Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Regarde le ciel

Je sais tout ce qui se mêle à la terre. A la terre sous nos pieds. Et mes pieds sont nus.

Je ne sais combien de feuilles mortes, combien d’insectes, combien de pas perdus l’ont nourrie jusqu’à ce jour.

Je crois savoir que de la disparition se recrée la vie. Et mes pieds nus d’enfant s’enfoncent dans le sol.

J’ose savoir ce qui me compose, ceux qui m’ont précédé, ceux qui ont laissé ici et là des morceaux d’eux. Bancals, arides, faits d’élans et de risques, de craintes, d’angoisse, de la folie d’un espoir, de blessures héritées. Faisons de cela un être.

Je sais le cordon qui ne voulait pas que je respire cet air, celui-là même, celui de ma mère et ses larmes de désespoir de me découvrir petit gars et non petite fille.

Je saurais toujours les vents contraires qui ont poussé le dos, qui ont giflé le visage plus de mille fois, qui auront fait courber une échine. Et mes pieds nus d’enfant dans le sol et les pierres et le sang. Et l’eau, si peu pour laver, mais simplement pour nourrir.

Je sais ce qu’il est advenu jusqu’à aujourd’hui, même dans l’obscurité. Je sais combien sont venus tailler leurs noms sur mon écorce, combien m’ont laissé des traces, combien sont venus se réfugier, tout contre, combien sont partis en courant dès la nouvelle de l’orage, dès la lueur de la foudre.

Je sais mon visage tourné vers ces pieds d’enfant dans la boue et mes yeux qui n’ont jamais cessé de regarder le ciel.

Je me sais. Je me sais comme un arbre penché.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s