Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Timber

Si l’on m’avait dit que j’écrirai un 400ème article ici…

Si l’on m’avait dit que ce serait par un triste soir, le cœur lourd de savoir qu’un arbre penché va s’arrêter le 29 mars, le jour de sa 60ème représentation…

J’aurais dit que je déteste toujours autant le chiffre 4. Rasant, anguleux, découpant. Mais très bien alors, puisqu’il faut y passer par toi pour un jour t’oublier, j’écris. 60 représentations et s’en va. La tournée est maintenue, ouf. Mais le public parisien aura boudé cette histoire. Artistiquement, tout le monde aura pourtant répondu plus que présent. C’est un « grand succès d’estime » a ironisé Jean-Luc, lisant les critiques élogieuses depuis le début. Les gens dans la salle ont tous été pris, mais pour les faire venir, il aura manqué certaines choses. C’est ainsi.

Mille images me reviennent et si tout a mis tant de temps à se monter, finalement, ces derniers mois ont été si rapides. Cependant, j’en ai goûté chaque miette, chaque instant. De la genèse à la fin, il y aura eu bien des images dans ma tête. Je me dois de dire merci. Merci aux volutes du cigare de Michel qui planaient doucement autour de lui lorsqu’il me racontait son idée « Le scaphandre et le papillon, mais à l’envers et faudrait que ce soit drôle ». Merci aux sourcils levés du même personnage lorsqu’il découvrit la pièce quelques jours plus tard « on m’a rarement bluffé, mais là… » Merci à Jean-Luc qui, lorsque je lui fis part de mon titre, prit son téléphone pour en informer en direct Francis dont j’entendis la voix bégayante « Oh dis donc, c’est vachement bien ». Merci à Michel Winogradoff, l’auteur de la bande son, et qui, en se penchant à mon oreille me tint un peu près ce langage « C’est pour ta pièce que je fais du théâtre ».

Merci, au fond, à ces comédiens qui ont refusé le rôle, à ces metteurs en scène qui nous ont fait perdre un temps incroyable et à ces théâtres si frileux qu’ils claquaient des dents à l’énoncé du pitch. Merci à vous tous de m’avoir permis de rencontré deux immenses bonhommes, Jean-Luc Tardieu, auprès de qui j’ai bu mille anecdotes et découvert un metteur en scène d’une rare intelligence et Francis Perrin, un type en or, un comédien fabuleux, qui a donné toute l’humanité qu’il fallait à la pièce. Merci à Gersende, rayonnante et câline, Patrick Bentley, un mec pur qui me fait regretter de ne pas l’avoir connu plus tôt dans ma vie. Merci au théâtre La Bruyère qui a pris un risque, qui a tenté, merci, à ATA, Clément, Magalie, Phlippe & encore Michel, Jaques, Pierre-Yves, Bastien, Jessica, Armande qui ont donné des couleurs, des sons et des articulations à ce spectacle. Merci à l’Avant-Scène de m’avoir donné une concrétisation, à Sophie d’avoir mis en peinture une couverture qui me touche tant.

Merci aux rires, aux pleurs du public venu. Peut-être avez-vous voulu garder ce spectacle que pour vous et n’en avez pas parlé. Je ne vous en veux pas. J’ai aimé vous entendre vous racler la gorge ou renifler dans les moments d’émotion. Merci à tous les regards de mes tendres, de mes chers qui étaient là à la première, aux autres représentations, merci de votre soutien, de vos fiertés, de vos amitiés, de vos amours, de votre sincérité. Merci aussi à celles et à ceux qui ne sont pas venu(e)s, vous me donnerez l’occasion de vous raconter cette belle aventure et de lire les regrets dans vos yeux.

Merci pour ces applaudissements que j’ai pris un malin plaisir à écouter de derrière la porte, comme si j’avais besoin d’une armure pour les recevoir. Merci aussi d’avoir emmerdé plus d’un soir cette ouvreuse qui soufflait de dépit à chaque fois qu’elle voulait ouvrir les portes de théâtre pour que vous sortiez et que vous en remettiez encore une couche dans les bravos, l’obligeant ainsi à faire le pied de grue quelques instants de plus, pauvre enfant.

Merci à toi saule pleureur, oui, tu peux bien pleurer, rien ne m’enlève l’amour que j’ai pour toi, même si toi et moi et quelques autres, on a des doutes sur ta véritable existence.

Merci à ma mère, devant la porte, s’arrêtant, me retenant par le bras  » Qu’est-ce qu’il y a, maman ? – Je suis émue « . Et moi, de lui prendre la main et de voir dans ses yeux brillants une grande fierté que rien n’enlèvera.

Enfin, merci mystérieux arbre penché. Sans toi, pas une seule de ces rencontres, pas une seule de ces images. Sûrement fallait-il que tu te reposes ici, à cet endroit et que tu me portes jusqu’à ces nouvelles personnes pur entamer une nouvelle aventure. Je savais tes branches minces et fragiles, mais elles ont tenu pour m’offrir un horizon meilleur, il faut y croire. Et si tu tombes avec fracas dans nos cœurs, si la chute à venir résonne avec force jusque dans nos os, je sais que tu laisses la place à de plus belles réussites et à une nouvelle vue, plus dégagée. 

C’était bien, je te jure. C’était vraiment bien.

Vraiment. Merci.

 

 

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3 Réponses

  1. Birdy

    Les yeux mouillés de lire tes mots, je m’accroche au mot “tournée” en me disant que peut-être elle va passer pas trop loin de chez moi… moi qui faisait le projet de venir en Avril…Merci de partager ces moments forts, joyeux ou douloureux. Cela donne aussi vie et crédibilité à mes propres doutes, à mes propres maux que je ne sais pas forcément exprimer.
    Je compte sur toi pour des infos concernant la province!

    mars 15, 2014 à 4:31

  2. Tournée,j’espère de tout mon coeur. Je suis très émue par ton texte. Déçu que cela n’ait pas duré plus longtemps sans doute, mais chaque représentation a été intense dans une période pas facile, avec aussi des tonnes d’autres spectacles, alors moi je dis géant d’avoir eu toutes ces représentations. Et ces si beaux moments resteront dans la mémoire de tous. Bisous à très vite.

    mars 15, 2014 à 8:39

  3. Marie

    N’oublie jamais que ce qui a commencé à germer, continue de grandir et rien ne pourra enlever à l’arbre son envie d’être là, aussi penché que soit le saule, même s’il pleure… on sait qu’il est là, qu’il existe peut-être dans notre fantaisie, mais qui a dit que l’imaginaire ne faisait pas partie de notre être en devenir !!? Alors moi j’y crois en ce saule pleureur, je crois en cet arbre penché, je continue de croire en toi et en l’avenir… même s’il semble fragile… ne sommes-nous pas tous des êtres fragiles, sous l’angle caché de notre force masquée ? Alors avance, grand, fier et droit… tu le peux maintenant !! Parce que tu le vaux ! Et ne laisse personne mettre le doute en ça, le doute en toi… Ta fée

    mars 16, 2014 à 12:51

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