Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Archives de décembre, 2012

2012 in review

Les lutins statisticiens chez WordPress.com ont préparé un rapport annuel 2012 pour ce blog.

Voici un extrait :

600 personnes ont atteint le sommet du Mont Everest en 2012. Ce blog a reçu environ 12 000 vues in 2012. Si chaque personne ayant atteint le somment de l’Everest visitait ce blog, il aurait fallut 20 and pour atteindre autant de vues.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

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Tous Debout

sam

Une Femme Debout.

Je pensais vous la présenter dans quelques mois. Je pensais vous la présenter le jour où le livre sortirait. Je pensais vous la présenter pour qu’elle signe ce livre où je l’ai tant de fois fait parler. Je pensais vous la présenter pour que vous compreniez qu’elle est sûrement plus grande que tout ce que j’ai pu écrire à propos d’elle. Je pensais vous la présenter parce qu’elle est la personne la plus présentable du monde. Je pensais vous la présenter parce que… Parce que.

Je pensais.

Nous étions au mois de septembre. Sam, depuis 9 ans, après le sein, le péritoine, le foie, apprend que le cancer s’attaque maintenant au cerveau. Pronostics pessimistes. Et malgré tout, portée par une soif de vie sans précédent, Sam ne s’avoue pas vaincue. Je la regarde, et je lui envoie un petit mot  » T’es une femme debout « . Elle me répond  » Une femme debout, ça j’aime « . Au mois de novembre, son oncologue, incrédule, lui apprend la rémission totale de la tumeur dans sa jolie tête. Nous fêtions ceci avec joies et espoirs.

Entre temps, j’ai commencé à écrire ici un peu de son histoire, un peu de la mienne et un peu de tout ce que j’ai vécu, vu, ressenti aussi à travers le périple d’Emilie dans cette vilaine chose pour laquelle aucun Téléthon n’existe. Le cancer, le sien, j’ai voulu l’appeler un  » excès de vie « , car il s’agit bien de ceci, une multiplication de cellules. Un trop de vie. Entre temps donc, j’essaie au mieux de traduire ce que Sam vit et traverse. Elle s’y reconnait et s’y accroche et l’incroyable relation fusionnelle qu’elle tisse avec Emilie m’inspire davantage. Je reçois aussi des messages d’encouragements, des femmes, malades ou non, me parlent de cette femme debout. Des hommes aussi, des accompagnants. J’en parle à Sam et ça l’amuse et le menton haut, pleine d’humour, elle dit que oui, c’est elle la femme debout.

Vendredi dernier, le souffle un peu long, difficile, les yeux hagards qui se ferment sous une lourde fatigue, je lui dis encore  » T’es une femme debout « . Elle me demande si je l’aime et je lui réponds que oui, je l’aime.

Je t’aime, Sam.

Je rajoute  » T’es debout, Sam, même allongée, t’es tellement debout « . Elle me répond  » C’est vrai en plus « .

C’est vrai en plus.

Elle est partie ce matin, vers 11h30. Gourmande qu’elle était, je pensais qu’elle attendrait le déjeuner. Facétieuse qu’elle était, je pensais qu’elle attendrait demain pour faire 12/12/12 sur la pierre tombale. J’ai pensé à ça, oui, dans l’humour. Dans l’humour oui, parce que c’était elle l’humour, la vie, le rire. Et dans l’humour oui, parce que je suis brisé et parce que je suis brisé, je fais cet humour dans lequel elle se drapait si facilement par pudeur, par classe, par élégance pour ne pas montrer sa douleur, à nous, à sa famille qui l’aimait tant.

Sam venait d’avoir 39 ans. Nous sommes de la même année. Elle laisse un trou béant dans nos vies. Parce que si j’avais pu vous la présenter, vous l’auriez aimée Sam, parce qu’elle ne vous laissait pas le choix. Elle débarquait comme une météorite dans votre jardin et de tout ce qu’elle était naissaient bien de jolies choses. Avec Sam, la peur prenait le trottoir d’en face. Sam pouvait retirer son foulard et foncer tête baissée – et nue donc – dans le premier type de deux fois sa taille qui voulait lui griller la place dans la queue d’un supermarché. Je ne vous mens pas. Sam ne riait pas, elle était le rire, elle le croquait à pleine dent.

Je pourrais ici vous dire mille anecdotes la concernant alors que notre amitié était si neuve, mais j’en garde quand même un peu pour moi, un peu pour nous, un peu aussi à partager avec elle qui, si elle est partie, ne nous a malgré tout pas quittés. Ce soir, je ne veux me dire qu’une chose et une chose seulement, il nous faut grandir avec ce qu’elle nous a donné. Et dans ce qu’elle a donné, il y a tant de graines pour construire de grandes joies. Cela prendra du temps, mais nous voulons tous rayonner plus fort pour faire pousser tout cela plus vite et en récolter de grandes espérances.

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Pour ses enfants, Thibault et Manon, son mari, Christophe, pour sa famille, la fin du monde a commencé dix jours plus tôt. La fin d’une histoire, oui, le début d’une autre aussi. J’ai croisé ces deux enfants, même s’ils sont déjà bien grands, et je m’en suis décrété parrain. Sans leur en laisser le choix, oui. Mais tout cela s’est fait si simplement, si naturellement que maintenant, la chose est entendue. Cela aussi Sam l’a réussi, à nous lier de manière aussi forte et durable. Et puis Christophe, qui connaît Sam depuis l’âge de 12 ans. Ce bonhomme, je l’admire de tout mon être et sa force, cette force… Oh oui, je crois bien savoir où Sam venait puiser un peu de la sienne. Ils sont quatre. Ils resteront quatre. Lorsque nous prendrons dans les bras tous ensemble, il y aura toujours un espace pour Sam.

photo(1)Enfin, Emilie et Sam, deux amoureuses absolues. Je leur laisse à elles leur histoire, leur découverte autour d’un projet photo pour  » Rose Magazine  » sur le Pont des Arts. Emilie saura mieux la raconter que moi. Elles sont devenues inséparables, le battement de cœur de l’une en réponse à l’autre. Moi, j’ai assisté à ça, un sourcil en l’air et puis Sam m’a emporté avec elles. Emilie a, je crois, fait des photos absolument sublimes de Sam. Leur combat en commun, leurs angoisses, leurs espoirs, leur sourire, leur regard puissant. Tout pour les lier à vie. Et même au-delà, donc.

A l’une, je dis merci. Je dis bonjour, au revoir. Je peux même lui dire gentiment de sortir des toilettes quand je m’y trouve parce qu’elle est partout. Partout. Photos, cadeaux, Sam existe partout dans cet appartement. Mais je lui dis merci.

A l’autre, je lui dis continue. Continue d’avancer, de grandir, de faire grandir, tu sais, les petites graines, tout ça, les peurs à balayer, les pleurs à dégager… Continue. Toi aussi, n’oublie pas, tu es une Femme Debout.

Pour ma part, j’ai une peine insondable, mais une joie beaucoup plus grande d’avoir connu cette femme-là. Continuerai-je à la faire parler ici, est-ce que j’irai au bout de ce que j’avais commencé ? Ses enfants, son mari me le diront. Je n’ai pas l’intention de faire quelque chose qui pourrait être ressenti de manière déplacée. Et de toute façon, aujourd’hui, là, maintenant, ma tristesse floutent bien trop mon regard pour en dire davantage.

Alors, ce soir, je vous propose de lui faire une standing ovation. Même devant votre écran.

Tous debout.


Une Femme Debout 16

Le mur blanc.

D’une chambre à l’autre, c’est comme si on déplaçait ce pauvre mur blanc pour venir me faire face. Il reste là, impassible, immaculé, l’air un peu gêné, voudrait presque s’excuser d’être encore et toujours là. Oui, ma bonne dame, si le mur blanc le pouvait, il hausserait les épaules, me livrerait une mine désolée et s’avouerait bien désolé de me voir une nouvelle fois ici. Mais le mur blanc n’a peut-être de vie que lorsqu’on le regarde, comme je le fais présentement.

Il faut le savoir, quand on attend, comme j’attends, comme on attend tous un peu trop longtemps dans ce genre d’établissement, il est nécessaire d’avoir une imagination du genre habitée pour résister. Alors, pour tuer ce temps, celui-là même qui cherche visiblement à me tuer, je communique avec ce mur blanc qui me suit partout. Je peux, à certains moments, me lever et y dessiner des parties endiablées de morpion où je ressors à chaque fois vainqueur. Pour une fois que je peux l’être, d’ailleurs, je ne m’en prive pas. Je peux y projeter quelques films, quelques souvenirs, quelques espoirs.

Il arrive parfois qu’une blouse blanche vienne se mettre entre nous deux. Lorsqu’elle repart et qu’un long silence envahit la pièce, je sens le mur plein de compassion. Oui, ma bonne dame, s’il pouvait, le mur blanc se rapprocherait et me tendrait son grand mouchoir, tel un drap, aussi blanc que lui pour venir sécher mes larmes.

Tu sais, un jour, que j’espère pas si lointain de mes forces, je viendrai là, devant toi, t’embrasser. Auparavant, je n’aurai pas oublié de peindre mes lèvres d’un rouge vif. Tu seras beau, mon mur blanc, et fier, d’exhiber ce baiser d’adieu ardent.