Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Lombez

Voilà maintenant presque quinze jours que je suis arrivé dans le Gers, dans ce petit village de Lombez. Après bien des remous, j’ai obtenu, donc, une bourse de résidence à la Maison des Ecritures d’ici. Deux mois pour travailler au calme dans un appartement superbe et un peu livré à moi-même. J’ai simplement l’impression de faire un remake des « Ch’tis ». J’ai débarqué ici le 1er novembre, pluvieux, perdu dans des villages désertiques et où la seule station de radio que je pouvais capter, donnait la parole à un jeune homme qui avait malheureusement perdu sa jambe, happée par un requin. Ambiance. J’ai mis un pied dans l’appartement, rencontré Paul Claudel, le président et le lendemain, je n’avais déjà plus envie de partir, mais de prolonger.

Depuis, j’ai arpenté cette jolie région, fait quelques aller-retours à Toulouse (50km), pris des pots, fait une randonnée à 2000m dans les Pyrénées, finit de retravailler sur deux pièces et j’ai commencé les hostilités, me mettant face à face avec un sujet sur lequel je me bats depuis cinq ans. « Dans l’ordre des choses » sera le deuxième volet sur le deuil, le premier étant « La coulée douce ». J’en suis à presque vingt pages en deux jours et je sens les rouages se mettre en place, au fur et à mesure que mes dents se soudent. Il me faudra aller à son terme cette semaine, c’est vital. J’enchainerai ensuite sur un monologue que je présenterai à la population lombezienne courant décembre en exclusivité.

Et puis, je dois aussi donner 30% de mon temps à des activités. Rencontres avec des lecteurs, un lycée ou deux, des cafés littéraires. Et surtout, montage d’un atelier sur les monologues et le rire au sein du centre de détention de Muret. Petite précision, la plus petite peine là-bas, c’est huit ans. C’est dire les CV que je vais avoir en face de moi. Mais l’expérience est belle, de me retrouver face à des humains qui ont fait des conneries et qui paient. Ils ont été jugés, je n’ai pas à le faire, ni savoir ce qui les a amenés ici. Tout ça se terminera par une représentation dans le pénitencier même et, j’espère s’il y a matière, une publication des textes qui auront été écrits durant les séances.

De tout cela et de tout le reste, j’en goûte une joie infinie. Je touche mon rêve, je vis même dedans. Chaque journée est un don, un enrichissement de chaque instant. Etre confronté ainsi à la solitude est quelque chose qui me plaît. J’ai hâte de retrouver celles et ceux que j’aime, il n’y a pas à se méprendre, mais travailler dans ces conditions, c’est réjouissant.

Je ferai sûrement un petit film à la fin de tout cela que je posterai ici pour donner une idée de ce que j’ai vécu, de ce que je vis. Il y a du travail et fermer ma gueule parfois une journée entière est une expérience étonnante, mais de là où je suis, je vous le dis, je suis heureux.

 

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