Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Archives de août, 2012

Une Femme Debout 4

Arrêtons nous un instant.

Il y a bien un endroit, quelque part, où nos doigts peuvent se croiser de nouveau. Je sais que l’excès n’amène que de mauvaises choses entre nous. Mais s’il me fait marcher moins vite, s’il me fait rire moins fort, s’il rend mon appétit moins vorace, il ne doit pas nous réduire au silence.

Ta parole. La mienne. Ce que nous avons lié depuis ces années n’a pas le droit de se taire. Au contraire.

Tout ce temps… Nous disons tout le temps, c’était hier. Parce que je crois que chaque instant à tes côtés est une ligne courte que notre amour n’a jamais cessé de vouloir étirer. Tu sais, aujourd’hui, j’ai envie d’entendre de la joie dans ta voix. La colère attendra. La colère trouvera un jour un arbre, une porte pour se justifier si ça la chante. Moi, tu vois, je serai encore là pour bander ta main, l’embrasser et chercher encore tes lèvres.

Tu te rends compte de tout ce qu’il nous reste à nous dire. Encore. Tant à se dire. La vie ne suffirait pas. Raison de plus, alors, pour ouvrir, l’ouvrir. Je veux te parler jusqu’à ce que l’aube me ramène à la raison. Jusqu’à ce que ma bouche soit desséchée. Je veux te dire que tu es ma maison. Que je chante en toi, que je sourie dans tes veines, que j’y fais un bruit du tonnerre dans ton cœur, que je ne veux jamais être ailleurs, que si l’on se sépare, tout me ramènera à toi.

Arrêtons nous un instant. Parle-moi avec ce que nous avons toujours été.

Parle-moi, je t’en prie. Avec excès.

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Nationale 666 / dernières lectures


Une femme debout 3

Je l’ai lu. « Connais ton ennemi mieux que toi-même ».

Je l’ai donc invité à ma table. Il s’est bien incrusté de lui-même dans la maison et malgré tous mes efforts, il n’a eu de cesse de revenir, par la fenêtre, par la ventilation, par l’évacuation des chiottes, je ne sais pas. Je ne sais pas comment il fait, mais il revient toujours. Par la cheminée un soir de décembre, j’aurais aimé qu’il apporte des cadeaux pour tout le monde, ça aurait eu de la gueule. Mais non, ce monsieur semble se sentir chez lui, ici.

Oh, on lui a bien demandé ses papiers maintes et maintes fois, sans réponses. Il a fallu faire intervenir les gendarmes en blouse blanche pour qu’on nous signifie son blase. Mais même avec son petit nom, surtout avec son petit nom, il n’a jamais été très sympathique.

Envahissant.

Alors, je l’ai installé, là. Entre quatre yeux.

Bonjour, bonsoir, puisque tu es là, dis ce que tu as à dire et fais ta valise, parce qu’on est complet ici, la maison ne prend plus de réservation et une fois, deux fois, d’accord, mais maintenant, faut s’arrêter, hein ? Honnêtement, tu sais qu’on peut se quitter bons amis ? Et puis, t’as pris ce qu’il y avait à prendre. Ne t’en fais, je t’oublierai pas, tu m’as laissé plus d’une cicatrice. Je ne dis pas que j’ai toujours parlé de toi en des termes sympathiques, mais il faut aussi me comprendre, j’ai le cuir chevelu qui fatigue. Et moi avec. Alors, pour ne pas gâcher la fin de la journée, ni la tienne, ni la mienne, on pourrait se serrer la main et se dire adieu.

Là, tu vois, j’ai plus grand chose pour te nourrir. Et ce que j’ai, ce qu’il me reste, tu saisiras que ce n’est pas vraiment pour toi. Prends ton temps, mais pas trop. Parce que les gendarmes vont revenir et tu les connais, ils ne font pas dans le détail. Tu sais que dans ce cas, on sera mal. On sera mal tous les deux. Et on s’est assez fait de mal comme ça.

Il est temps aujourd’hui qu’on se quitte.  Toi et moi, on a fait le tour de l’histoire. On connait. Quand t’es pas là, tu ne manques pas. Et au fond, je ne t’ai jamais aimé, tu ne m’as jamais manqué. Tu t’es trompé. Maintenant, je te souhaite bon courage, je sais que malheureusement, tu as de beaux jours devant toi, mais moi, je vais prendre soin de moi, d’accord ?

D’accord ?


Une femme debout 2

Oui.

Oui.

Oui, j’ai la haine.

Je sais que cette haine nourrie l’excès de vie. Mais je peux bien lui donner de l’énergie, son bifteck, parce que demain et pour les jours à suivre, elle va avoir besoin de souffle pour tout ce que je lui réserve.

On me dit, on me souffle nombre de combats perdus. Et moi ? Et moi ? Je suis là pour donner un chiffre de plus aux statistiques ou suis-je ici, putain, pour donner raison à celles et ceux qui m’aiment ? Je choisis mon camp.

A vrai dire, à chaque courbure de mon échine face aux annonces, j’ai envie de laisser faire, de dire que oui, l’abandon fait aussi partie de la lutte. J’entends et je vois l’empathie, la compassion des yeux qui se posent sur moi. Cet excès dont je ne suis pas responsable me fait sentir coupable et ces larmes, ces gestes, ces sourcils en accent grave, tout cela me fait vomir ; tout autant ce qu’on m’envoie dans les veines.

On me dit que le combat est à gagner pour les gens que je porte en moi. Mais à la réflexion, non. Il ne doit s’agir que de moi. Je sais, je connais la place de chacun dans mon existence. Je connais le creux des épaules où se reposer, les douceurs du torse qui m’accueillent chaque nuit, les étoiles et les espoirs dans les yeux de mes enfants, les forces infinies qui animent les âmes sœurs.

Je sais. Je vous le jure.

Mais aujourd’hui, il faut que cela devienne égoïste. Parce que dans tout cela, il y a sûrement tous les mots que vous voulez bien y mettre et qui résonne en moi comme un seul. La Foi. Je regarde mon visage dans le miroir et les larmes qui y coulent par-delà mes grosses pommettes, ne disent qu’une espérance à laquelle je donne une chance. Une espérance qui me dit « chiche ? »

Je te le dis.

Je vous le dis.

Chiche.

C’est parfait alors. Prévenez-le s’il ne m’entend pas.

Cet excès de vie, j’en fais une affaire personnelle désormais.

Rassurez-vous, rassure-toi, à la fin de l’histoire, la femme debout, ce sera moi.


Une Femme Debout

Ce qui coule en moi, c’est la vie. J’en ai tellement que je l’ai donnée. Deux fois. Et j’ai dit oui au maire pour la partager avec cet homme-là.

Ce qui coule en moi, c’est la vie, ça n’a jamais été rien d’autre. Aujourd’hui, en tripotant nerveusement son stylo, lui, dans sa blouse blanche, il me dit que j’en ai trop. Un excès. Un excès… Les seuls pour lesquelles je veux bien plaider coupable sont ceux qui concernent ma générosité, mes éclats de rire ou mes colères à l’emporte-pièce.

Donc, j’ai trop de vie. Trop, c’est bien de ça dont on parle. Quand j’entends ma fille me dire que son après-midi, c’était trop bien, c’est que c’est pas bien alors. Je suis alors trop comme nana. J’ai trop de dents dans ma bouche quand je souris, j’ai trop d’amour pour mes enfants, mon mari, mes amis, j’ai trop de tendresse pour mon chat, trop de gourmandise devant une glace, trop de retenu face à la connerie, trop de douceur quand je caresse des cheveux… Trop de kilos. Mais ça, c’est à cause du trop de gourmandise devant cette foutue glace.

C’est vrai, je suis trop comme nana. J’ai trop la haine.

Un excédent de vie, faut être sacrément perché pour t’entendre dire que ça peut te l’ôter. Mais moi le trop ne me tue pas. Ce qui coule en moi, c’est la vie. C’est celle qui me remue le bide dans la douleur, celle qui m’épingle au Ciel lorsque l’amour sonne à mon cœur, celle qui m’offre des yeux verts en guise d’âme sœur.

Je n’ai que cette vie là en moi. L’excès peut aller au diable.

Et d’ailleurs, qu’il y aille, je suis une femme debout. Qui le reste.


One day in BROOKLYN

One day in BROOKLYN.

Faut suivre Emilie, c’est splendide…


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Avignon, juillet 2012

Comme un arbre penché
Toujours un regard au ciel