Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Une Femme Debout 7

Parfois, la maison se vide.

Il faut bien que la vie continue, que chacun vaque à ses occupations. Je pense même que souvent, c’est moi qui les mets dehors. Quand la porte se referme sur la dernière personne à quitter les lieux, le silence vient s’inviter. Comme pour mieux converser. Le silence, je l’invite. L’autre, l’excès, se tait, se terre dans son coin. Enfin, dans un coin de moi, même s’il joue au Petit Poucet maléfique à laisser traîner de vilaines choses derrière lui. Je lui ai demandé bien des fois s’il s’était perdu, je l’aidais à retrouver le chemin de la sortie avec un grand plaisir. Mais, ma bonne dame, l’excès ne cause pas, il fait.

Il fait mal. Dans tous les sens du terme, il fait mal. Et Seigneur qu’il sait bien le faire.

Je traîne alors mes jambes un peu lasses dans les différentes pièces. Je remets un papier à sa place ou, selon l’humeur, je m’arrange pour le déplacer, comme pour prouver à mon homme, à mes enfants, que je suis passée par ici. Comme pour prouver que je suis là. Que je suis là, bordel. Au fond, j’attends que mon fils vienne m’engueuler parce que j’ai touché à ce que je ne devais pas touché. J’ai envie qu’il vienne gueuler avec son adolescence me dire que j’ai pas le droit, ceci, cela. Aujourd’hui, le hurlement, la fougue, la force, le conflit, sont autant de preuves de vie. Le hurlement, ce trop plein de souffle, je veux l’entendre faire vibrer mes tympans.

Je veux ouvrir l’ordinateur de ma fille, lire ses messages, faire tout ce qui est interdit. Pas pour fliquer, non, pas pour m’immiscer dans ce qui ne me regarde pas. Simplement, parfois, dans mes cauchemars, quand l’excès ne donne plus de raison à personne de me gueuler dessus, je me dis que je ne veux pas partir sans rien savoir de mes enfants. De leurs plus petites pensées à leurs grands idéaux. Je voudrais que ma valise soit pleine. A ras bord d’eux.

Parfois, la maison se vide. Mais le silence n’est jamais bien longtemps convié. Le téléphone, les inquiétudes, les douces pensées, rien pour me laisser me reposer en paix.

Pourtant, aujourd’hui, allongée dans mon lit, je n’aspire qu’à laisser. Laisser aller. Ne rien faire. Je pense à m’éteindre. Pour un temps. Question de feinter l’excès. S’il s’imagine vainqueur devant ma position, les mains croisées sur le plexus, peut-être qu’il se dira que son boulot est fini et qu’il se tirera.

Alors le téléphone pourra sonner aujourd’hui.

Je converse avec le silence. Et je tends mon piège.

Chut.

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Une Réponse

  1. Elisabeth

    Le texte, la musique ….. comment rester insensible devant cette femme si poignante, si fragile.
    Les mots me manquent ….. je reste silencieuse à ses côtés.
    Elle ne sait pas que je suis là. Je la regarde, je l’observe. Elle ne me voit pas.
    Je reste à son chevet …. je ne peux l’abandonner là, comme ça, toute seule ….

    La musique s’est arrêtée. Le temps aussi …. comme suspendue, attendant ce souffle de vie s’échapper encore de ses lèvres …..

    septembre 5, 2012 à 12:20

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