Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

L’homme Tordu – 21

 » – J’aime bien la pluie.
– Vue de l’intérieur.
– Même en-dessous.
– Alors pourquoi tu te tires pas, là ? Profites-en.
– D’abord, je me sens bien en parfaite désobéissance et puis, pour une fois, j’ai pas envie de voir mes cheveux boucler sous la flotte.
– Tu dois être pas mal les cheveux bouclés.
– Oh ? Qu’est-ce qu’il t’arrive ? Un excès de sentimentalisme ? Y’a un peu de sensibilité qui veut s’exprimer chez toi ? Ça t’a échappé ?
– C’est ça. Ça m’a échappé.
– Tu sais que je pourrais passer la nuit chez toi, là. Encore une, je veux dire, si on doit attendre qu’il arrête de pleuvoir.
– Et ?
– Et donc, il faudra que tu subisses ma gueule.
– Je t’aime bien.
– Faut que t’arrêtes, là. Parce que tu passes de moins vingt à plus trente et je t’assure que les bouffées de chaleur, je préférerais les garder pour ma ménopause.
– Je t’aime bien quand même.
– Et la fille du frigo ?
– Je l’aime.
– C’est marrant, ce verbe, aimer. Ça supporte pas bien les adjectifs derrière. Je veux dire, plus t’en mets, moins c’est fort. Ou l’inverse, quoi.
– Tu pensais pas que j’allais te demander en mariage tout de suite, quand même ?
– Non. Je peux prendre ton téléphone, juste pour appeler mes parents et leur dire d’annuler la réservation de la salle de fêtes pour le mois prochain ?
– C’est bien les moches. Ça doit compenser vachement avec l’humour. Ça détend.
– Oui. Donc, la fille du frigo, elle est pas très tordante, c’est ça ? Remarque, on ne peut pas tout avoir.
– Non, c’est bien ça le problème. A partir du moment où on a accepté que la perfection n’existait pas, on a ouvert un boulevard à l’infidélité.
– T’es infidèle ?
– En deux mots ?
– Un seul.
– La fille idéale, qu’est-ce que tu veux que je te dise, elle s’est dispersée dans plein d’autres et franchement, c’est pas facile à regrouper tous ces petits morceaux.
– Et t’aimes bien les puzzles ?
– Oui, mais je m’en passerais. C’est épuisant.
– Pour gérer l’agenda, j’imagine.
– Pas que, les femmes ont la fâcheuse manie de dire « c’est moi » au téléphone. Putain, c’est qui « c’est moi », c’est laquelle ? Je bénie le téléphone portable et son affichage du numéro.
– L’amour à l’heure de la technologie, alléluia !
– Je déteste ça, mais il faut bien vivre avec son temps.
– Donc, si la fille du frigo débarque là, elle sera pas étonnée.
– Elle débarquera pas.
– Pas ou plus ?
– Plus. Mais détends-toi, il n’y a aucune place à prendre. J’ai pas pour habitude de remplacer comme ça un jouet cassé ou un chat crevé.
– Alors, on peut continuer à se promener à poil chez toi sans crainte d’être prise la main dans le pot de confiture ?
– Je croyais qu’on disait le doigt.
– Je suis gourmande.
– Ce qui veut dire ?
– Que si tu as retrouvé un brin de vigueur, je suis pas contre l’idée de continuer la conversation allongée.
– T’avise pas de m’embrasser.

Elle l’embrasse.

– Désobéissance, hein ?
– Oups. Va chercher les menottes. La camisole même. Le risque de rechute est grand.

Elle l’embrasse. Encore. Il se laisse faire. Sa bouche se laisse remplir de sa langue espionne, fouilleuse. Ils se regardent. Aucun ne ferme les yeux. Aucun des deux. Les pensées les pus obscènes qui s’affichent dans les regards donnent le ton de tout ce qui va se passer par la suite. Les yeux ouverts.  »

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