Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Archives de mars, 2014

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Des soirées comme hier,

A jouer « Un gramme de lumière » à l’Espace Beaujon et à peine terminé, se rendre au La Bruyère pour assister à la dernière de « Comme un arbre penché », demandent d’avoir un cœur solidement accroché.

Le personnage de Harvey, si complexe, n’a pas fini de me hanter et sûrement, au fond, que je le joue pour pouvoir m’en détacher. C’est éprouvant. Mais je suis heureux d’avoir vu encore du public venir et nous soutenir dans notre démarche. La prochaine date aura lieu le 1er juin en clôture du Festival de Maisons-Laffitte, où nous avions gagné l’année dernière.

By Deville

By Deville

Sortir de ces émotions-là, croiser quelques regards connus ou inconnus, puis courir pour venir entendre les dernières répliques données par Francis Perrin. Une salle noire de monde pour l’occasion. Monde qu’il aura manqué durant la programmation, mais les dates de tournée vont venir combler ce manque dès janvier prochain. Francis, Gersende et Patrick m’ont fait l’amitié de m’inviter sur scène pour venir prendre quelques applaudissements. D’une grande obéissance, je me suis exécuté, et sous l’excitation, je n’ai pas calculé qu’une partie du plafond faisait bien moins que 1m82 et ma tête s’est révélée moins solide. Bref, je me suis ouvert le crâne et fait une bosse comme ça et j’ai remporté le prix du dernier gag de la soirée. Assommé, je n’ai simplement pas eu la présence d’esprit de saluer véritablement. Et je pense que dans mes fringues de Harvey, jean et débardeur blanc, une partie du public a sûrement eu du mal à imaginer que c’était moi l’auteur. Personnellement, je me serais pris pour un peintre en bâtiment.

De retour en coulisses, le coup que je m’étais pris s’était propagé dans la tête de tout le monde. « C’est un bosquet d’évidences et une forêt d’incompréhension » ai-je entendu dire. Beaucoup d’émotions, de peines, des sourires réconfortants et puis la confiance dans l’avenir. « Elle va rebondir, on va revenir »… Alors, pendant ce temps, rouge, blanc, tout y passe et on s’enivre en attendant. Je retiens encore quelques regards, quelques poignées de mains, la tendresse infinie de Patrick et puis il sera de rentrer.

Au pied de l’arbre qui vient de tomber, me penchant à mon tour, tout à découvrir et de jolies pousses, surtout. Ces 40 ans se finissent ainsi, sur une année charnière, riche et concrète. Et j’aurais sûrement plaisir à vous annoncer de bonnes nouvelles dans les semaines à venir. Non, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer et bien des projets plus confidentiels se mettent en place et j’ai bon espoir pour eux.

Au fond, j’ai envie de vous dire que ça va. Parce que ça va. Je ne sais toujours pas d’où je tire cette confiance qui même dans les noirs moments m’éclaire un peu. Je comprends simplement que j’avance et que rien n’étanche cette soif d’apprendre, de venir au contact, de prendre des risques, d’initier et d’écrire d’autres vies.

Je vais avoir 41 ans et ce soir, je m’endors dans le lit de mes 14. A cet ado, j’arrive à lui dire aujourd’hui, « bonhomme, ça prend du temps, mais je réalise tes rêves. »


Un Gramme de Lumière

« Un Gramme de Lumière » revient pour deux dates EXCEPTIONNELLES, cette fois-ci, à l’Espace Beaujon. Réservez au plus vite vos places auprès de BilletReduc

Sur réservations UNIQUEMENT

http://www.billetreduc.com/108762/evt.htm

LE JEUDI 20 ET LE VENDREDI 21 MARS à 20H30

Espace BEAUJON, 208 Rue du Faubourg St Honoré, dans le 8ème, Métro George V

« A dix jours de sa libération, Harvey Pierce, enfermé 15 ans après un meurtre, essaie de s’échapper avant d’être repris par la police. Un acte déraisonné qu’Alfred Vaillant, son tout jeune avocat va tenter de comprendre tout au long d’entrevues tendues. Les deux hommes vont s’affronter pour faire exploser multiples vérités… »

La page Facebook de l’évènement

https://www.facebook.com/events/269176149914873/?fref=ts

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« Les répliques fusent, pertinentes, cinglantes, piquées d’humour. Le texte subtil rebondit, bouscule, surprend, ballade et interpelle le spectateur. Suspense garanti jusqu’au bout.

Annie Hanquet

« Lilian Lloyd est aventurier de l’extrême. Il s’est plongé corps et âme en milieu carcéral et nous offre une pièce puissante.  »

Frédérique Daudon

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Mise en scène : Clarisse Fontaine
Texte : Lilian Lloyd
avec Anthony Salmero & Lilian Lloyd

By Emilie Deville

By Emilie Deville


Timber

Si l’on m’avait dit que j’écrirai un 400ème article ici…

Si l’on m’avait dit que ce serait par un triste soir, le cœur lourd de savoir qu’un arbre penché va s’arrêter le 29 mars, le jour de sa 60ème représentation…

J’aurais dit que je déteste toujours autant le chiffre 4. Rasant, anguleux, découpant. Mais très bien alors, puisqu’il faut y passer par toi pour un jour t’oublier, j’écris. 60 représentations et s’en va. La tournée est maintenue, ouf. Mais le public parisien aura boudé cette histoire. Artistiquement, tout le monde aura pourtant répondu plus que présent. C’est un « grand succès d’estime » a ironisé Jean-Luc, lisant les critiques élogieuses depuis le début. Les gens dans la salle ont tous été pris, mais pour les faire venir, il aura manqué certaines choses. C’est ainsi.

Mille images me reviennent et si tout a mis tant de temps à se monter, finalement, ces derniers mois ont été si rapides. Cependant, j’en ai goûté chaque miette, chaque instant. De la genèse à la fin, il y aura eu bien des images dans ma tête. Je me dois de dire merci. Merci aux volutes du cigare de Michel qui planaient doucement autour de lui lorsqu’il me racontait son idée « Le scaphandre et le papillon, mais à l’envers et faudrait que ce soit drôle ». Merci aux sourcils levés du même personnage lorsqu’il découvrit la pièce quelques jours plus tard « on m’a rarement bluffé, mais là… » Merci à Jean-Luc qui, lorsque je lui fis part de mon titre, prit son téléphone pour en informer en direct Francis dont j’entendis la voix bégayante « Oh dis donc, c’est vachement bien ». Merci à Michel Winogradoff, l’auteur de la bande son, et qui, en se penchant à mon oreille me tint un peu près ce langage « C’est pour ta pièce que je fais du théâtre ».

Merci, au fond, à ces comédiens qui ont refusé le rôle, à ces metteurs en scène qui nous ont fait perdre un temps incroyable et à ces théâtres si frileux qu’ils claquaient des dents à l’énoncé du pitch. Merci à vous tous de m’avoir permis de rencontré deux immenses bonhommes, Jean-Luc Tardieu, auprès de qui j’ai bu mille anecdotes et découvert un metteur en scène d’une rare intelligence et Francis Perrin, un type en or, un comédien fabuleux, qui a donné toute l’humanité qu’il fallait à la pièce. Merci à Gersende, rayonnante et câline, Patrick Bentley, un mec pur qui me fait regretter de ne pas l’avoir connu plus tôt dans ma vie. Merci au théâtre La Bruyère qui a pris un risque, qui a tenté, merci, à ATA, Clément, Magalie, Phlippe & encore Michel, Jaques, Pierre-Yves, Bastien, Jessica, Armande qui ont donné des couleurs, des sons et des articulations à ce spectacle. Merci à l’Avant-Scène de m’avoir donné une concrétisation, à Sophie d’avoir mis en peinture une couverture qui me touche tant.

Merci aux rires, aux pleurs du public venu. Peut-être avez-vous voulu garder ce spectacle que pour vous et n’en avez pas parlé. Je ne vous en veux pas. J’ai aimé vous entendre vous racler la gorge ou renifler dans les moments d’émotion. Merci à tous les regards de mes tendres, de mes chers qui étaient là à la première, aux autres représentations, merci de votre soutien, de vos fiertés, de vos amitiés, de vos amours, de votre sincérité. Merci aussi à celles et à ceux qui ne sont pas venu(e)s, vous me donnerez l’occasion de vous raconter cette belle aventure et de lire les regrets dans vos yeux.

Merci pour ces applaudissements que j’ai pris un malin plaisir à écouter de derrière la porte, comme si j’avais besoin d’une armure pour les recevoir. Merci aussi d’avoir emmerdé plus d’un soir cette ouvreuse qui soufflait de dépit à chaque fois qu’elle voulait ouvrir les portes de théâtre pour que vous sortiez et que vous en remettiez encore une couche dans les bravos, l’obligeant ainsi à faire le pied de grue quelques instants de plus, pauvre enfant.

Merci à toi saule pleureur, oui, tu peux bien pleurer, rien ne m’enlève l’amour que j’ai pour toi, même si toi et moi et quelques autres, on a des doutes sur ta véritable existence.

Merci à ma mère, devant la porte, s’arrêtant, me retenant par le bras  » Qu’est-ce qu’il y a, maman ? – Je suis émue « . Et moi, de lui prendre la main et de voir dans ses yeux brillants une grande fierté que rien n’enlèvera.

Enfin, merci mystérieux arbre penché. Sans toi, pas une seule de ces rencontres, pas une seule de ces images. Sûrement fallait-il que tu te reposes ici, à cet endroit et que tu me portes jusqu’à ces nouvelles personnes pur entamer une nouvelle aventure. Je savais tes branches minces et fragiles, mais elles ont tenu pour m’offrir un horizon meilleur, il faut y croire. Et si tu tombes avec fracas dans nos cœurs, si la chute à venir résonne avec force jusque dans nos os, je sais que tu laisses la place à de plus belles réussites et à une nouvelle vue, plus dégagée. 

C’était bien, je te jure. C’était vraiment bien.

Vraiment. Merci.