce ruban violet qui je lui avais donné le premier soir. Main gauche, commissure gauche, sein gauche plus lourd que le droit, vote à gauche, son pied droit doit lui servir à monter dans le bus, c’est tout. Je me suis levé, j’ai remis le drap sur son dos éreinté des efforts. Je me suis rhabillé, j’ai fermé la porte sans bruit, comme pour ne pas la brusquer davantage, même si je sais que je fais tout à l’envers. Je n’en mérite pas tant. Mon téléphone vibre, je sais que c’est elle. Sur le message est écrit « reviens » … Tu vois, comme je suis un garçon bien élevé, le taxi fait demi-tour.

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Une Réponse

  1. Alice

    magnifique

    juin 15, 2009 à 4:05

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