Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Archives de juillet, 2017

« On ne voyait que le bonheur » 10h15 Atelier Théâtre Actuel – OFF 2017

Soyons clair la Cie,

Je vais te dire, je vais pas être dithyrambique, dans ce qui suit, tous les superlatifs utilisés sont pesés et pensés surtout. Ce matin, j’ai profité du seul bonheur d’Avignon, celui d’aller assister à des pièces de théâtre. Souvent, c’est aussi l’occasion d’aller soutenir des copains ou le travail des gens qu’on aime bien.

Alors, je te le dis, la seule raison qui me donne encore envie de faire ce métier, c’est de voir et de tendre à faire des spectacles comme « On ne voyait que le bonheur » à l’Atelier Théâtre Actuel à 10h15.

Bien sûr, il faut voir les choses avec un peu d’objectivité, mais l’objectivité dans l’art, c’est tout le problème Hegelien « peut-on juger l’art quand le jugement est objectif et l’art, subjectif ? » Oh, je ne vais t’assommer ici et te dire que c’est la plus belle pièce que j’ai vue, que c’est la meilleure mise en scène, que ceci, que cela. Je vais être plus simple.
Tu vois, c’est comme dans un couple, ta nana, ton mec, c’est peut-être pas la plus belle, pas le plus fort, pas la mieux gaulée, pas le plus intelligent, mais tu me le diras, c’est celui dont tu as besoin. Point.

« On ne voyait que le bonheur », c’est la pièce dont j’ai besoin. Re Point.

Parce que c’est fait avec grâce, avec finesse, avec humanité, cette quête de pardon sur un sujet des plus casses gueules, est un sommet de ce que j’ai pu voir. Je te parle pas de pleurer à chaudes larmes ou pas, je te parle de ce qui te touche, de ce que tu gardes avec toi, longtemps et qui va bouger un, deux ou mille galets sur la plage qui te compose.
On te prend la main et on te dit « ça va faire mal, parce que c’est comme ça, la vie, ça commence pas dans l’extase, ça début dans le sang, dans la douleur et au final, même si ça finit dans le trou, va y avoir des choses fantastiques à l’intérieur ». Et là, c’est parti pour 1h20 de vie(s).

Je ne connais pas le livre que Gregori Baquet a adapté, mais le travail est admirable. Murielle et lui forment un couple au diapason. La moindre vibration de l’un fait résonner la musique chez l’autre. Ils composent un tourbillon d’émotions, de forces contraires, de corps qui s’entrechoquent comme tu verras rarement ça. La scénographie, la lumière, racontent elles aussi leur part d’histoire.

Voilà, je l’ai dit à Greg, à Murielle, Putain de merci pour ça. A celles et ceux qui croient aussi en ce spectacle qui vise juste à chaque minute, bravo de miser là-dessus. Moi, c’est l’humain que je traque quand j’écris, quand je mets en scène, l’humain dans ce qu’il est capable de faire de beau, de laid. Dans « On ne voyait que le bonheur », on ne voit que l’humain, moche, beau, maladroit, drôle, attachant, en colère, apaisé. Et on ne voit que le talent et la générosité de ses interprètes.

Oui, mon premier spectacle d’Avignon sera le meilleur de tout le mois. Je peux même voir des ratages, ça ne va rien me gâcher de cette merveille.

***

Et pour finir, je poste ceci sur mon blog, après l’avoir fait sur ma page officielle, parce que certains ne la verront pas. Une journée plus tard, les sentiments n’ont pas bougé. C’est comme lorsque tu rencontres quelqu’un, quelqu’un que tu attendais en fait, sans que tu le saches. Tu finis donc par le croiser et même si c’est fugace, ce qu’il te laisse, c’est une jolie marque. Cet été, ici, il n’y aura rien de plus évident que ce spectacle.