Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Archives de avril, 2011

Nouveau Spectacle

Soyons bref, soyons incisif.

Le pitch :

« Atout-Pique » est une petite entreprise qui fabrique des cure-dents et des piques à brochette. En son sein, six employés, des farfelus, des poètes, des abîmés en recherche de CDI. Et un patron, aussi séducteur que maladroit.
Mais voilà, l’entreprise a été rachetée par des chinois dont les décisions, pour le moins ubuesques, vont précipiter tout ce beau monde dans un grand n’importe quoi où personne ne sortira indemne. Et quand les média s’en mêlent, ça n’arrange pas les choses…

‘Tripalium’ est une comédie sociale décapante où le rire n’est jamais vraiment innocent…

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n’hésitez pas à faire passer le mot !

tarif : 12 euros

réservations au 06 03 62 61 89

dates /

12,13,14 mai à 20h30
le dimanche 15 mai à 19h
le 17, 18 mai à 20h30
24,25,26 mai à 20h30

et l’affiche ! Faite par cette jolie personne qu’est Mélody, que vous pouvez retrouver ici ! => http://www.mmemelo.blogspot.com/

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Illian Dolly

Nous y sommes.

Cela devient de plus en plus clair, ces airs doux-amers, cette atmosphère… A vous de découvrir cela. Bonne écoute.

http://www.reverbnation.com/illiandolly


Le nez rouge

(un clown. Il sourit)

 

On n’a pas la vie qu’on mérite. Non. Avant de poser un genou à terre, on fait semblant de croire à ces poèmes d’amour à jamais. On se nourrie de ces chansons qui nous disent combien la vie est belle. Mais finalement, on ouvre les yeux. Quand on n’arrive même plus à rire de ce que l’on est, qu’on arrive au bout de son humour, on sait alors que tout doit se conclure.

 

(un homme entre et emmène le clown près d’un poteau où il va lui attacher les mains dans le dos. Tout se passe très lentement. Le clown se laisse faire)

 

Pourtant, j’ai essayé. J’ai poussé de tout mon être, de toute ma force que je croyais inépuisable. Mon crime est d’avoir cru qu’en aimant le monde, on pouvait le sauver. Mais ça n’a pas marché. J’ai été là pour toutes ces personnes. Je les ai écoutées, j’ai puisé dans tout ce qui pouvait me faire terriblement mal pour les remonter. Parce que je voulais être utile. Utile.

Non, c’est pas vrai, tous les hommes ne naissent pas égaux. Pourquoi certains ne réfléchissent jamais à ce qu’ils sont alors que d’autres souffrent d’une empathie à se flinguer ? Pourquoi moi j’ai jamais réussi à me plaindre ? J’ai essayé, mais ça n’a pas marché. Il a dû me manquer quelque chose. L’indécence, ce doit être ça.

 

(l’homme qui lui a attaché les mains et les pieds ressort de scène et revient avec un verre d’alcool qu’il lui fera boire)

 

A bien y regarder, je me dis que j’ai loupé quelques bonnes choses. Surtout des nuits où j’aurais pu me reposer et panser mes plaies. J’aurais pu aussi hurler pour qu’on vienne me réconforter. Mais la seule fois que je l’ai fait, tout le monde a rigolé en disant « c’est marrant ça, le cri du clown le soir au fond des bois ! ». Alors, on se retourne vers la seule personne qui peut vous comprendre : soi-même. Je n’ai pas voulu que les autres souffrent de mes peines, donc j’ai fermé les portes. Oui, vraiment certains sont seuls. Définitivement.

 

(l’homme vient lui apporter une cigarette et lui fait fumer quelques taffes)

 

A tous ceux qui suivront : ne dites rien. Taisez-vous. Laissez faire. Serrez un peu plus les dents en espérant qu’un jour tout ira mieux. Ou essayez de pointer l’index vers le ciel en criant « maison ! ». Mais pas trop fort, faut pas qu’on vous entende. Ne cherchez pas à changer les gens, ni à les bousculer. Ils sont comme les chats. Plus on leur donne des caresses, plus ils en veulent. Et puis, quand ils en ont assez, ils vous donnent des coups de griffes assassins. Alors, laissez-les vivre, il est si idiot de mourir pour eux.

 

(deux hommes entrent en scène avec des fusils et pointe le clown. Ce dernier n’a pas de réaction. Tout lui semble normal)

 

La vie m’a donné quelques récompenses de tous mes efforts. Elle m’a laissé le temps de voir le bonheur dans les yeux des autres. Comme ça, moi aussi, j’ai pu y croire. J’ai pu voir vivre en eux toutes ces parties de moi que je leur ai donné. Même si je n’ai pas eu la chance d’en profiter.

J’ai la gorge qui se sert un peu. Comme si j’étais triste, mais un peu seulement. Faut pas s’inquiéter, c’est pas grave. Même si ça empêche de respirer et si ça fait mouiller les yeux. J’aimerais bien pourtant qu’une main divine se tende. Mais comme je ne crois pas en Dieu et qu’il n’a jamais cru en moi.

Non, décidément, au final, on n’a vraiment pas la vie qu’on mérite.

 

(le clown a perdu pour une fois son sourire, les larmes qu’il tente désespérément de garder dans ses yeux. Il regarde les hommes qui se sont plantés devant lui avec des fusils. Il esquisse un sourire, puis)

 

Feu.

 


La course & la mélancolie

Ils vont vite.

Qu’ont-ils tous à courir ainsi ? Que rattrapent-ils ? Que fuient-ils ? La vie n’est elle pas suffisamment compliquée, tordue, aliénante pour s’en rajouter une couche un samedi soir ? Ils doivent vite boire, vite sentir l’ivresse, rire vite et fort, vite s’agiter, gesticuler, dire leur amour à cette fille, là, celle-là même qui se faisait chanter un même amour sur un même air un même soir de la part d’un même homme. Ils vont vite et se répètent. Seuls les prénoms changent.

… La fille a la peau mate et les lèvres rouges. Elle tire sur sa cigarette avec une certaine frénésie puisque, comme on l’a dit plus haut, ils vont vite. Au bout de ces quelques taffes, un sourire à donner à ma personne qui foule les trottoirs des Grands Boulevards. Ses yeux, noirs, brillent d’une ivresse encore contrôlée. Elle les fixe dans les miens sans trop attendre…

Elles vont vite.

De l’autre côté du trottoir, ces deux filles qu’on croirait sortie à peine de l’adolescence. La démarche est bancale pour des talons trop hauts et ces jupes trop courtes. Et tout ce rouge pour deux chaperons qui n’esquivent pas le loup, mais le poursuivent. Quelle énergie me faut il pour les dépasser ? Et je les entends, surprends une conversation dont la vacuité sidérante en appellerait à la physique quantique pour y trouver un sens. Elles vont vite, donc.

… Je me dirige vers elle sans savoir ce qui se dessine sur mon visage ou dans mon esprit. S’installe en moi un malaise que je combats. Irai-je aussi vite ? Faut-il déjà que je trouve l’excuse afin de prendre le premier métro ? Ou alors, laisser aller, prendre le temps dans toute cette vitesse, même un temps infime, mais rien qu’un temps, un silence d’une noir, pas plus…

Tout se raccourci, y compris la nuit, y compris les verres qui ne se traduisent plus qu’en shot. Certains courent. D’autres se frappent amicalement. Les petites frappes banlieusardes hurlent les deux chiffres de leur département comme un cri de guerre – comme un division entière d’attardés – et balancent du laser rouge à qui n’en veut pas. Courez, courez, le RER n’attend pas.

… Je m’approche. Le blanc de ses dents disparait encore une petite fois dans son verre. . Mon corps, tendu, mais en apparence, d’une relative souplesse, réduit la distance…

Je suis rentré. J’ai jeté un œil dans la glace. Le regard y reflétait une dureté et une mélancolie slave.

… Au fur et à mesure que mes pas me rapprochaient d’elle, son air léger s’est assombri et son sourire s’est comme déformé. A sa hauteur, j’ai dû la frôler comme on croise un iceberg. Plusieurs mètres nous séparaient quand je me décidais enfin à me retourner vers elle. Son dos était déjà tourné…

Elles vont vite.

Et mes lèvres se sont scellées.