Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Archives de novembre, 2012

Une Femme Debout 15

Cher Excès de Vie,

Devrais-je dire, trop cher Excès de Vie.

Votre délicate missive après tant d’années de silence fut accueilli avec une certaine forme de soulagement. Enfin un signe de vie de votre part, vous qui cherchez tant à me l’enlever. J’avoue, j’ai passé une jeunesse affective plus qu’ordinaire. Grande, jolie mais sans plus, en forme, un peu sportive lorsqu’il s’agit d’aller chercher à pieds quelques paquets de confiseries jusqu’à cinq rues de chez moi, mes prétendants n’ont jamais été très nombreux, ni si attaché à ma propre personne. Pour vous faire une confession, ceux à qui je me suis offerte tiennent bien tous ensemble sur une seule et même main. Le dernier en date m’a demandé en mariage et m’a offert deux beaux enfants dont je suis admirablement fière, même si ma petite dernière peut me demander assez naïvement s’il y a du rhum dans le rumsteck.

L’adultère, j’en ai eu vent. Par d’autres. Cela n’a jamais été un concept qui a coulé dans mes veines. Je ne le juge pas, simplement, je ne suis pas génétiquement faite ainsi. J’avoue aussi qu’avec mon tendre époux, si nous avons mille raisons de nous disputer au quotidien, nous avons un point de ralliement commun et inaltérable, quelque soit la latitude, nous nous aimons.

Voyez-vous, la fougue de notre prime jeunesse a laissé la place à plus d’écoute et de tendresse. Peut-être un peu tôt. Un peu trop tôt. Et aujourd’hui, je le comprends davantage. Venir me visiter alors que vous êtes déjà bien en moi peut créer un étrange sentiment chez lui. Et chez moi. Il faut dire aussi que j’ai le sentiment de vous avoir bien gâté, vous et votre appétit. Je vous ai donné une belle part de ma féminité et en échange, vous ne m’avez remercié qu’avec de lourdes cicatrices ! N’auriez-vous pas pu être plus gentleman et m’offrir, que sais-je, au moins, un dîner ? Oh, je sais ce que vous allez me rétorquer, que maintenant, j’ai un petit macaron sur le pare-brise qui me permet d’aller me garer sur la première place handicapée venue. Une confidence entre nous, si cela s’avère utile, je m’en serais bien passée.

Ainsi, trop cher Excès de Vie, me voyez-vous contraint de continuer à vous résister. Vos charmes ne me charment pas. Si j’entends vos obligeances à vouloir me prendre de partout, malgré mes précédentes offrandes, ce qui constitue le reste de mes organes valides vous serait gré de vous en tenir à distance. Mon cerveau, mon cœur, mon foie et l’ensemble de ma personne vous prient de leur lâcher les basques. Si je vous éconduis et vous propose de prendre la porte, c’est que notre histoire doit toucher à sa fin. Et cette fin, je vous propose de me laisser la gérer, comme une grande, de dire où et quand. Pour le comment, je saurais me rappeler à vous, si ça me chante, bien sûr.

Oh, j’avoue, je suis rétrograde, une petite fleur pour signaler votre arrivée il y a dix ans aurait pu améliorer notre relation, mais vous n’avez voulu en faire qu’à votre tête et cela m’a considérablement refroidie. Ne vous inquiétez pas, je survivrai sans vous. Jusqu’à ce qu’une voiture, une vilaine pneumonie ou une chute dans les escaliers prenne ce que vous cherchez tant. Mais dix ans, allons, soyons raisonnable, un quart de ma vie, cela me semble heureux de pouvoir se quitter avec politesse.

Même si j’imagine cela difficile pour vous de l’entendre, je ne vous ai jamais aimé. Peut-être vous êtes vous trompé de personne, peut-être n’avons-nous pas d’atomes crochus. Je ne sais pas la raison. Mais mon amour siège dans d’autres cœurs où j’ai élu un domicile qui m’est doux et favorable. Je m’en vais donc tourner les talons et vous saluer. Une dernière fois.

Merci de rendre mon corps suffisamment meurtri à qui il appartient, mon âme et ma force à d’autres combats. Celui-ci doit prendre fin.

Oui, je tourne les talons et m’en vais loin de vous. Vous pouvez toujours en profiter pour mater mon cul.

Adieu, trop cher ennemi.


Une Femme Debout 14

Madame,

Si je prends la plume aujourd’hui, c’est pour briser le silence, ce silence que j’ai instauré depuis que je vous connais. Je reconnais vouloir toujours rester dans l’ombre et que mon nom ne soit révélé que bien après notre relation si intime. Mais que voulez-vous, parfois, je suis excessif et les petits cailloux que je laisse sur mon passage, des petits maux dispersés ici et là, tout cela finit toujours par me trahir.

Ainsi, je voulais venir jusqu’à vous par cette lettre que je veux ouverte. D’ordinaire, je reconnais que bien peu de personnes ne savent me résister. Il est vrai que je suis un garçon du genre irrésistible et même lorsque ma tentative de séduction se solde par échec, je laisse tout de même une belle trace de mon passage. Je suis inoubliable. J’assume.

Vous, vous m’êtes à la fois agréable et irritante. Pourquoi vouloir tant me résister, pourquoi tant d’acharnements à rester debout, souriante, combattive alors qu’il serait tellement plus préférable pour nous deux que vous vous allongiez et qu’enfin nous consommions notre union jusqu’au crépuscule du jour ? Que vous a appris votre mère ? Qu’il ne faut pas accepter les bonbons d’inconnus, surtout ceux en blouse blanche. Refusez-les et entamons une dernière danse au plus vite. Il me tarde de vous serrer un peu plus contre moi, de grandir en vous. Mon désir de vous envahir n’en est que croissant. Que voulez-vous, il ne fallait pas être aussi désirable et je ne suis que ce que je suis. J’ai étreint de belles telles que vous et cette résistance n’est faite que pour m’exciter davantage.

Glissez, Ma Dame, glissez doucement et souffrez de tout mon amour.

Bien à vous,

Votre dévoué excès de vie


Une Femme Debout 13

Donc,

Tu ne me laisses pas tranquille.

Jamais. Tranquille.

 

Un mot, une phrase à te dire.
Ne crois pas qu’être à l’intérieur te donne accès à toutes mes pensées.

Mes pensées sont comme moi.

Elles ne cesseront pas de lutter.

Jamais. Cesser.


Les Horizons Brisés

Faisons un petit point actu. Dans quelques mois, Amathéa jouera une pièce, au printemps prochain, que j’ai écrite en 2009, lors de ma frénésie suicidaire de cette année noires (un texte par mois pendant un an…). Trois ans plus tard, revenir sur ce sujet, un peu compliqué, me fait passer par tous les états. Additionné à un bon nombre de déconvenues professionnelles en tous genres, tout ceci commence à faire un peu annus horribilis. Et dire qu’il y a un an, j’arrivais à Lombez pour vivre deux mois de bonheur total… Bref, avant de livrer ici mon oraison funèbre, pour laquelle je m’arrangerai afin que vous l’ayez avant tout le monde, je vous laisse quelques mots qui ne figureront pas dans la version finale du texte, mais pour lesquels j’ai une certaine affection. D’autant qu’ils trouvent une morbide résonance. Comme si ce satané auteur lisait dans ma tête par moments.

Vivement que je m’en débarrasse.

 » Encore. Je n’ai que ce mot-là en bouche, partout dans le corps, dans le moindre recoin de mon âme, de mes douleurs, de mes peines, de mes joies. Encore. Et le cœur qui dit « stop ». Sait-il seulement ce qu’il rate ? Il a dû lire dans les magazines, dans des livres piteux, dans des aphorismes aigris, que la vie était pourrie, qu’il aurait mieux fallu mourir à la naissance. Le cœur… comment le croire, comment l’écouter, lui qui, si souvent, se trompe, de cible, de comportement, de sentiment ? Lui faire confiance, c’est faire confiance à la partie la moins sûre de soi, à celle qui soulève autant la montagne et qui plie avec la même énergie devant la bouche qui t’abandonne… Mon cœur, tu m’as écœuré. Tu t’es trompé et le choix que tu me laisses à briser mes horizons aujourd’hui ou demain est ton plus violent sentiment à mon égard. Mais je ne t’en veux pas. Tu es comme tous les autres, comme tous les autres cœurs, à t’arrêter quand il ne faut pas…

« On s’arrêtera de s’aimer quand on touchera l’horizon », est-ce que c’est bien moi qui l’ai écrit ? …  Je te touche. Enfin. C’est un beau jour pour mourir. «