Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Archives de mars, 2017

20 ans. Plus tard.

On t’avait déposé là. Pardon, dispersé ici. Si tant est que ce qui restait de toi, c’était encore toi. J’ai senti une main, puis une autre et une autre et une autre, toutes à s’accumuler sur mes épaules. Leurs propriétaires se disant sûrement qu’il fallait me supporter, je me retrouvais à tous les porter. Et ce bruit, comme de la tôle qui se broie, un accident de voiture. Juste derrière, comme une grande porte qui s’est refermée. Lourdement. L’écho a résonné dans ma tête de longues minutes, pendant qu’une rafale de vent est venu te semer sur les semelles du porteur de cendres.

C’était tout toi.

Dix ans plus tard, à faire le chemin avec ma mère, même si à l’arrivée, il ne reste plus rien, ou alors un souvenir qui s’effaçait déjà doucement, j’ai senti quelque chose, ici. Aucune paume lourde sur l’épaule, juste la main ridée de maman, me serrait la mienne, fortement. Par petites pressions. Et ses petits yeux qui pleuraient ses petites larmes à dérouler le long de ses pommettes rebondies. Quelque part, si tu n’y étais plus, tu étais là, à nous enlacer.

Vingt ans plus tard. Une génération est passé. Les souvenirs ont pris un peu la poussière et on a continué à vivre. Il m’arrive d’entendre un rire lointain comme le tien. Ma mère a gardé ton nom, parce que tu lui as donné une identité après laquelle elle avait couru toute sa vie. Moi, j’ai gardé la tape dans le dos qui m’encourageait à avancer vers moi et j’ai gardé cette promesse donnée il y a vingt ans. Tu sais, j’avance, souvent à contre-courant, contre vents et marées parce que je me suis mis en tête que j’étais vachement loin, dans un endroit assez hostile. Tu serais là, tu ne me dirais rien, tu m’écouterais, t’allumerais ta clope – maudite clope – et puis, tu me parlerais de tes voyages et je m’y échapperai le temps de ton récit.

Tu m’avais séduit comme ça. Maman nous avait laissé. J’avais les poings dans les poches et la mâchoire serré. J’avais pas besoin d’un nouveau père. J’avais besoin de personne, moi ok ? J’avais le regarde par en-dessous et la colère comme seul repère.

La soirée avait passé.

Maman est revenue. Elle a ouvert la porte et nous a découverts, un peu hilares. Moi les mains sous le menton, passionné par chacun de tes mots, je n’ai plus voulu que tu partes. Maman a souri.

Aujourd’hui encore, elle sourit. J’ai compris comment faire pour qu’elle continue de sourire. Et c’est bien grâce à toi.

Pour tout cela, merci. Encore.


Le Klan – Teaser 1