Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

A l’adresse

20 ans. Plus tard.

On t’avait déposé là. Pardon, dispersé ici. Si tant est que ce qui restait de toi, c’était encore toi. J’ai senti une main, puis une autre et une autre et une autre, toutes à s’accumuler sur mes épaules. Leurs propriétaires se disant sûrement qu’il fallait me supporter, je me retrouvais à tous les porter. Et ce bruit, comme de la tôle qui se broie, un accident de voiture. Juste derrière, comme une grande porte qui s’est refermée. Lourdement. L’écho a résonné dans ma tête de longues minutes, pendant qu’une rafale de vent est venu te semer sur les semelles du porteur de cendres.

C’était tout toi.

Dix ans plus tard, à faire le chemin avec ma mère, même si à l’arrivée, il ne reste plus rien, ou alors un souvenir qui s’effaçait déjà doucement, j’ai senti quelque chose, ici. Aucune paume lourde sur l’épaule, juste la main ridée de maman, me serrait la mienne, fortement. Par petites pressions. Et ses petits yeux qui pleuraient ses petites larmes à dérouler le long de ses pommettes rebondies. Quelque part, si tu n’y étais plus, tu étais là, à nous enlacer.

Vingt ans plus tard. Une génération est passé. Les souvenirs ont pris un peu la poussière et on a continué à vivre. Il m’arrive d’entendre un rire lointain comme le tien. Ma mère a gardé ton nom, parce que tu lui as donné une identité après laquelle elle avait couru toute sa vie. Moi, j’ai gardé la tape dans le dos qui m’encourageait à avancer vers moi et j’ai gardé cette promesse donnée il y a vingt ans. Tu sais, j’avance, souvent à contre-courant, contre vents et marées parce que je me suis mis en tête que j’étais vachement loin, dans un endroit assez hostile. Tu serais là, tu ne me dirais rien, tu m’écouterais, t’allumerais ta clope – maudite clope – et puis, tu me parlerais de tes voyages et je m’y échapperai le temps de ton récit.

Tu m’avais séduit comme ça. Maman nous avait laissé. J’avais les poings dans les poches et la mâchoire serré. J’avais pas besoin d’un nouveau père. J’avais besoin de personne, moi ok ? J’avais le regarde par en-dessous et la colère comme seul repère.

La soirée avait passé.

Maman est revenue. Elle a ouvert la porte et nous a découverts, un peu hilares. Moi les mains sous le menton, passionné par chacun de tes mots, je n’ai plus voulu que tu partes. Maman a souri.

Aujourd’hui encore, elle sourit. J’ai compris comment faire pour qu’elle continue de sourire. Et c’est bien grâce à toi.

Pour tout cela, merci. Encore.


Pour Tarine

Quand je t’ai vue apparaître avec ton petit tarin et ta trogne trop sympa, j’ai topé direct qu’on allait bien s’entendre. Et puis, j’ai deviné cette épaisseur en toi, et je parle pas ici d’un tour de culotte. Bref, je t’ai bien sentie, poulette, direct. Je n’oublie pas qu’on s’est dit des jolies choses, des admirations réciproques et des envies de mêler nos univers. Et se le dire comme aq, ça veut dire des promesses.

Aujourd’hui, je t’ai lue, et tu m’as fait pousser une boule dans le ventre. Du genre, la boule qu’on n’aime pas. Qu’on veut pas. Qu’on peut pas aimer. Depuis quelques années, je suis moyen crustacé. Ne l’ai jamais été, d’ailleurs. Il te faut donc retourner au combat, comme si les deux précédents n’avaient pas suffit, c’est ça ? Tu dis, demain, t’auras ton pif de clown, mais pas d’esquive, on sait tous deux que le clown est triste et qu’il sourit pour faire diversion, qu’il chute pour faire rire parce que s’il l’ouvrait, les mouchoirs seraient de sortie.

Je ne savais pas, je ne devinais et je découvre qu’il y a des plumes de sioux, de cheyennes, de ce que tu veux dans tes cheveux d’ébène. Tu dis t’es pas la première, t’es pas la dernière. Nan. Mais là, comme ça, parce que ça traîne en moi depuis tes mots matinales pour dire ton maux, je veux t’accompagner de quelques tignes, Tarine. J’en dépose ici, pour la fraîche et néanmoins profonde amitié que j’ai à ton égard.

Tarine, taratata, t’y vas y mettre une tarte à ce taré, y dire t’arrtagueule à la récrée, ‘tain !

Et on en reviendra aux promesses, au miel de l’existence et de nos rencontres, et sous la houlette de Momo, s’engager un peu tous à ne faire que du beau.

J’ai hâte, dans si peu de temps, de te voir apparaître sur scène, plus lumineuse que les lumières qui t’éclaireront.


Loyauté

Lorsque je suis descendu du gros camion bleu de Nicolas qui lui a servi à tout, déménager plus d’un, y mettre des palettes pour ensuite les revendre et se payer un peu de bouffe, y dormir entre deux fournées, bref, lorsque j’ai posé un pied dehors, je lui ai pris le poignet et je lui dis « je t’aime ».
Encore une de ces soirées, un de ces moments dont il a le secret, avec rien, avec ce pas grand chose, avec cet air de Monsieur tout le monde, avec son quignon de pain qui s’imbibe de sauce, avec ce bidon qui le pèse et qu’il l’ancre au sol comme rare, avec ces yeux noirs qui où y brille toujours une étincelle, ce garçon éclaire mon obscur existence depuis bientôt 40 ans.

On a passé en revue ce qu’on fut, ce qu’on est, ce qu’il reste à faire. J’ai pensé à ce quoi nous sommes fidèles, à cette loyauté infinie. D’une photo poussiéreuse à un selfie d’un S3 en mort lente dans un Léon de Bruxelles, on a pris des coups de tous les côtés. Il a fallu ramasser un corps ou deux, une seringue dans le bras ou le canon d’un fusil dans la bouche. Il a fallu passer des nuits à boire du Soho pure pour se donner du courage à aller draguer dans des soirées aux salles des fêtes. Pire que tout, il a fallu le vomir ce Soho. Il a fallu tomber en panne avec nos meules trop trafiquées, faire la course aux flics qui n’aimaient pas le bruit pétaradant qu’elles faisaient et comprendre qu’un carbu de 19, c’est bien pour la vitesse de pointe, mais que le 17,5 était un meilleur compromis accélération consommation. Il a fallu se taper avec des types qui avait demandé à Nico une clope et à qui il avait rétorqué qu’ils avaient à bosser pour s’en payer. Il a fallu bien des nuits pour qu’il comprenne que séduire une fille, c’était pas dévaliser un fleuriste pour balancer à ladite demoiselle une demi-tonne de roses en pleine poire pour lui déclarer sa flamme. Et il a fallu juste un lendemain pour réaliser qu’il n’avait pas compris en fait. Il a fallu écouter And Also The Trees à plus de 240 décibels  dans sa 205 en route pour Granville et se vider la tête.

Il a fallu pleurer, rire, gueuler, se dire non, jouer des bras ou de quelques baffes, jouer aux cambrioleurs, se quitter six ans et se retrouver comme si c’était hier, faire un peu plus que 400 coups, il a fallu tout ce putain de temps pour que je lui prenne le poignet et que je finisse par lui dire « je t’aime ».

Je le savais, je l’ai toujours su. Mais c’est seulement ce soir que je lui ai dit.

Le pire, c’est qu’il ne l’a sûrement pas entendu.

Le mieux, c’est que ça fait un paquet d’années qu’il le sait.

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Sur l’échelle de Glasgow

Chère Sam,

Je ne suis pas du genre à m’adresser aux défunts via Internet et pourtant, te connaissant si connectée de ton vivant, j’ai envie de croire que tu l’es, là-haut où que tu sois. Alors, si tu traînes encore tes yeux par ici, voilà une nouvelle qui te ravira. Ou pas. Lorsque j’ai écrit « Une femme debout » et que je te l’ai offert pour ton dernier anniversaire parmi nous, tu m’avais gratifié d’un délicieux « connard » en guise de remerciement. Sûrement qu’à la lecture de ceci, tu prêteras alors à ma mère un métier qu’elle ne faisait pas et dont je pourrais être le fruit… Ma mère étant un ange vivant, et n’ayant parcouru les trottoirs que pour les enflammer de son incandescente beauté, je prendrais donc cette insulte comme une nouvelle forme de merci.

« Sur l’échelle de Glasgow », dont la première se fera samedi 16 mai à 14h30, dans le cadre exceptionnel du festival de Maisons-Laffitte, est un spectacle qui t’es dédiée. Oui, à toi. Et puis aux tiens, Christophe, Manon, Thibault et Emilie. Je les regardais lors de ces jours sombres de décembre se pencher sur toi alors que tes yeux ne s’ouvriraient plus, et ton bonhomme de me demander « à quoi elle pense, là ? ». En partant de cette question, nous avons construit, Sonia, Marine, Aurèle, Clarisse, Alex et moi, une réponse. Parfaitement subjective et peut-être pas très juste médicalement. Moi, j’ai eu envie de m’appeler Sam et commencer la pièce en me posant une question « c’est qui le type qui reçoit la première goutte, la toute première d’une averse ? » et de clore l’histoire sur la question la plus anecdotique du monde qui, je le souhaite, devienne la réplique la plus porteuse d’espoir de mon répertoire…

Alors, si tu n’as rien à foutre samedi prochain, on te réserve un siège dans la salle Malesherbes. Tu verras, on parle de toi, on parle beaucoup d’amour, on parle que de belles choses, on parle même d’un connard cynique qui se met à espérer.

A dans trois jours, beauté.

 

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En vous la souhaitant bien bonne

« (une salle relativement grande. Des Années sont assises et forment un cercle. Une se lève, c’est 2014…)

2014 – Bonjour, je… Je m’appelle 2014.
Toutes – Bonjour 2014.
2014 – Je suis contente d’être parmi vous, aux Anciennes Années Anonymes.
1988 – C’est nous qui sommes heureuses de te recevoir. En plus, une place vient de se libérer avec l’enterrement de 1992 qui nous a quittée précipitamment.
1999 – Ouais, enfin, elle, c’était une bonne année de merde, personne ne la regrette, hein !
2005 – Je t’en prie, 99, un peu de respect et souhaitons la bienvenue à 2014.
2014 – Je vous remercie. Voilà, ça fait une journée que j’ai arrêté de saouler tout le monde et… eh bien, je tiens bon…

(applaudissements timides)

1988 – C’est un bon début, 2014. C’est ainsi qu’il faut prendre les choses, faire des petits pas, l’un après l’autre.
2014 – Ce n’est pas facile, hein ! Y’a un an, on m’a fait promettre des tas de trucs, tous ces gens qui me réclamaient de l’espoir et que je leur en donne… J’avoue, direct, j’ai sombré, j’ai filé de l’optimisme à tout le monde !
1998 – On est toutes passées par là, ma petite ! Moi, je te ferais remarquer qu’avec ma Coupe du Monde, j’ai tenu mes engagements ! On ne peut pas en dire autant de tout le monde !
2014 – Non, mais franchement, je ne m’en suis pas trop mal sortie ! Je suis désolée, mais moi, j’ai pas dévasté la planète avec un tsunami, des tremblements de terre ou des ouragans. Honnêtement, là-dessus, tout le monde est d’accord pour dire que j’y suis allé avec modération !
1998 – Oui, t’as juste déplacé le triangle des Bermudes dans l’Océan Indien en y faisant disparaître un avion ou deux, chapeau bas !
2014 – Attendez, vous me faites marrer ! Je ne peux pas être partout, non plus ! Sérieusement, avec l’Ukraine, eh, vous y avez tous cru ! C’était bien parti ! Bon et puis, j’ai commencé à fêter ça avec deux trois autochtones et j’en ai pris une sévère. Résultat, derrière, je reconnais, j’ai pas assuré le service après-vente. A partie de là, bon, gueule de bois, je me suis prise les pieds dans le tapis. En Afrique, j’ai cru à une bonne grippe et là, paf Ebola… A peine je m’y penche qu’à Gaza, ça se querelle de nouveau entre voisins, et ça, franchement, les boules parce que je les avais à l’œil et là, boulette.
2008 – Boulette ? Et cet espoir que j’avais mis dans la tête de tout le monde avec mon Obama, t’en as fait quoi ? A 2015, tu lui as laissé une nouvelle sécession en succession ?
2000 – Et la sécheresse en Californie ? Les îlots de déchets aux Maldives ? Respirer à Paris en revient à faire du tabagisme passif ! Écologiquement, t’es dans le mur, ma jolie !
2008 – Politiquement, on en parle de ton bilan ?
2014 – Je suis désolée, mais je me suis alignée sur 2007 qui avait mis en place ce grand théâtre de Guignol pour faire rire tout le monde. Faut avouer qu’on s’est bien marré, hein ? Les chapkas, les pactes de responsabilités, le retour de Mini-Moi, l’extrême-droite, les benêts rouges, j’en passe et des meilleurs ! Eh, à la fin, vous pouvez me dire merci pour ce moment, ouarf !

(silence)

2014 – … Bon, d’accord, là aussi, je me suis peut-être un peu trop lâchée.
1988 – Ne t’en fais pas. Tu as fait ce que tu as pu et personne ne te jugera ici. Donner de l’espoir, c’est grisant, on connaît. Au fond, on est juste faite pour ça. Après, si en bas, ils n’y croient plus, c’est pas de notre ressort. Tu ne t’en es pas mal sortie, au final. Allez, maintenant, on va voir ce que 2015 a dans le ventre… »

*

Et si dans le ventre, 2015 nous proposait moins d’espoir pour faire davantage de place aux surprises. Des surprises, comme celle d’oublier un peu nos statuts pour nous retrouver dans les yeux un peu plus souvent. Des surprises, en donnant la chance aux audaces, aux audacieux de tout bord. Des surprises d’entendre dire « je souhaite », « je désire », plutôt que « j’espère ».

Des surprises, j’en veux pour vous, les meilleures, les plus belles possibles et une santé, pour le coup, sans mauvaises surprises.

Et surprenons-nous, avec toujours plus d’amitié et d’amour.

Rock’n’roll.


Text for Guy

Rencontre de 3 types

Mon cher Guy,

C’était en février 2012. Sur cette photo, alors que je regardais avec tendresse mon Paul Claudel, directeur de la maison des Ecritures de Lombez, où j’étais alors en résidence, tes yeux à toi ne quittaient pas la photographe picarde qui se révéla être, par le plus grand des hasards (ou pas), la fille de ton élève préférée dans les années soixante lors que tu enseignais à St Quentin. Lors de ces quatre mois passés loin de Paris, Paul m’avait fait te rencontrer et j’ai bu chacune de tes paroles, de tes anecdotes tout en caressant ton magnifique Chow Chow. Alors que tu m’ouvrais un peu les yeux sur la littérature ou que tu me parlai de ton retour de la guerre d’Algérie pour l’écriture de ma pièce, je t’initiais au fonctionnement du blog.

Nous avons bu, partager, tu m’as fait découvrir ce qu’était un véritable cassoulet et à plus de 80 printemps, tu galopais tous les lundis matins où nous nous croisions au marché de Samatan. Tu venais voir mes textes que je donnais en lecture à Lombez, tu m’apportais ton éclairage et je n’avais que mon rire d’inculte à opposer à cet extraordinaire savoir qui était le tien. Tu me prêtas ta vieille voiture lorsque la mienne rendit l’âme et Dieu te dira combien j’ai de l’affection pour toi. Même si je ne suis pas sûr que tu croyais véritablement en lui…

Dans tes derniers voyages, tu es remonté en Picardie, revoir cette élève, Françoise, la mère d’Emilie que tu aimais tant. Ce diner, nous en avons souvent reparlé avec elle et cela reste un moment exceptionnel qui concrétisait une coïncidence encore plus exceptionnelle. J’en étais heureux pour elle, pour toi.

Depuis hier, tu es dans mes pensées et ce matin, la voix de Paul m’a davantage éclairé sur le pourquoi de ces pensées. On dira que tu t’es libéré de la douleur et qu’enfin, tu as pris un peu de hauteur.

Merci Guy de m’avoir fait partager ces moments, de m’avoir rendu un peu moins con. Le vide que tu laisses là-bas est gigantesque, abyssal. Moi, ce creux dans le cœur que j’ai aujourd’hui, je l’aménage pour t’y laisser une autre place, celui de ton regard chaud et bienveillant.

Merci.


Fondations

Je suis le fils de ma mère. Tu le comprends.

Je regarde ce cordon invisible qui me lie encore et toujours à elle.

A l’âge que j’ai, à celui que j’aurais au moment du dernier souffle, ce lien n’a pas de temps, pas d’usure. Je ne dis pas qu’il ne fut jamais étiré au point d’en craindre la rupture, mais force est de reconnaître que malgré les tempêtes, son élasticité n’a jamais fini de m’étonner. Je suis le fils de ma mère parce qu’elle est la base, mes fondations. Bien sûr, il a fallu construire à côté, pour ne pas s’effondrer lorsque les séismes rappellent à quel point tout ceci est formidablement éphémère. Mais elle dit, par sa présence, ses rires, ses petits yeux qui se plissent, d’où je viens et tout l’amour qu’elle n’a jamais cessé de donner. En bien, en mal, avec les armes qu’elle avait, avec ses mots de travers, des gestes gauches ou avec des bras qui m’ont soulevé dans les premiers pleurs jusque dans des larmes qui s’écrasaient sur un cercueil, elle n’a jamais rien fait d’autre que donner avec ce qu’elle pouvait.

Et donc, oui, je suis le fils de ma mère. Admiratif.

Aujourd’hui, moi qui n’ai cessé de l’écrire, de lui dire le respect, de dire ce que je lui dois, j’aperçois mon bras gauche qu’elle tenait par fierté hier devenir un soutien, une canne. J’apprends à voir ma mère vieillir. Nul ne sait si cet apprentissage sera long, mais je l’ai reçu aujourd’hui comme un cadeau. Voilà une manière de la regarder sous un nouvelle angle, si ce n’est penché, un peu plus courbé. Je peux me voir lui mettre une chaussure à son pied, alors qu’elle est capable de réaliser ceci toute seule, avec un sourire. Les agacements d’hier remplacés par des gestes de réconfort. Je comprends un peu mieux mon désir à travailler autant sur mes muscles, comme pour mieux la porter, au besoin. Et au besoin de me protéger de ses coups lorsque je veux trop en faire et qu’elle râle qu’elle n’est toujours pas bonne à envoyer à la casse. Et au besoin de tenir mes os debout s’il fallait une main froide.

Je suis le fils de mes parents. Parce que la distance m’a mis loin de mon père, sentir la farine, la levure, effleurer du pain me ramène toujours à lui, le boulanger, l’homme du silence. Un simple coup d’œil à un miroir me rappelle de qui viennent ces traits. Lui et ma mère sont porteurs d’histoires que ma petite vie d’auteur déjà bien entamée n’aura jamais le temps de conter dans son ensemble. Comme tout enfant rebelle, j’ai cru bon de les juger, de les rendre responsable de mes états d’âme, des mes échecs. Sans avoir pris la responsabilité de continuer la lignée, j’ai vite compris qu’on n’était jamais des parents parfaits, qu’on faisait avec ce qu’on était, avec ce qui nous avait construit autant que cabossé. S’il y a eu des fautes, des genoux et des mains meurtris par tout ce beau monde qui trébucha et qui su se relever, des manques, j’ai passé mon temps à souhaiter qu’il n’y ait que le pardon pour regarder de l’avant et voir ce qui fut avec tendresse et compréhension.

Mes parents m’ont apporté l’étincelle. L’un comme l’autre, alors que le temps passe, que ce soit dans le silence ou dans de longues dissertations sur la couleur du ciel, ils m’ont chacun aidé à porter la flamme, à la garder en vie.

Comprendras-tu ou pas, mais dire je suis le fils de ma mère dit que je sais d’où je viens et qui je suis. Je te souhaite d’épouser cette certitude. Qui est heureuse.