Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Archives de mars, 2011

Selfish

Demain, un peu de radioactivité nippone survolera ma tête qui aura vieilli d’une année supplémentaire. Un peu plus ou un peu moins empoisonné, de toute façon, je ne crains pas grand chose. Dans la mesure où 70% des gens qui ne me connaissent pas m’appellent « L’iode » ou lieu de « Lloyd », je me dis que mon organisme est protégé.

S’il y a un problème, il ne s’agit pas de radioactivité, mais peut-être de « radio-non-activité » de ma part. Et pourquoi d’ailleurs m’en ouvrir ici ? Peut-être pour toujours la même chose qui m’a guidé de site en site : le partage.
Je suis autant ce que j’écris qu’un étranger à mon propre univers. A travers ces 45 pièces qui ont toutes laissées des cicatrices ou des failles qui ne savent se refermer, je n’ai jamais eu de cesse d’écrire ce que je suis et ce que je n’arrive pas à être. La finalité, vaine, a sûrement été de me réinventer, en espérant qu’un génie sorte d’un fond de bouteille, lise et m’exauce.

« Il y a des centaines de vies que j’aurais voulu vivre. Toutes les autres… » Je m’autocite, 11 ans après, ça prend enfin du sens.

Les années sont passées et il ne serait plus exact de parler de « jeune auteur ». A part vouloir jouer le coquet. Ce que je ne suis définitivement pas.
Les regards passés par-dessus l’épaule prennent un peu plus de poids. Au fur et à mesure que je m’éloigne de 1973, je surprends encore les rêves de ce jeune homme. Un brin trop ambitieux peut-être, beaucoup de maladresses, mais une Foi gavée d’espoirs. Je vois aussi voler ses cauchemars et ses peurs. Force est de reconnaître qu’aujourd’hui, dans le miroir, ce qui s’y reflète, personnalise toutes ses angoisses.

Je pourrais, en tant qu’être humain, avoir beaucoup de choses à me reprocher. Je le fais régulièrement d’ailleurs. Mais que ce soit les infidélités, les fautes, les colères qui se trompaient de cible, j’ai fait des choix qui n’étaient ni bons, ni mauvais. Ils correspondaient à ce que j’étais en mesure de faire à ces moments-là. Avec sûrement ce qu’il fallait de lâcheté et parfois d’un peu de courage.

« C’est moi ou les murs se rapprochent ? »

Mon TOC principal, parce que je dois bien en avoir des secondaires qui n’ont pas encore fait surface, ne cesse, lui, de s’amplifier. J’ai ce besoin constant d’additionner les chiffres que je croise et de les espérer être multiple de 3 pour me rassurer. Etre né un 23 03 73 à 3 h 30 doit forcément y contribuer. Je ressens ce besoin d’être quelque part ou je ne saurai pas reconnaître ces putains de chiffres, le besoin d’aller me perdre avant de mourir dans l’obsession.

J’ai passé cette existence auprès des autres, à soutenir, à tenir la main, à parler, à écouter et souvent à donner, à pousser dans le dos pour que chacun prenne son envol. Et moi ? Ces ailes pétées depuis l’enfance, elles n’ont toujours pas été réparées ?

Ben non.

Je regarde les gens voler. Je regarde mes pieds s’enfoncer dans un sable guère émouvant. Emprisonnant maintenant mes hanches, les pas ne se font plus que dans l’imaginaire.

« Dans mes fins, il y a toujours une lumière au bout du tunnel. Une lumière au-dessus de laquelle est inscrit : sortie de secours. »

Je n’ai, je crois, pas grand chose à prouver à mes ami(e)s sur ma fidélité, sur ma tendresse et mon implication avec chacun d’eux. Ils me savent, me connaissent, me sentent et seront toujours là pour m’amortir la chute les jours de pluie. Ce sont tous les autres qui m’ont tué, au fond. Toute cette énergie perdue dans des batailles qui l’étaient tout autant. Et tant de temps à attendre des réponses de personnes qui te disent « on y va, coco » et qui ne trouvent même pas le courage de simplement répondre « non » aux douze courriers que tu leur envoies.

« Je suis parti avant l’aigreur parce que je pouvais encore avoir besoin de mes espoirs. »

Je n’ai, je crois, pas grand chose à prouver aux gens qui m’aiment, que j’aime si ce n’est que d’atteindre une notion, même relative, de bonheur. C’est pour cela que mon chemin doit passer par moi désormais. J’ai pu, de manière compulsive, bien à l’aise dans mon altruisme légendaire, traiter untel d’égoïste. Pour quels résultats ? Là où j’ai expérimenté toutes sortes de trahisons jusqu’à me trahir moi-même, j’en ai vu d’autres tenter ce que je n’avais pas le courage de faire, tout, par eux-mêmes. Ceux-là sont sûrement plus altruistes que moi aujourd’hui.

Louise disait « j’ai suffisamment de remords sur mon tableau de bord, pour vouloir y rajouter des regrets ». Ce n’est contre personne, mais avant qu’on m’installe une chambre dans le haut de la poitrine pour m’y brancher sur la pompe à chimio, il faut que j’aille user mes semelles sur des cailloux qui n’ont pas le même langage que moi. Et parce que je veux aller davantage vers les autres, vers toi aussi qui m’aime, je dois passer par moi.

Quelque part, il n’est question ici que d’ambition retrouvée. Il ne reste qu’à savoir quand et où.

Je pars.

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