Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

De la terre et de l’oubli

« … Mes doigts dessinent des choses, des formes informes. Je plonge mes mains dans la terre et d’un coup, j’ai l’impression que mes bras pourraient s’y enfoncer et moi toute entière. Remplir mes poumons de glaise, devenir mon kaolin, si besoin. Et le silence m’habite de nouveau. Il est là-bas, le pianiste, je le vois, je l’imagine, ses mains sont rouges de terre et ses doigts collent aux touches. Je m’étais habituée moi à l’entendre, et je commençais même à l’écouter et puis d’un coup, le vide. Là où je sentais des choses, comme des inspirations revenir en moi, me voilà, comme un gosse, cartouche d’encre à la main, à la vider sur la page blanche, la presser jusqu’à la dernière goutte et y faire des ronds, n’importe quoi avec la plume. Je me dépossède. C’est ça, je me dépossède…

Quant à oublier… ça… Oublier, c’est un trou. Merde. Le vertige. Encore. Si encore ça s’envolait un oubli, mais c’est souvent un truc qu’on enterre parce que ça n’a pas d’importance et parce que ça traîne et que ça gâche la vue. Ou alors parce que c’est de trop, que c’est trop lourd, que c’est comme chimique, comme nucléaire et on creuse, loin. Mais ça finit toujours par irradier un oubli, ça finit toujours par te contaminer et t’es là, comme bouffée par un crabe que t’as pas vu venir et dont t’aimes pas le regard. Et le vertige. Merde. Encore. Ma tête qui tourne et mon ventre à l’envers et le piano qui se déforme. Ça en fait du monde, ça en fait des choses. Va vomir, Anna… « 

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