Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Archives de janvier, 2010

Embrasser / A partir de là

 » Cela met tant de temps. J’y perds des années, des soupirs, une énergie folle. Mais construire cette chose, là, cette chose-là, un être, en commençant par la base, par les racines, ça demande de se salir les mains. Ce qu’il peut y avoir  à creuser pour y faire les fondations, que de passé(s) à soulever. Il faut savoir scier les branches mortes, en étant sûr que l’on n’est pas assis dessus.

J’espère toucher, savoir, apprendre, me dire que les pas ne me dévient pas de mon chemin, que tout mène à l’autre, en passant par soi. Et tant de détours pour en venir à moi. Tant. Je pourrais baisser la tête devant ce qu’il y a à bâtir, jusqu’à ce que des bras s’ouvrent et découvrent enfin une évidence.

Tu as le choix. Enlacer le destin ou être écrasé par la fatalité. Dans ces mains embrassées, j’y vois l’avenir.

Ne t’épuise pas. J’avance.

A partir de là, je ne suis plus loin.

Tends la main. Au passage, je la prends. « 


Voeux Lloydien

Mince, c’était il y a dix ans l’an 2000,

On partait, là, fleur au fusil, les espoirs en bandoulière, avec un plus de cheveux sur la tête qu’aujourd’hui, et on disait, « we own tomorrow » (on le disait en anglais parce qu’on voyait bien la mondialisation se profiler au loin), on serrait la main de la femme qu’on aimait et on lui glissait à l’oreille « this century will be the scale for our love » et elle nous répondait qu’elle comprenait rien à notre anglais et à notre accent, alors, on l’embrassait pour résumer notre pensée…
En 2000, on a regardé devant, le menton levé et fier, le coeur battant d’un invicible désir de laisser non des preuves, mais des traces de notre passage dans l’existence, on sentait le vent frais contre nos visages où les seuls rides du bonheur à venir se dessinaient encore, on poussait un cri dans la nuit, un cri d’espoir, qui couvrait à peine les hauts-le-coeur de notre pote Gégé vomissant son alcool de trop dans la neige.
Punaise, c’est l’an 2000 et dans dix ans, on serait autre part, on disait même que « ailleurs, ce serait nous »…
On était comme ça, on était poète…
Dix ans plus tard, ailleurs, c’est ici. Et force est de reconnaitre qu’on a été costaud de tenir jusque-là. Pour preuve…

Dix ans plus tard, on a survécu, dans le désordre, à Al Qaïda (on n’a pas tous survécu cela dit), au Sras, au bug de l’an 2000 (bien que mes ordinateurs successifs ne m’aient jamais vraiment épargné en terme de bug menstruel… pardon, mensuel), la grippe porcine, Manoudou et ses photos nues (là aussi, on n’y a pas tous survécu), aux armes de destructions massives de Saddam (ah, ah, ah, j’en rigole encore de cette bonne blague des vautours de la Maison Blanche, pardon, des faucons), à Bush, à la crise financière (bien que là, j’ai encore des doutes quant à en être sortie…)…
… Des survivants, je vous dis, on a survécu aux blagues d’omar et fred, à arthur sur une scène, à lepen au second tour, on a évité le retour de jospin, même à mireille mathieu un soir un de mai, on a survécu à la nouvelle chanson française et même notre johnnny a survécu…
Non, vraiment, dix ans plus tard, un Obama dans les valises, on se dit qu’il nous reste encore bien des illusions à perdre pour les dix prochaines années qui commencent maintenant.
Mais y’a du boulot, hein…
Il va falloir qu’on survive maintenant avec angoisse à l’apocalypse climatique, à frédéric lefebvre, au fait de ne pas avoir un Iphone et de ne pas passer une soirée sans s’échanger des applications…
Il faudra survivre à ces photos tagger sur facebook lorsqu’on avait la tête dans les toilettes à vomir lors d’une soirée top arrosée (oui, c’est à notre tour, parce que notre pote Gégé a succombé à son cancer du foie à 31 ans), aux minimoys et j’en passe et des meilleurs…
Bref, tout ça pour dire qu’on ferait mieux de ne pas se reposer sur nos lauriers et de remplir ces sacs en bandoulière d’une bose dose de second degré (voire de troisième et de quatrième à l’annonce de certaines promesses électorales ou la vue des bandes annonces de certains films pour cette année…), et d’espoirs, encore et toujours eu et de l’ambition, encore et toujours elle, d’être un peu meilleur que la veille.
Je vous souhaite, chères et chers compagnons de galère, une année bonne en santé, une année belle en réussite, une année jolie en amour, une année étonnante en rencontres.
Mes deux chats de chaque côté de mon ordinateur, Woody Allen & Melody Nelson, se joignent à moi pour commencer l’année en ronronthérapie…
Et comme on dit à la fin du film « Conversation avec une femme » : – C’est vrai que c’est bien le bonheur, mais putain que c’est dur d’y arriver…
Et comme dirait un poète du 21ème siècle, caliméro, euh non, calogéro « je ne suis riche que des mes amis ». Quelque part, c’est un bon début.

Bonne année à toi, 2010, t’as du pain sur la planche…
L.