Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Archives de juillet, 2010

Oblivion

C’est important d’admirer.

Admirer qui on aime, se dire que « wouah », elle est belle cette force, elle est belle cette personne. Je veux dire, admirer, c’est un peu avant l’amour, c’est aussi après, non ? Je sais que je suis admiratif de la force, de l’intensité qui émane de quelques rares personnes, que cela m’attire. Après, ça suinte d’évidence qu’on s’y lie à ces gens-là et que l’amour, là, ça en remet une couche.

Oui, c’est bien d’admirer, c’est bien. Avant l’oubli.


Le point mort

J’ai pensé que c’était drôle. Même si non, en fait. Mais parfois, je déteste remarquer les choses. Là, devant cet institut, je me suis dit que tout était étonnant, ou cynique d’ailleurs. Il n’y a qu’à voir. La rue Edouard Vaillant, elle commence par un cimetière… Au fur et à mesure que tu la remontes, tu arrives enfin à cet hôpital. Comme c’est en descente, il y a des chances pour que les corbillards enclenchent la première pour ensuite rester au point mort afin d’arriver à la destination finale. C’est écologiquement pensé. C’est bien.

Je ne sais plus qui a dit ça, où je l’ai lu ou entendu, mais c’est pas faux. La chose la plus triste que j’ai vue, ce sont les fumeurs à l’entrée d’un hôpital. C’est peut-être encore plus triste cette vieille bonne femme, la gorge rougie, qui tousse l’asphalte, alors que son mari demande une cigarette à un ambulancier qui s’en grille une. Cynique, je disais. Et puis, c’est le défilé, entre la leucémie d’un gosse  en fauteuil roulant, une autre gorge percée, un homme qu’on imaginerait avec vingt kilos de plus qui se tient à son goutte-à-goutte  comme on tient à la vie, fort et fébrilement. C’est ainsi qu’on t’accueille ici. Alors, tu peux encore plus t’accrocher à la poitrine de la jeune femme de l’accueil, qui laisse délibérément sa blouse ouverte. C’est quoi son truc ? Faire bander les morts ? Faire bander les morts-vivants ? Faire bander les vivants pour leur montrer qu’ils ne sont pas morts ?

Il n’y a pas dix mètres tout autour de moi entre la vie, l’attente des résultats, l’espoir, la rémission, la reddition. Dix mètres. Autant d’existences qui viennent se briser ou se reconstruire ici. Et la poitrine de la jeune femme de l’accueil. Dix mètres à la ronde. Dis-moi tes métastases, je te dirai qui tu es. Ou ce qu’il te reste à être.

J’étouffe. J’opère sur l’humour. Noir. Mais j’ai comme les veines qui virent au violet. Et là-dedans, sommes-tous encore égaux ?

Quelque part, oui.

Je lis un courage qui se dessine dans les regards de l’autre, de celui, de celle qui accompagne. Je lis un courage dans des mains qui se serrent, dans des yeux qui s’échappent vers des espoirs, dans un sourire qui se fige, dans un éclat de rire. Et un piano, et une femme qui y joue le prélude de Bach, là, en plein milieu des salles d’attentes. C’est comme dans un rêve. Cynique, le rêve, on the rocks, please.

Bach, les mots qui veulent rassurer, les larmes qui coulent, les questions qui s’échappent, les mains qui palpent, la peur qui paralyse et d’autres mots, comme barbares, qui justifient tout ce qui va suivre. Et devant la route longue à venir, devant l’injustice dont on pense être victime, la colère, la mère des maux, se libère, claque à la gueule, à l’oreille, déforme les lèvres, rend assourdissant chaque syllabe, diffuse un poison dans les veines et repousse la main qui se tend.

Et maintenant que j’ai mal, sommes-nous tous égaux ?

/

Il faut savoir tendre une fleur, faire honneur à son odeur et y poser son nez pour dire à la colère d’aller se trouver un partenaire dans le premier mur qui vient. Il faut savoir ce qui est là, comme vivant, comme fier face aux combats à venir. Et je lis un courage qui se dessine, là, dans les yeux qui s’apaisent, dans un souffle de détermination. Dans celui qui dit que ce n’est pas pour demain, que ce n’est pas ici, que ce n’est pas pour soi, que le corbillard se laissera aller dans la descente, au point mort.


La possibilité d’une île

« … Je t’ai entendu parler. Je pense la même chose. Je sais que rien n’est impossible, même s’il faut être fou pour le croire. Il doit bien y avoir un endroit, comme une île imprudente pour les gens comme nous. On va la trouver et si on s’y abandonne qu’une fois, je sais que les lendemains n’auront plus les mêmes couleurs, les douleurs, plus les mêmes souffrances. Et si tu te barres après, si je t’oublie, ça aurait existé. Exister. C’est ce qu’il y a de plus beau. Exister. En dehors de soi, on se sera rejoints. Je te le dis, même si tu te barres, même si tu vois plus jamais ce regard, ça aura existé… »


Numb – Lyrics & Pictures

Voici les paroles de la chanson écrite pour Malik Soarès pour son premier LP. Le morceau a été enregistré, ne nous reste plus qu’à le mixer, avant d’envisager la suite en images… et pour les photos, c’est signé Emilie Deville.

 »
I have no law above my head
No sword to frighten me
Is there a word to heal the pain
Or do you still run your mouth in vain ?

Look what you’ve done to me
Listen
There’s nothing left to burn
Nothing left, nothing left
Numb, Numb

I tried to reach out and touch your hand
But I only felt oblivion
Who’s this Lord you call your own ?
What religion could be my home ?

I’m no longer a human
Since the birth that you stole me
When I see a brother in need
I’m so paralyzed

Look what you’ve done to me
Listen
There’s nothing left to burn
Nothing left, nothing left
Numb, Numb

I’m lost in the crossroad
No paths in sight
No paths inside
Just a sigh, alone

Who’s the man
You want me to be
What’s the role
I have to play

But numb, numb
Just move the fingers on the strings
Numb, Numb
The heart sitting on the pavement
Numb, Numb
The voice rising in the wind
Numb, Numb
Hoping for my soul at ease

Look what you’ve done to me
I’m not the man I used to be
There’s nothing left to burn
Nothing left, nothing left
Numb, Numb  »


Reach out & touch faith


A venir

 » Tu vois, un jour, elle s’est penchée vers moi. Elle m’a pris dans ses bras. T’es mon âme sœur, elle a dit, t’es mon âme sœur. Je pleurais. Aujourd’hui encore, j’hésite entre l’envie d’en rire ou de la gifler. « 


Not so Twisted