Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Archives de juillet, 2011

Ce que portent ces regards

Avignon.

Depuis une petite semaine, je creuse mes cernes sous le soleil de plomb d’Avignon. Le rythme est forcément intense, les rencontres multipliées par dix, les jeux de dupes aussi. Et puis, pour le moment, je me surprends à voir des jolies coups de pouces divins qui nous mettent, « Des Accordés » et moi, face à de belles opportunités… Il peut se passer des choses exceptionnelles dans les jours à venir et je regarde tout cela sans me dire, pour une fois, « pour compenser la bonne nouvelle, quelle chose encore un peu pure vais-je devoir sacrifier ? »

Je découvre, un sourire en coin de surprise, les petits cailloux semés depuis plus de dix ans, me guider doucement vers des maisons plus chaleureuses.

Et puis, je pensais plus simplement à ces yeux. Particulièrement à ceux de Déborah et Anthony, et les petites étoiles qui y traînent depuis un certain temps. Lui, tout particulièrement, dont l’amitié teinté d’admiration me replace dans mon propre univers.

Bien sûr qu’aucun comédien reconnu n’a joué mes textes aujourd’hui. Mes scénarios, au bout de quatre ans, n’ont pas trouvé les financements pour voir le jour et, comme je l’avais écrit, il y a presque dix ans « j’aurais voulu que mon écriture fasse piler les gens sur l’autoroute, mais je me suis trompé de voie ».

De jeune auteur, j’ai fait le pas vers auteur. Toujours contemporain, toujours pas encore mort, mais surtout pas à la place où je croyais que je serais dix ans plus tôt. Mon ambition n’a pas perdu le désir d’appuyer sur les boutons les plus élevés de l’ascenseur. Mais elle s’est aveuglée plus d’une fois et égarée dans bien des fiertés déplacées.

Aujourd’hui, les yeux d’Anthony et toute l’enfance qui y traîne encore, me disent que je fais bien. Ceux des spectateurs, que je fais du bien. Le mien dans le reflet, que je fais le bien. Du moins, le seul que je sache faire. Il y a des regards inconnus qui me remercient, ceux qui s’embuent, ceux d’Emilie qui y croient, ceux de Déborah qui ne perdent pas la Foi, ceux d’Ouriel qui rient.

Et il y aura aujourd’hui ceux de Christophe qui vient découvrir la pièce. Cette pièce que je lui ai dédié. Mon presque petit frère et sa traversée de l’enfer depuis plus de deux ans. Il n’y a pas un mot que je n’ai pas écrit sans penser à lui.

Mon regard se croise de nouveau dans le miroir. Je suis pétri d’imperfections, de défauts et de maladresses. J’ai des cicatrices d’une tristesse insondable et le temps vient voler ce qui reste de mon enfance en creusant mes traits.

Mais j’avance, je fais le bien, cousu d’espérances.

Publicités