Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Archives de novembre, 2009

Trois petits points de fuite – Extrait 6

Une odeur de dernier jour
Devant la porte d’entrée

Emmy –

T’es là ? Ben non t’es plus là, je sais bien, je suis conne. Je voulais te dire maintenant que tu m’entends plus : tu es la meilleure personne qui me soit arrivée. Tu es un bonheur en barre que j’ai dévoré dans mes rêves, que j’ai serré et fait jouir mille fois. Moi, demain, je serai quelqu’un de meilleur, si j’arrive encore à être quelqu’un. Pour le moment, aujourd’hui, je te pleure. Enfin, pas toi, c’est nous que je pleure. Mais c’est un bon deuil. Une bonne nuit définitive. Je me retiens de respirer jusqu’à demain matin, quand je me réveillerai d’un sommeil que j’aurais eu semblant d’avoir. Je me dis que rien n’est triste, je le répète jusqu’à m’en user ces lèvres qui n’ont pas assez dit les choses. Rien n’est triste. Non, rien n’est triste. On a été beau, on le restera, là-haut, là, dans ma tête, parce que je sais qu’on n’a été que là et nulle part autre part. Soigne-toi, meurs pas, j’aimerais pas que tu meurs, ça finirait par me flinguer sinon. Et puis, on sait jamais, on peut se croiser, parce que la vie, elle aime bien faire cette entourloupe là. On se regardera, bouche bée, ébaubis. Ce sera sur un quai de gare, dans une salle des pas perdus pour tout le monde, au coin de la rue, en bas de chez toi. Je ne sais où, en fait. Mais d’un coup, on s’éclairera et tout aura un sens. Je t’aimerais à en refaire le monde en trois secondes. Une. Deux. Trois. La seconde suivante, on aura enfin disparus, sûrs, persuadés qu’on aura été en vie.

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Trois petits points de fuite – Extrait 5

Dimanche 1er
Rez-de-chaussée, porte droite

 

Vanessa – Prends soin de toi.
Denis – Je t’emmerde.
Vanessa – Je te remercie.
Denis – C’est toi qui a commencé.
Vanessa – Je ne vois pas, là, je suis désolé, je dis juste…
Denis – Je sais ce que tu dis, mais tu aurais pu en faire l’économie, non ?
Vanessa – Ecoute, je veux simplement que tu prennes…
Denis – Mais arrête, merde ! Tu t’enfonces, là ! C’est si compliqué à se retenir de dire une telle connerie ? Mais dis-moi plutôt de ne plus prendre soin de moi ! Je pouvais prendre soin de moi quand j’étais avec toi, plus là, j’ai plus de raison !
Vanessa – Je te jure que t’as ce don pour compliquer les choses. C’est une phrase toute faite, il n’y a rien de méchant dedans !
Denis – C’est bien que je te reproche. Une phrase toute faite ! T’es même pas foutue de me quitter originalement, c’est pas vrai, ça ! Du début à la fin, je te jure, on a bien marché dans les passages cloutés !
Vanessa – Mais bon sang, ce que tu peux être chiant ! Oui, on se quitte, comme des milliers et des milliers de personnes tous les jours et j’ai bien pensé à me mettre des oreilles de Mickey pour t’annoncer notre rupture, mais quelque chose me dit que tu ne m’aurais pas spécialement prise au sérieux, je me trompe ?
Denis – Sois pas ironique, je t’en prie, c’est assez mal venu.
Vanessa – Fallait m’envoyer le texte avant, Denis, je te jure que je l’aurais appris par cœur. Ça n’aurait rien changé à la situation, mais au moins j’aurais pas fait de faute de goût dans mes mots, je suis désolée.
Denis – Dis pas ça comme ça, par-dessus la jambe, genre tu t’en fous, c’est léger, c’est pas grave.
Vanessa – Je n’ai pas dit que ce ne l’était pas.
Denis – Parfait, c’est grave, c’est très grave. Parce que moi, j’y étais, je nous y voyais déjà.
Vanessa – Où ça ?
Denis – Là ! Plus loin, plus haut, autre part, mais pas là, comme ça.
Vanessa – Je manque furieusement d’originalité, mais alors toi en clarté, c’est flou artistique, je te jure.
Denis – Fais pas celle qui n’a pas compris. On ne passe pas autant de temps avec quelqu’un, en tout cas, en ce qui me concerne, sans tirer un minimum de plan sur la comète.
Vanessa – Oui, eh ben ta comète, elle a fait un gros trou dans mon jardin. Me traiter de pute parce que j’ai dormi chez mon ex parce que j’étais trop pompette pour reprendre la voiture, c’est carton rouge, là, tu vois.
Denis – Ça m’a échappé, je t’ai dit !
Vanessa – Une semaine ! Ça t’a échappé pendant une semaine, à raison de douze de fils par jour, de cinquante mails et de mots dans ma boite aux lettres. C’est pas difficile, si j’avais eu autant de billets de cinquante sacs que tu m’as traité de pute, j’aurais pu me faire trois fois le tour du monde en « business class » !
Denis – Mais merde, Vanessa, je suis impulsif, c’est sorti comme ça ! Je savais pas, moi, ce que tu avais fait avec lui.
Vanessa – Rien justement ! Il m’a laissé son lit, je te l’ai dit mille fois et il s’en endormi dans son canapé ! Et là, franchement, pour en arriver où on en est aujourd’hui, tu veux le fond de ma pensée ? Je regrette de ne pas me l’être retapé. Simplement pour que le sobriquet de « salope », que tu as admirablement su alterner avec « pute », m’aille comme un gant.

(un temps)

Denis – Excuse-moi, d’accord, j’ai merdé. Je me suis trahi, c’est tout.
Vanessa – C’est impardonnable, Denis. Une fois, oui, pas pendant une semaine. Et c’est même pas le mot, c’est la bave aux lèvres que t’as eue durant ce temps. C’est comme si j’avais tué ta propre mère. Moi, dans l’amour, s’engueuler, ça me va, se haïr, ça me pose un vrai problème de conscience. Parce que ça commence comme ça, ça envoie un pique, ça envoie une insulte, ça envoie des postillons et ça envoie une baffe. S’arrêter là, au mot de trop, c’est bien, ça évite « police secours ».
Denis – Arrête ! Jamais de la vie j’aurais levé la main sur toi.
Vanessa – Je ne sais pas. La porte de l’armoire, elle était innocente, t’es au courant ? Si tu l’as perforée comme ça, à moi, tu m’aurais fait quoi.
Denis – J’ai juste passé mes nerfs.
Vanessa – Oui, justement, j’ai pas besoin d’un mec qui a besoin de passer ses nerfs, surtout quand je lui dis la vérité. On t’a sûrement fait du mal avant moi et tu peux avoir une réaction épidermique, je comprends, mais je n’excuse pas.
Denis – Alors, là… c’est pas récupérable ?
Vanessa – Là, non.
Denis – Même si je répare la porte de ton armoire ?
Vanessa – Même. Et même si tu marches à reculons jusqu’à Nevers ou que tu traverses l’Atlantique à la nage avec une seule respiration.
Denis – Ah ouais… T’as placé la barre assez haute pour te récupérer, donc.
Vanessa – Superman a pris un ticket et ce n’est pas dit qu’il y arrive.
Denis – C’est pas dit non plus qu’il arrive à te faire décoller comme j’ai su le faire, moi.
Vanessa – Pardon ?
Denis – Au lit. Superman, il est peut-être super endurant, mais c’est peut-être pas un super bon coup, c’est ce que je dis.
Vanessa – Dans la mesure où je suis super curieuse de voir comment il retire son slip rouge avant le reste de sa combinaison bleue, on verra bien.
Denis – Oh putain, dis pas ça.
Vanessa – Ça continue, qu’est-ce que j’ai dit ?
Denis – Mais ça, là, que tu vas te taper Superman !
Vanessa – Denis, je suis terriblement désolée de t’apprendre ça, mais il existe pas Superman, ni le Père Noël, d’ailleurs. Je me doute que ça fout en l’air plus de trente ans de ton existence, mais c’est un fait.
Denis – Te fous pas de ma gueule ! Je te parle d’un autre mec.
Vanessa – Qui ?
Denis – Le suivant, là ! Ça se trouve, il est peut-être là, derrière la porte, à attendre que je me tire ce con !
Vanessa – Le traite pas de con, tu ne le connais pas.
Denis – Ah, parce que toi, tu vois déjà qui c’est ? Il est dans ton répertoire, c’est ça ?
Vanessa – Non, même pas, mais j’imagine qu’il y sera un jour.
Denis – C’est qui ?
Vanessa – Je ne sais pas ! Un de ces quatre, oui, je vais rencontrer un mec ou ça en sera un de mon cercle d’amis et puis, voilà, c’est tout.
Denis – « Voilà, c’est tout » qu’elle me dit ! Tu manques pas d’air ! Vas-y, mais dis-moi de suite qui c’est, ce que tu vas faire avec lui, comment tu vas t’envoyer en l’air et tout. Quel délire vous allez vous taper ensemble, les restaus, les câlins dans la bagnole, comment il va te désaper, comment il va te toucher et toi comment tu vas te laisser faire, là, la tête en arrière, sans la moindre petite pensée, sans le moindre petit truc de regret pour moi, pour nous.
Vanessa – Tu t’entends, là ?
Denis – Ouais, parfaitement ! Je te vois déjà te gondoler sous ses caresses et avec l’envie de lui faire ce que tu m’as fait à moi et peut-être même à tous les autres avant moi. Et ça, non, hein, ça, ça te pose pas de problème de conscience ? Je t’imagine parfaitement en train de comparer ses coups de reins aux miens à te dire que c’est pas forcément mieux, mais que tu vas lui apprendre tout ce que je t’ai fait et putain, c’est minable parce que s’il faut tout lui faire son éducation, ça craint, reste avec l’original ! Quel gain de temps !
Vanessa – T’as fini ?
Denis – Ah non, non, j’ai pas fini parce que ça galope là-haut. Moi, je t’ai parlé d’un mec, mais je sais pas pourquoi, ça sent déjà le défilé dans ton appart. C’est une équipe de rugby, avec les remplaçants, qui va faire l’aller-retour ici. D’ici, j’entends toutes les lattes de ton plumard craquer les unes après les autres. J’ai la nausée, tu vois ? J’entends tes cris de jouissance partout et la voisine du dessus reprendre du balai sur son plancher en croyant que c’est moi qui te fait grimper aux rideaux et non, eh, madame Bellevue, c’est pas moi le fautif sur ce coup-là ! Non, moi, je suis dans mon studio à me branler et à dire son nom au moment où je jouie en espérant que ça la fera revenir à la raison ! Tu me dégoûtes Vanessa, c’est ce que tu voulais, t’as gagné. Je suis dégoûté. Au moins, juste au moins, t’aurais pu attendre que je me tire avant de commencer avec un autre.

(il part vers la porte)

Vanessa – Denis. J’aimerais que tu… que tu ne prennes plus soin de toi. Que tu te laisses aller, vraiment loin, vraiment comme il faut, que tu végètes devant la télé, que tu grossisses ou maigrisses selon ton appétit ou non. J’aimerais que là, collé, bien au fond de toi, dans ta propre cave, tu me traites de nouveau de pute et de tout ce qui te passe par la tête, que t’aies envie de me couper le bout des seins, de me planter un couteau dans le dos, me passer le visage aux barbelés. J’aimerais que tu me vois baiser sur mon lit avec toutes les photos de toi et moi et que les mecs en foutent partout sur nous deux. J’aimerais pas que t’aies la nausée en pensant à moi, mais la diarrhée et que tu brûles méthodiquement chacune de mes lettres en te répétant bien fort que je n’ai jamais pensé un seul de ces mots et que j’ai plutôt bien profité de ton fric pour toutes les sorties et tout le reste. J’aimerais assez que tu me vois avec mon vrai visage de salope sanguinaire qui t’aura fait perdre un temps fou, dont l’unique motivation aura été de te faire du mal et qui restera frustrée de n’avoir pu t’infliger une dernière humiliation en roulant une pelle, bouche ouverte à ton pire ennemi… Ne prends plus soin de toi… Dis-le, vas-y. Tu sais quoi.

(il se retourne)

Denis – Espèce de pute.
Vanessa – Encore une fois.
Denis – Pute.
Vanessa – Un dernier pour la route, fais-nous plaisir.
Denis – Pute.
Vanessa – C’est bien, Denis, c’est bien. J’espère que ça n’ira pas.

(il repart vers la porte, se retourne une dernière fois)

Vanessa – Denis.
Denis – Oui ?
Vanessa – C’était comme il faut ?
Denis – Oui. Merci.
Vanessa – De rien.


Trois petits points de fuite – Extrait 4

Vraiment ce jour-là
Dans la cave

Emmy –

Je sais que rien n’est vrai, que c’est ma tête qui est malade, que ma vie s’est toujours résumée à ce que j’aspirais et non à ce que je faisais. Parce que je suis spectatrice, je regarde, je suis émue, mais je ne prends rien car rien n’est à moi. Je vois tous ces gens s’aimer et partir, tout ça dans une grande ronde. Je les sais les amours entre deux étages, les portes qui grincent dans la nuit, les amoureux infidèles qui vont rejoindre leur femme, les portes qui claquent sur l’amour qui s’est fait la malle. Je suis tout le monde dans ses ruptures parce que je ne suis faite que de ça, que de fêlures qui s’agrandissent et la seule chose à laquelle je suis capable de donner des naissances, ce sont des crevasses. Je veux qu’on s’éloigne de moi parce que je pue la peur, la crainte de tout, de n’être à la hauteur d’une « je t’aime » qu’on glissera dans mes oreilles. Foutez-moi la paix, je ne veux ni ne demande rien, pas une seule histoire qui doit commencer ou s’arrêter. Je préfère coller ma main contre une porte de mon choix et m’imaginer la vie rêvée que j’aurais eue derrière elle. Je suis une spectatrice et je veux que la comédie se termine et que ma fin soit tragique, sans toi qui partira sans même m’avoir, m’avoir véritablement adressé la parole. Sans toi qui n’aura jamais entendu le son de ma voix. Je sais ma médiocrité, mon angoisse nouée autour de la gorge et mes amours à jamais ravalés. Je suis Emmy Troispetitspoints, oui. Mais j’ai mes lettres de noblesse. Je suis Emmy Troispetitspoints de Fuite…


Trois petits points de fuite – Extrait 3

Le jour ou la nuit
Près d’une fenêtre

Emmy –

Quand l’autre s’en va, je veux dire, qu’on le quitte ou pas, il s’en va, il se détache et au loin, le petit point sur l’horizon qui disparaît et que tu perds, c’est lui. Et ça te démange quelque part, mais t’as beau vouloir gratter, tu grattes dans le vide, parce qu’il est parti avant tant de toi qu’il t’en manque un membre. C’est exactement ça le manque, un pied, un bras, un rein, un cœur en moins. On trouve toujours quelqu’un qui te fait une tape dans le dos et qui te dit que ça va passer et ça passe pas parce que moi sans toi, j’arrive plus vraiment à faire mes nœuds de chaussures toute seule. Sans toi, tout ce qui était vert chez moi devient aussi fertile que le désert de Gobi. Sans toi, j’ai le vertige quand je monte sur une chaise pour me passer une corde autour du cou. J’arrive pas à me concentrer sur un film, le plus con qui soit, j’arrive pas à sucer mon pouce correctement, ni à baver sur l’oreiller pour que ça te fasse rire. J’arrive pas à sourire sans faire semblant, j’arrive pas à me dire ou à écrire un truc drôle, j’arrive pas à trouver la légèreté. J’arrive pas à être moi. Et c’est toujours là, face à l’absence qu’on mesure le chemin qu’on a fait ensemble. Mesurer ton absence et mon creux dans le ventre qui grandit et que ma peine et ma tristesse n’arrivent même pas à remplir. Ce n’est plus un bras ou une jambe qui me manque, alors que tu n’es plus qu’un point au loin, je touche enfin à ce que je suis devenue. Rien.


Trois petits points de fuite – Extrait 2

A un moment donné
Entre deux étages

Emmy –

Il y a mille morceaux de moi éparpillés dans des cœurs, des yeux, des gestes, des souvenirs. Je ne dis pas que ce sont les meilleures parties, mais quelles soient cabossées, usées, enfoncées, défoncées, elles sont de moi et elles sont chez eux. Il y a mille morceaux de ce que je suis au quatre coins des rues où j’ai pu aller, sur des bancs publics où j’ai traîné mes fesses, des clôtures ou des grillages où un garçon m’a collé pour m’y embrasser. Mille morceaux semés comme on gueule contre le vent face à la mer, une poignée de sable dans les mains. Mille morceaux de mes baisers, de mes espoirs, de mes langueurs, le tout abandonné à qui et surtout pour quoi. Il y a tant de moi laissé ici et là. Et moi ? A moi, qu’est-ce qu’il me reste ? Même mes larmes sont sèches. A moi, qu’est-ce qu’il me reste sinon des souvenirs qui n’ont même plus d’adresse.


Trois petits points de fuite – Extrait 1

Vendredi 29
Porte d’entrée, face au digicode

 

Elle –

Bon et bien voilà, ce n’était pas si compliqué. On dit que le temps arrange les choses, mais c’est vrai, c’est un ami, un copain, c’est une main tendue le temps. C’est la main tendue vers les gens qui souffrent. Il soulage, il provoque l’oubli, il te passe une main dans le dos, te caresse et il te fait avancer. Après, c’est vrai qu’il ne peut pas tout faire, on ne peut pas tout lui demander, il ne peut pas effacer. De toutes façons, on n’efface rien, on ne peut pas effacer tout ce qu’il s’est passé. Le temps, faut le prendre comme un coup de Tippex. Pas le Tippex d’aujourd’hui, avec le stylo qui est trop précis. Non, c’est le Tippex de notre enfance à nous, de notre génération, avec le petit pinceau, le truc qu’on a du mal à ouvrir quand ça a séché et qui laisse une petite croûte sur la faute. C’est lui le temps. Il n’efface pas, il cache, il fait pousser le bois sur les erreurs de passé, sur les aigreurs. Il te met une forêt sur ta honte, la pire que tu as jamais eu au point que t’aies l’air complètement ahuri le jour où on t’en parle. « Ah bon, nan, je m’en souviens pas, vous êtes sûrs que c’était moi ?  ». Bénis-le, merde… Le temps, il te met un doigt sur la joue quand tu tournes la tête et que tu veux regarder en arrière. Et nan, regarde devant, c’est là que ça se passe. Mais je ne comprends pas, dans les religions, on a toujours voulu donner un nom à Dieu alors que Dieu, c’est le temps. Et tous ceux qui ont foi en lui, mais vraiment, ils s’en sortent. Quand tu comprends, enfin, après avoir voulu faire des moulinets avec les bras, comme ça, après avoir gueuler comme un con, comme une conne contre le vent, quand tu comprends qu’il est ton allié, mais bon sang, ce que tu gagnes comme… ce que tu gagnes comme temps. Après, face à toi, c’est le boulevard. Vas-y. Cours, marche, regarde, ralentie, il est là, une main sur l’épaule et il t’emmène. Tu sais où, oui, mais tu t’en fous, c’est ton copilote et un copilote, ça t’envoie pas dans le mur, ça te fait franchir la ligne d’arrivée en vainqueur… Alors, tu vois, c’était pas compliqué, il fallait juste attendre. Juste attendre qu’on change la combinaison de ce foutu digicode. Voilà, maintenant, tu n’as plus à monter ces marches jusqu’à chez lui, comme tu le faisais toutes les semaines, à vouloir taper à sa porte mais ne pas le faire, à déposer des mots d’amour sous sa porte auxquels il ne t’a jamais répondu. Là, là, là, tu vois, mince, hein ? Tu vois que le temps, comme c’est ton allié, tu vois comment il t’a encore aidé ? Enfin, tu peux faire demi-tour, jeter un baiser dans l’air et lui dire merci au temps, merci encore. Et bouge, bouge, avance et même si des larmes coulent, tu ne te retournes pas. Et lui, là-haut, il sent déjà le Tippex. Toi, maintenant, t’es accompagnée, tu t’en vas. Eh oui, t’es avec le temps, et avec le temps, tu le sais bien, tout s’en va…


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Je fais passer le message… ;o)

 

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A l’occasion du salon des Editeurs Indépendants et de la réédition de son livre « La Coulée Douce », venez retrouver Lilian Lloyd autour d’une lecture suivie d’une signature de ses ouvrages.

Lors de la lecture, vous pourrez entendre des extraits de textes comme « Y’a des nuits qui mériteraient pas de voir le jour », « Un souffle au cœur », « Joyeux anniversaire quand même » ou encore « Lavage délicat » … Le tout interprété par Caroline Mouton, Nathalie Touati, Béregère Krief, Delphine Grand, Valérie Fruchout, Yannik Mazzilli, Jéremy Malaveau, Laurent Karoubi et Etienne Giraud. Vous aurez aussi droit à une petite surprise !

Venez donc très nombreux, l’entrée est libre !

Le 27 novembre donc !
Mairie du VI ème arrondissement,
Place St Sulpice
29, Rue Bonaparte
Métro St Sulpice

De 17h à 18h pour la lecture, de 18h à 19h pour la signature

Renseignements : http://www.pippa.fr

 

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Et un joli petit article…

 

http://www.obiwi.fr/culture/lectures/84451-la-coulee-douce-une-piece-originale-conversation-entre-un-mort-et-ses-amis