Ce qui se creuse

Et un jour, sans que j’y fasse bien gaffe, j’ai vieilli.

Ma gueule s’est légèrement gondolée, s’est creusée sans rien que je lui demande. Par endroits, ça s’est dégarni, par d’autres, des petits sentiers qui restent à dessiner sont apparus. Ici et là où ça tient, ça blanchit et je finirai sûrement par fermer les yeux même quand je les aurais ouverts. Les nuits sans sommeil laissent désormais des marques que je masquais si facilement. Avant.

Avec un peu de chance, on finit toujours par avoir l’âge de son père. Cet âge qui paraissait si loin. Cet âge qui, aujourd’hui, me fait poser la main sur le front pour regarder la jeunesse presque déjà hors de vue. Cet âge qui n’offre aucun frein à main face à la pente douce qui s’amorce. 

Et un jour, j’ai vieilli parce que j’ai eu envie de le voir. De dire, ok pour les jeunes premiers, va falloir passer la main, pour la tonsure, va falloir laisser tomber, pour draguer va falloir fixer des limites et éviter de rencontrer un beau-père qui aurait vu les mêmes dessins animés que moi, au même moment. 

J’ai vieilli, ce n’est pas grave. Parce que ça vient d’arriver. Comme un nouveau départ. 

Photo : Emilie Deville

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Publié par

Lilian Lloyd

Auteur, metteur en scène, scénariste, comédien, compositeur.

Une réflexion sur “Ce qui se creuse”

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