Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

François Teyssier

Le jeune homme à qui est dédié ce billet va sûrement détester que je parle de lui en ces termes. Il va sûrement détester tout court que je parle de lui sur une plateforme ouverte comme celle-ci. Il va sûrement détester que je lui souhaite ici un bon anniversaire. Il détesterait sûrement davantage que je donne son âge et si j’avouais une tendance suicidaire, je dirais que je l’ai toujours connu vieux, alors un an de plus ou de moins, ça se voit plus sur son beau visage ridé.

Il va détester que je dise que sans lui, je ne serais pas tout à fait le même, parce qu’il est bien trop modeste et humble. Et pourtant.

François Teyssier, puisque c’est son nom, qui fut jadis directeur du Théo Théâtre, dans le 15ème, a été le premier à laisser une chance à mon écriture. Avec sa complice Florence Fouéré, ils nous ont programmé avec « Histoire d’âmes », nous, jeune troupe un peu insouciante, composée à l’époque par Christelle Barilliet, Anne Abel, Frédéric Meurin, Frédéric Kaminka et ma pomme. Ce fut le début d’une longue histoire entre ce petit lieu et nos petites personnes qui se rêvaient d’être grandes. Je ne compte plus les pièces que j’ai écrite et montées là-bas, 9 ou 10 ? Des succès pour nous lorsque la salle de 50 personnes étaient pleines, des rêves plein les yeux, des grands moments de solitudes avec juste deux petites vieilles qui nous faisaient part du froid qui mordaient leurs pieds au premier rang en plein milieu d’une scène dramatique…

En 2002, sortant d’une représentation des « Mâles heureux », François me livre son envie de mettre en scène un texte que j’écrirais pour lui. Je dis oui, alors que je venais de faire la promesse à ma tendre que j’arrêtais d’écrire parce que cela me mettait dans des états invivables. Un an passa. François me parlait de sujets, de désirs, et moi, je prenais, j’esquivais et pourtant, j’étais en ébullition dedans. Le 1er novembre 2003, Virginie, devant mon excitation me dit d’aller écrire. Le jour même sort de moi « La Coulée Douce ». La nuit, après une dernière crise de tétanie, d’avoir écrit 75 pages en une journée, j’envoie le texte à François.

Nous nous voyons le lendemain et partageons des larmes pudiques. Des secrets s’étaient percés dans l’écriture, j’avais lu en lui et lui m’avait nourri de qui il était. Je crois ne pas me tromper en disant que ce texte en haut de ma liste en terme de qualité. François l’a mis en scène et la pièce a tenu à l’affiche 1 an et demi. Et quelle belle équipe ! Tonio, Florence, Virginie, Olivier, Vincent, Cécile…

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Et toute cette histoire… Une audition aux Pompes Funèbres Générales pour qu’ils nous sponsorisent ! A la fin de la dite audition, le sous-directeur qui nous rapporte le Beaujolais Nouveau et du saucisson, le tout, sur des histoires de morts à glacer le sang… Et nos invitations à la presse sous forme de faire-parts de décès… Et les retours de la presse sur ces invitations qui nous insultent !

Je souris.

Je ris même.

Ce rire, ce sourire, le tien, je le garde, toujours près de moi, sois-en sûr. Tu m’as guidé plus d’une fois, écouté mille de coups de colère, tempéré cent coups de cœur, apaisé un millions de coups au cœur. Dans tout cela et dans bien d’autres choses, tu es ce que j’appelle une étoile du berger. Même si nos routes se croisent moins, toi, préférant le soleil des retraités comme dirait Nicolas (je balance, hein ?), je nous sais toujours un peu lié par ce texte, par tous les souvenirs qui en découlent.

Le seul et unique cadeau que je peux te faire aujourd’hui est ce billet qui te témoigne de toute ma reconnaissance. Où que je sois, je suis un homme qui n’oublie pas ce que tu lui as donné. L’auteur que je suis, sait aussi ce qu’il te doit. Je t’ai écrit « Les horizons brisés  » et tu m’as fait l’amitié de venir la voir cette année.

Tu es un homme qui comble, François. Je ne me trompe pas et celles et ceux qui t’entourent le savent. Tu combles d’amour, de baisers, de bienveillance tes proches et tes yeux qui brillent dans l’émotion, sont les phares des âmes un peu paumées comme la mienne.

C’est ton anniversaire et c’est moi qui te dis merci.

Vas-y, c’est bon, tu peux me détester. Je t’aime.

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