Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Jamais assez

 » Je suis d’accord avec toi. Tu m’as écrit on ne dit jamais assez aux gens qu’on les aime. Tu as rajouté « tant qu’ils sont vivants ». C’est vrai, je crois. Se pencher sur du marbre, demander pardon, dire les mots d’amour qu’on n’a pas su livrer lorsque l’on était en face l’un de l’autre, c’est comme envoyer une lettre qu’on n’aurait pas noircie d’une seule pensée. La vie réclame la vie.

La nuit est tombée un peu plus tard aujourd’hui et les jours qui s’étirent appellent le printemps. La voiture avale les kilomètres, les bandes blanches défilent. J’ai le coude contre la portière et la main qui soutient ma tête fatiguée. Encore une longue ligne droite et je serai chez moi.

Tu ne quittes pas mes pensées, ni aucun des battements de mon cœur. Je revois tes mots, tes désirs de dire au monde qui te compose combien il est beau, combien il est tendre, combien il compte à tes yeux. Je ne peux m’empêcher de sourire, de t’aimer dans ton raisonnement. Même si. Même si ce soir comme de nombreux soirs désormais, j’espère ces mots d’amour venant de toi.

Tu es aimée, admirée, chérie par tant d’hommes, tant de femmes. Tu sais prendre dans les bras et faire devenir cet espace le plus bel endroit de l’univers. Tu sais tenir les gens, les caresser et faire naître un sourire du corbeau. Tu sais joncher à longueur de pavés des centaines de sourires comme des éclats de soleil, comme des bouts de lune à saisir la nuit avant de mourir. Tu sais avancer, même les genoux écorchés, même après qu’un doigt de pied se soit encastré dans l’entrebâillé d’une porte, même lorsque les yeux se chargent de tristesse, même quand il pleut, même quand tu plies, même quand tu ploies, tu sais avancer. Tu sais dire l’amour, d’un clignement d’œil, de ce que l’on susurre à l’oreille tout bas un désir qui mord le ventre, tu sais dire l’amour à ceux qui viennent, à ceux qui te précèdent.

Ici, à mesure que la tôle se déchire, je te vois l’envoyer cet amour, à tue-tête ou en secret. Mais le cri de la voiture qui s’éventre sous le coup de boutoir de ce camion ne me laisse pas l’occasion de l’entendre, juste à peine de le percevoir. La dernière étincelle qui me parcourt me laisse un je t’aime que tu avais abandonné un de ces jours heureux.

Oui, au bout de la lueur qui vacille, je suis toujours d’accord avec toi. On ne dit jamais assez aux gens qu’on les aime. De leur vivant. »

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Une Réponse

  1. birdy

    Ce texte me touche au plus profond de mon Etre, il résonne à plusieurs endroits comme par magie, comme s’il était un peu pour moi…..Merci L. pour ces mots que je ne saurai écrire, Merci pour ce don de mots, ce don de vie…..

    mars 18, 2012 à 12:32

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