Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Une femme debout 2

Oui.

Oui.

Oui, j’ai la haine.

Je sais que cette haine nourrie l’excès de vie. Mais je peux bien lui donner de l’énergie, son bifteck, parce que demain et pour les jours à suivre, elle va avoir besoin de souffle pour tout ce que je lui réserve.

On me dit, on me souffle nombre de combats perdus. Et moi ? Et moi ? Je suis là pour donner un chiffre de plus aux statistiques ou suis-je ici, putain, pour donner raison à celles et ceux qui m’aiment ? Je choisis mon camp.

A vrai dire, à chaque courbure de mon échine face aux annonces, j’ai envie de laisser faire, de dire que oui, l’abandon fait aussi partie de la lutte. J’entends et je vois l’empathie, la compassion des yeux qui se posent sur moi. Cet excès dont je ne suis pas responsable me fait sentir coupable et ces larmes, ces gestes, ces sourcils en accent grave, tout cela me fait vomir ; tout autant ce qu’on m’envoie dans les veines.

On me dit que le combat est à gagner pour les gens que je porte en moi. Mais à la réflexion, non. Il ne doit s’agir que de moi. Je sais, je connais la place de chacun dans mon existence. Je connais le creux des épaules où se reposer, les douceurs du torse qui m’accueillent chaque nuit, les étoiles et les espoirs dans les yeux de mes enfants, les forces infinies qui animent les âmes sœurs.

Je sais. Je vous le jure.

Mais aujourd’hui, il faut que cela devienne égoïste. Parce que dans tout cela, il y a sûrement tous les mots que vous voulez bien y mettre et qui résonne en moi comme un seul. La Foi. Je regarde mon visage dans le miroir et les larmes qui y coulent par-delà mes grosses pommettes, ne disent qu’une espérance à laquelle je donne une chance. Une espérance qui me dit « chiche ? »

Je te le dis.

Je vous le dis.

Chiche.

C’est parfait alors. Prévenez-le s’il ne m’entend pas.

Cet excès de vie, j’en fais une affaire personnelle désormais.

Rassurez-vous, rassure-toi, à la fin de l’histoire, la femme debout, ce sera moi.

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3 Réponses

  1. Emni Blakcori

    Très fort et beau texte Lilian. J’ai hâte de découvrire la suite. Merci

    août 18, 2012 à 6:17

  2. Cher LilianLu ton sms, vu l’émission, lu ton article, bref, la totale!L’émission était très interessante mais trop courte. Le sujet méritait mieux, mais c’est déjà ça.Comment allez vous tous les deux? Vos projets?Ici va bene. après avoir supporté la canicule dans les Landes, on la supporte ici.Bises à vous deux. Guy

    > Message du 18/08/12 03:14 > De : « Lilian Lloyd » > A : guy.bordes954@orange.fr > Copie à : > Objet : [Nouvel article] Une femme debout 2 > >WordPress.com Lilian Lloyd posted: « Oui. Oui. Oui, j’ai la haine. Je sais que cette haine nourrie l’excès de vie. Mais je peux bien lui donner de l’énergie, son bifteck, parce que demain et pour les jours à suivre, elle va avoir besoin de souffle pour tout ce que je lui réserve »

    août 19, 2012 à 8:55

  3. Elisabeth

    C’est magnifique ! ce texte est sublime et surprenant par tant de franchise !
    Pourquoi tant de tristesse au fond de nous. La vieillesse, l’amour, la maladie, le poids de notre vie, le poids des kilos …. cette envie de l’abandon je la connais bien, trop bien même …. alors je vais me permettre de faire un tour sur votre site pour lire ses mots qui savent me toucher au plus profond de moi.

    La vie quelle galère mais on t’aime tant ….. alors laisse nous un peu d’espoir ……

    Merci
    Elisabeth

    août 20, 2012 à 10:53

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