Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Une Femme Debout 11

Je ne demande rien à personne.
Sûrement pas à venir à mon endroit, ni pour me plaindre, ni pour me prendre en pitié et, peut-être même avant tout, m’admirer.
Je suis une femme qui se réclame debout, mais comme toutes les autres qui n’ont pas renoncé à se frotter à la vie, à se faire bousculer par ce qui est beau, par ce qui est laid. Nous cherchons toute un mot, une attitude ou un son qui résume notre combat. Et moi, je suis toute seule dans ma peau traversée de cicatrices pour me dire guerrière. Chacune serre le poing comme elle le peut et les routes de toutes les victimes de cet excès peuvent se croiser, s’échanger, face au mur, la force dont il faut se revêtir pour l’abattre, c’est… c’est toute seule.
Il ne m’aura pas fallu attendre de me battre contre moi-même pour savoir qu’on était toujours tout seul. Quoi qu’il arrive. Oui, bien sûr, il y a l’amour pour ceux qui nous précèdent, pour ceux qui suivent. Ce seul sentiment qui peut faire déplacer des montagnes m’a donné une direction et malgré mes cannes qui maigrissent, je ne dévie pas. Mais ce foutu chemin, comme un coureur de fond qui est là, encouragé par des supporters, c’est moi qui le fais.
Je ne me plains pas. Quelque part, j’en suis fière. Un jour, j’ai relevé la tête et dans la glace, j’ai vu la tête de quelqu’un, le visage déchiré la tristesse, les yeux rougies par les cauchemars et je me suis dit que j’allais faire ce que je pouvais pour cette belle personne.
Depuis, j’honore ma promesse et j’ai une dette envers moi. Tout part de là, tout y revient.
Je suis une cheyenne pour la peinture que mes index et majeur laissent sur mes pommettes sans fins. Je suis la douleur qui me rappelle combien mon existence a une valeur. Je suis une amazone pour les stigmates que cette guerre civile a laissé en moi.
Je ne demande rien. Que personne ne regarde plus grande que je ne suis. Mes genoux n’ont pas fini de se râper sur le goudron à chaque défaillance. Mes larmes, mes peurs et mes colères nourriront toujours cet excès malgré moi. Je n’ai rien de sage, rien de plus, rien de moins.
Je ne demande rien à personne ou alors, juste pour un soir de m’oublier.
Oubliez-moi. Oubliez-moi de toutes vos forces. Laissez-moi, retournez voir vos gueules dans les miroirs, éloignez vos enfants du poste de télévision, éteignez le son et, s’il-vous-plaît, ce soir, oubliez-moi. Pour de bon.
Je suis seule. Tout vient de là et tout y retourne.
Oubliez-moi. Pour que demain, je nous fasse la surprise d’être toujours là.

Publicités

2 Réponses

  1. Elisabeth

    Pardon !
    Tu as raison. Entendre à longueur de journée que tu es une femme courageuse il y a de quoi cracher sa colère.
    C’est ton combat. pas le mien. Ma vie continue, la tienne est en suspension …. c’est facile pour moi de te dire tu es une femme formidable, mais dans le fond toi tu restes avec ton excès de vie en pointillé. Lorsque je vais me coucher, je sais que demain se lèvera pour moi … mais toi tu n’en sais rien. Tu donnes du courage aux autres mais j’oublie la personne que tu es.
    Chaque jour tu mets un pied devant l’autre, redoutant tout, la cuvette des WC, tes cheveux qui tombent, mais surtout tes enfants qui te voient souffrir, ton mec qui a tellement peur de te perdre qu’il s’isole dans son bureau, le téléphone, les amis, la pitié ….. moi qui t’admire en silence ….
    Crache ta colère, vomit ta haine,hurle ces mots qui te dévorent,pleure, frappe moi …. je ne te regarde pas ……
    Mais t’oublier ? …. ça non je ne peux pas ….. Pardon !

    septembre 17, 2012 à 7:42

  2. Elisabeth

    Tu pourrais être moi … je pourrais être toi.
    Comment ce poison choisit-il ces victimes ?

    septembre 17, 2012 à 11:16

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s