Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Interpol « El Pintor »

39 petites minutes. Dix chansons. Pas une de plus. Voilà un album qui passe dans les oreilles comme un balle de fusil. Le (désormais) trio New-Yorkais revient après quatre ans de silence depuis leur dernier album éponyme. Ce cinquième opus, baptisé « El Pintor », les remet en haut de la chaîne alimentaire des groupes de rock et rappelle le coup de poing que leur premier album « Turn on the bright lights » avait pu être.

S’assumant enfin à trois, depuis le départ retentissant de leur bassiste Carlos Dengler, Paul Banks et ses copains livrent un disque qui creuse son sillon dans le noir. On y pleure l’amour, on y est plein de rage, on y des hommes frustrés, on y hurle de revenir parce que sinon, ça va mal se passer. Evidemment, on est à l’exact opposé de Pharell Williams. Mais il n’y a pas de mal à se faire un peu de mal…

Il y a quelques mois, le groupe nous a donné à entendre le premier single « All the rage back home » et ce fut une claque monumentale. Banks s’est mis à la basse pour l’occasion et pour tout l’album. Le morceau est sans aucun doute l’un des tous meilleurs du groupe, lyrique, puissant, implacable, furieux, aérien. Le mettre en premier sur l’album est le plus gros risque du groupe. Mais avec Alan Moulder à la production (U2, Artic Monkeys, Placebo, The Killers…), on se dit qu’on ne va pas regretter notre voyage musical.

N’empêche que si la barre est très haute pour le reste de l’album, les autres morceaux dévoilent assez vite quelques jolies perles et démontre que Interpol est arrivé à une maturité extraordinaire. « My desire » nous montre que le guitariste Daniel Kessler trouve toujours des riffs à la limite de la sirène hurlante et c’est même à se demander s’il arrive à jouer autre choses qu’avec les deux cordes du bas de sa gratte. « Anywhere » est sûrement le deuxième morceau le plus abouti de l’album, là où Samuel Fogarino, le batteur, s’en donne à cœur joie sur un refrain divisé en deux parties rythmiques.

Pour « Same town, new story’, il va falloir plus d’une écoute pour comprendre ce morceau qui ressemble à une étrange dub step au début ! Et puis, le talent du trio nous rend ce morceau crédible et plein de petites subtilités, des changements de tonalités nous donne le sentiment d’avoir trois zicos qui jonglent avec nos oreilles et nos attentes. Fort à parier qu’un bon remixeur fait du refrain « Feels like the whole world is up on my shoulders » un morceau à faire des trous dans les pistes de danse.

Si « My blue supreme » est peut-être plus mou, « Everything is wrong » nous renvoi chez Joy Division avec délice. La guitare, jouée comme une mandoline par moments, on la doit à ce groupe injustement méconnu « And Also The Trees » dont Interpol s’est ouvertement inspiré. Tout est du plus bel effet et encore un morceau à la fois dur et puissant.

Pour la suite, « Breaker 1 » est une ballade qui pourrait être proche de l’éthylisme, parsemée de coups de colères, « Ancient Ways » deuxième single sorti dernièrement est diablement efficace, mais sans génie. En revanche « Tidal Wave » n’est pas sans rappeler du Cure début des années 80 par son ambiance et Banks et chante merveilleusement bien. Superbe morceau. L’album se conclu sur « Twice as hard » qui tourne un peu à vide et trop d’effets dans la voix (mixée en retrait d’ailleurs tout le long de l’album) nuit même à la compréhension de ce que l’ami Paul a envie de nous livrer.

En définitive, voilà une bonne nouvelle. Interpol est de retour et feront une petite boucle en France dans quelques mois pour venir mettre le feu à l’Olympia. Ne manquent plus que des performances scéniques moins figées, moins froides pour que le trio touche les étoiles, noires évidemment.

Dans la dispute de l’héritage de Joy Division, deux groupes s’opposent, même s’ils s’en défendent, Interpol et Editors. D’un côté, les New-Yorkais, et l’autre, les Anglais. Ces derniers ont sorti « The weight of your love » l’année dernière, qui était de très belle facture. Avec leur peintre, Interpol rend coup pour coup. Alors, après, c’est la guerre des fans qui jugeront que Tom Smtih, le leader des anglais a une voix plus puissante, plus élastique et un jeu de scène cent fois plus captivant que Paul Banks qui montre des limites en live et qui bouge seulement de son micro pour repartir à l’hôtel. Pour autant, Interpol fait moins de compromis, ne cherche pas le tube et possède en la personne de Kessler un guitariste assez hors du commun. L’écoute prolongée de ce nouvel opus a raison de toutes les réticences, on écoute bien le meilleur album de ce groupe.

Bref, le regretté Ian Curtis, de là-haut, se délecte forcément de ces deux albums et sans faire de chi-chi. Quant à vous, une fois que vous aurez dépensé mille balles pour votre dernier Iphone, votre premier achat musical peut être « El Pintor », histoire de voir si le noir vous va bien.

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