Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Archives de juin, 2013

François Teyssier

Le jeune homme à qui est dédié ce billet va sûrement détester que je parle de lui en ces termes. Il va sûrement détester tout court que je parle de lui sur une plateforme ouverte comme celle-ci. Il va sûrement détester que je lui souhaite ici un bon anniversaire. Il détesterait sûrement davantage que je donne son âge et si j’avouais une tendance suicidaire, je dirais que je l’ai toujours connu vieux, alors un an de plus ou de moins, ça se voit plus sur son beau visage ridé.

Il va détester que je dise que sans lui, je ne serais pas tout à fait le même, parce qu’il est bien trop modeste et humble. Et pourtant.

François Teyssier, puisque c’est son nom, qui fut jadis directeur du Théo Théâtre, dans le 15ème, a été le premier à laisser une chance à mon écriture. Avec sa complice Florence Fouéré, ils nous ont programmé avec « Histoire d’âmes », nous, jeune troupe un peu insouciante, composée à l’époque par Christelle Barilliet, Anne Abel, Frédéric Meurin, Frédéric Kaminka et ma pomme. Ce fut le début d’une longue histoire entre ce petit lieu et nos petites personnes qui se rêvaient d’être grandes. Je ne compte plus les pièces que j’ai écrite et montées là-bas, 9 ou 10 ? Des succès pour nous lorsque la salle de 50 personnes étaient pleines, des rêves plein les yeux, des grands moments de solitudes avec juste deux petites vieilles qui nous faisaient part du froid qui mordaient leurs pieds au premier rang en plein milieu d’une scène dramatique…

En 2002, sortant d’une représentation des « Mâles heureux », François me livre son envie de mettre en scène un texte que j’écrirais pour lui. Je dis oui, alors que je venais de faire la promesse à ma tendre que j’arrêtais d’écrire parce que cela me mettait dans des états invivables. Un an passa. François me parlait de sujets, de désirs, et moi, je prenais, j’esquivais et pourtant, j’étais en ébullition dedans. Le 1er novembre 2003, Virginie, devant mon excitation me dit d’aller écrire. Le jour même sort de moi « La Coulée Douce ». La nuit, après une dernière crise de tétanie, d’avoir écrit 75 pages en une journée, j’envoie le texte à François.

Nous nous voyons le lendemain et partageons des larmes pudiques. Des secrets s’étaient percés dans l’écriture, j’avais lu en lui et lui m’avait nourri de qui il était. Je crois ne pas me tromper en disant que ce texte en haut de ma liste en terme de qualité. François l’a mis en scène et la pièce a tenu à l’affiche 1 an et demi. Et quelle belle équipe ! Tonio, Florence, Virginie, Olivier, Vincent, Cécile…

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Et toute cette histoire… Une audition aux Pompes Funèbres Générales pour qu’ils nous sponsorisent ! A la fin de la dite audition, le sous-directeur qui nous rapporte le Beaujolais Nouveau et du saucisson, le tout, sur des histoires de morts à glacer le sang… Et nos invitations à la presse sous forme de faire-parts de décès… Et les retours de la presse sur ces invitations qui nous insultent !

Je souris.

Je ris même.

Ce rire, ce sourire, le tien, je le garde, toujours près de moi, sois-en sûr. Tu m’as guidé plus d’une fois, écouté mille de coups de colère, tempéré cent coups de cœur, apaisé un millions de coups au cœur. Dans tout cela et dans bien d’autres choses, tu es ce que j’appelle une étoile du berger. Même si nos routes se croisent moins, toi, préférant le soleil des retraités comme dirait Nicolas (je balance, hein ?), je nous sais toujours un peu lié par ce texte, par tous les souvenirs qui en découlent.

Le seul et unique cadeau que je peux te faire aujourd’hui est ce billet qui te témoigne de toute ma reconnaissance. Où que je sois, je suis un homme qui n’oublie pas ce que tu lui as donné. L’auteur que je suis, sait aussi ce qu’il te doit. Je t’ai écrit « Les horizons brisés  » et tu m’as fait l’amitié de venir la voir cette année.

Tu es un homme qui comble, François. Je ne me trompe pas et celles et ceux qui t’entourent le savent. Tu combles d’amour, de baisers, de bienveillance tes proches et tes yeux qui brillent dans l’émotion, sont les phares des âmes un peu paumées comme la mienne.

C’est ton anniversaire et c’est moi qui te dis merci.

Vas-y, c’est bon, tu peux me détester. Je t’aime.

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Depeche Mode au Stade de France, électrique !

Depeche Mode,

voilà un groupe, qui, au final, n’aura pas vraiment bien pas choisi son nom de scène. Les « Fast Fashion » n’ont rien de « has been » et la collection hiver-hiver de leur dernière tournée est une incroyable réussite. Incroyablement méprisé par les média français, les trois anglais ont blindé le Stade de France samedi soir 15 juin, malgré cette indifférence générale. Le plus extraordinaire, c’est de remplir cette enceinte, même sans aucune pub. Quelques affiches en 4 par 3 dans le métro, mais c’est tout. Ce qui prouve une extraordinaire complicité entre les Mode et leur public, d’une fidélité hors norme.

Réduire les trois anglais originaires de Basildon, à « Just can’t get enough » et au simple diminutif de groupe des années 80, révèle de l’erreur journalistique de base. Ça fait 33 ans que Depeche Mode squatte les charts en proposant des choses nouvelles à chaque galette, même si tous n’ont pas la qualité de leur dernier opus « Delta Machine ». 75 millions d’albums vendus et une influence sur toute la scène électronique depuis vingt ans. Tout le monde s’est inspiré des Mode et les cite en exemple, de Daft Punk à Linkin Park, en passant par Radiohead. Johnny Cash a repris « Personal Jesus », Marylin Manson aussi, Tori Amos a dépouillé « Enjoy the silence »… Bref, ce groupe est une des pierres angulaires de la musique rock depuis une trentaine d’années et il n’y a qu’en France que la presse minimise leur influence et leur importance.

Qu’à cela ne tienne, Le Sdf était plein. Les deux prochains Bercy pour janvier le seront aussi. Depeche Mode n’est pas un groupe comme un autre. Sans discours politique, sans démagogie à la Bono, en constante recherche musicale, contrairement à The Cure et sans la grandiloquence prétentieuse de Muse, DM n’est en rien sulfureux. Ils ont eu leurs déboires, principalement le chanteur, Dave Gahan, mais ce qui a toujours été mis en avant, c’est leur musique, électronique, froide et sensuelle à la fois, qui sait se faire intime ou lyrique. Les paroles, d’une grande importance, sont sur la Foi, la luxure, l’amour, la rupture.

C’est tout cela que les 60 000 spectateurs sont venus voir et entendre samedi soir. Dans les loges VIP, Obispo saute comme un cabri sur les accords au ralenti de « Personal Jesus. Nicola Sirkis, le chanteur d’Indochine, véritable photocopieuse des anglais, est venu prendre, à défaut d’un cours de chant, une leçon de ce qu’on appelle le charisme pur. Nul doute qu’il saura reprendre, comme il peut, le final de « Never let me down again » où Gahan fait remuer avec énergie les bras des spectateurs de gauche à droite, tel un champ de blé battu sous des vents contraires…

Une setlist savamment étudiée, qui fait la part belle à « Delta Machine », mais aussi à quelques uns de leurs plus grands succès, ont fait le bonheur des spectateurs. Le groupe, rejoint par Peter Gordeno aux claviers et à la basse (si, si, il joue de la basse sur une version fantastique de « A pain That I’m used to ») et Christian Eigner à la batterie, tient la scène sur un show carré, millimétré, pas vraiment enclin à l’improvisation. Mais le public sait créer la spontanéité et force DM à pousser les chansons un peu plus, en prolongeant les refrains au-delà de la fin des morceaux. Une communion parfaite. Bien sûr qu’il manquait quelques morceaux phares, comme « Stripped » ou « Behind the wheel », mais il leur faudrait un concert de 4h pour chanter tous leurs tubes…

Sur le devant de la scène, Dave Gahan, torse à moitié nu, abdos saillants, 51 ans, se déhanche avec une sensualité qui déclenche l’hystérie collective. On ne compte plus les brancards qui emmènent les jeunes femmes qu’il frôle de trop près. Voix puissante et profonde, d’une grande précision, il emmène tout le monde avec lui, allant de droite à gauche de la scène, tournant sur lui-même avec une vraie technique de danseur, le bonhomme est dans une forme de légende. Pour un ancien junkie suicidaire qui a fait deux overdoses, une mort clinique et à qui on a détecté un cancer au début de la tournée précédente, Dave est tel le phénix qu’il a de tatoué sur la poitrine, immortel.

Martin Gore est venu chanter ses trois chansons en version acoustique, question de calmer les pulsations d’un public chauffé à rouge. Lors de ses passages, les néophytes s’ennuient, d’autres baillent. Mais le principal auteur des chansons du groupe possède une voix à la superbe élasticité qui sait émouvoir son audience.

Andy Fletcher, lui, toujours aussi flegmatique, est resté scotché derrière son clavier, levant de temps à autre les bras, comme pour faire un peu d’exercice. « Flecth » est une énigme. Zéro créativité dans le groupe, piètre musicien mais grand sens de l’humour, il est néanmoins très apprécié des fans qui savent qu’il est le point d’équilibre entre les deux égos de Gahan et Gore.

Soutenus par les vidéos de leur partenaire de trente ans, le cinéaste et photographe Anton Corbijn, le spectacle visuel est au rendez-vous sur la plupart des morceaux. Il faut voir la vidéo soutenant « Should be higher », tout en flammes et se mariant superbement bien avec la voix de Gahan qui touche des formidables aigus – lui, le baryton de base.

Au terme de plus de deux heures de concert, les Mode sont parvenus à conquérir le SdF et le public parisien, plutôt froid dans son ensemble. Il faut dire que l’arène de Saint-Denis, au mois de juin et avec son soleil qui disparait vers 22h, n’est pas le cadre idéal pour profiter pleinement d’un spectacle son et lumière. Il n’empêche que les 60 000 spectateurs sont ressortis aussi heureux que sonnés. Les vieux sont toujours là, bien fringants. Après un dernier album démentiel, une tournée d’ores et déjà triomphale, Depeche Mode vient d’envoyer un sérieux message à Bono et sa bande. Bon courage aux irlandais pour faire mieux.

Depeche Mode revient les 29 et 31 janvier 2014 au POPB pour deux nouvelles dates dans leur jardin de prédilection. Dépêchez-vous, ce sera vite complet.

Pendant ce temps-là, il paraît que Johnny à Bercy a fait une faute de français…