Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Archives de janvier, 2015

« Ceux que nous sommes… » La première

C’était exceptionnel. Merci.

 

Cqns 2

De gauche à droite, ma pomme, Jérémy Malaveau, Sonia Bhé (assistante mise en scène), Clarisse Fontaine (scénographe), Yannik Mazzilli, Philippe Chaine, Laurent Karoubi.

Cette première était dédiée à Doralice, née trois jours avant, qui vient de plaquer un sourire indélébile sur le visage de son père, mon ami Jérémy.


On a marché…

4 millions dans la rue, 0 incident.
De la récup, où ça de la récup ? Avec nos 4 millions de paires d’yeux, ce qu’on a vu, c’est une dignité incroyable, même quand on te marche seize fois sur tes belles pompes.
De la peur ? Où ça de la peur ? Elle était chez toi, petit camarade de fb qui n’est pas sorti, avec ton petit trouillomètre à zéro, alors que l’Histoire se déroulait juste en bas de ton immeuble.
Pas UN débordement, de la joie, des sourires, Aznavour par la fenêtre qui chante « Emmenez moi au bout de la Terre » et tout le monde qui reprend. Je me retourne vers Alex « C’est surréel un peu, hein ? »
C’était puissant, saisissant de vérité, émouvant de toute part. Et puis, en rentrant, je découvre toutes les photos de celles et ceux qui, comme moi, ont mis 2h pour faire 200m. On se sent fort, oui. Sûrement que le plus dur commence maintenant, de concrétiser tout ça, pas simplement en s’abonnant à Charlie Hebdo, sûrement que d’autres problèmes vont arriver, sûrement que le quotidien, la crise, le chômage, les coups bas vont revenir en force. Mais de cet évènement ressort une force, une unité incroyable pour qui y était et me donne envie, à moi, peut-être à vous, d’y croire.
Alors, chacun son taff, on a marché, on va écrire, se poser des questions, s’aimer un peu plus. On n’a pas pris une balle, et franchement, pour rappeler encore Cyrano, quel panache !
Putain, merci de me rendre fier d’être un citoyen de ce pays qui va continuer de rire, de se moquer, de provoquer et qui, maintenant, je le souhaite, saura aussi applaudir ces forces de l’ordre qui nous sauvent la peau.
Et en bonus, la mère le pen, on l’a bien enfoncée, là et zemmour, ton suicide français, torche-toi gentiment avec.

BRAVO !

 


Je le suis aussi

Lire tous ces statuts, voir tous ces dessins qui disent combien il est dangereux d’aller marcher cet après-midi, de voir toutes ces personnes presque prêtes à être heureuses de gueuler « je vous l’avais bien dit » si l’impossible devait arriver.

A vous, pleutres et drogués à BFMTV, ne sortez plus de chez vous, ne prenez plus le métro, ne buvez plus l’eau, parce que ça se trouve, les terroristes ont empoisonné votre robinet, ne mangez plus, ne dormez plus, ne posez plus vos culs sur les chiottes de peur qu’elles soient piégées..

De mon côté, je vais aller marcher en toute sérénité pour aller brandir fièrement mon stylo d’auteur dressé comme un doigt d’honneur à tous ces fanatiques, à tous ces connards qui vous ont foutu le trouillomètre à zéro et qui vous pousseront à voter la mémère lepen parce que ouf, c’est elle qui vous sauvera en rétablissant la peine de mort.
Je vais aller marcher, comme des millions de personnes aujourd’hui, pour vous et on ira prendre une balle s’il le faut, mais ce sera comme Cyrano, avec panache.

Je vous salue. Adieu peut-être.
Lilian


En vous la souhaitant bien bonne

« (une salle relativement grande. Des Années sont assises et forment un cercle. Une se lève, c’est 2014…)

2014 – Bonjour, je… Je m’appelle 2014.
Toutes – Bonjour 2014.
2014 – Je suis contente d’être parmi vous, aux Anciennes Années Anonymes.
1988 – C’est nous qui sommes heureuses de te recevoir. En plus, une place vient de se libérer avec l’enterrement de 1992 qui nous a quittée précipitamment.
1999 – Ouais, enfin, elle, c’était une bonne année de merde, personne ne la regrette, hein !
2005 – Je t’en prie, 99, un peu de respect et souhaitons la bienvenue à 2014.
2014 – Je vous remercie. Voilà, ça fait une journée que j’ai arrêté de saouler tout le monde et… eh bien, je tiens bon…

(applaudissements timides)

1988 – C’est un bon début, 2014. C’est ainsi qu’il faut prendre les choses, faire des petits pas, l’un après l’autre.
2014 – Ce n’est pas facile, hein ! Y’a un an, on m’a fait promettre des tas de trucs, tous ces gens qui me réclamaient de l’espoir et que je leur en donne… J’avoue, direct, j’ai sombré, j’ai filé de l’optimisme à tout le monde !
1998 – On est toutes passées par là, ma petite ! Moi, je te ferais remarquer qu’avec ma Coupe du Monde, j’ai tenu mes engagements ! On ne peut pas en dire autant de tout le monde !
2014 – Non, mais franchement, je ne m’en suis pas trop mal sortie ! Je suis désolée, mais moi, j’ai pas dévasté la planète avec un tsunami, des tremblements de terre ou des ouragans. Honnêtement, là-dessus, tout le monde est d’accord pour dire que j’y suis allé avec modération !
1998 – Oui, t’as juste déplacé le triangle des Bermudes dans l’Océan Indien en y faisant disparaître un avion ou deux, chapeau bas !
2014 – Attendez, vous me faites marrer ! Je ne peux pas être partout, non plus ! Sérieusement, avec l’Ukraine, eh, vous y avez tous cru ! C’était bien parti ! Bon et puis, j’ai commencé à fêter ça avec deux trois autochtones et j’en ai pris une sévère. Résultat, derrière, je reconnais, j’ai pas assuré le service après-vente. A partie de là, bon, gueule de bois, je me suis prise les pieds dans le tapis. En Afrique, j’ai cru à une bonne grippe et là, paf Ebola… A peine je m’y penche qu’à Gaza, ça se querelle de nouveau entre voisins, et ça, franchement, les boules parce que je les avais à l’œil et là, boulette.
2008 – Boulette ? Et cet espoir que j’avais mis dans la tête de tout le monde avec mon Obama, t’en as fait quoi ? A 2015, tu lui as laissé une nouvelle sécession en succession ?
2000 – Et la sécheresse en Californie ? Les îlots de déchets aux Maldives ? Respirer à Paris en revient à faire du tabagisme passif ! Écologiquement, t’es dans le mur, ma jolie !
2008 – Politiquement, on en parle de ton bilan ?
2014 – Je suis désolée, mais je me suis alignée sur 2007 qui avait mis en place ce grand théâtre de Guignol pour faire rire tout le monde. Faut avouer qu’on s’est bien marré, hein ? Les chapkas, les pactes de responsabilités, le retour de Mini-Moi, l’extrême-droite, les benêts rouges, j’en passe et des meilleurs ! Eh, à la fin, vous pouvez me dire merci pour ce moment, ouarf !

(silence)

2014 – … Bon, d’accord, là aussi, je me suis peut-être un peu trop lâchée.
1988 – Ne t’en fais pas. Tu as fait ce que tu as pu et personne ne te jugera ici. Donner de l’espoir, c’est grisant, on connaît. Au fond, on est juste faite pour ça. Après, si en bas, ils n’y croient plus, c’est pas de notre ressort. Tu ne t’en es pas mal sortie, au final. Allez, maintenant, on va voir ce que 2015 a dans le ventre… »

*

Et si dans le ventre, 2015 nous proposait moins d’espoir pour faire davantage de place aux surprises. Des surprises, comme celle d’oublier un peu nos statuts pour nous retrouver dans les yeux un peu plus souvent. Des surprises, en donnant la chance aux audaces, aux audacieux de tout bord. Des surprises d’entendre dire « je souhaite », « je désire », plutôt que « j’espère ».

Des surprises, j’en veux pour vous, les meilleures, les plus belles possibles et une santé, pour le coup, sans mauvaises surprises.

Et surprenons-nous, avec toujours plus d’amitié et d’amour.

Rock’n’roll.