Journal d'un auteur contemporain pas encore mort

Entre les lignes

Une Femme Debout 16

Le mur blanc.

D’une chambre à l’autre, c’est comme si on déplaçait ce pauvre mur blanc pour venir me faire face. Il reste là, impassible, immaculé, l’air un peu gêné, voudrait presque s’excuser d’être encore et toujours là. Oui, ma bonne dame, si le mur blanc le pouvait, il hausserait les épaules, me livrerait une mine désolée et s’avouerait bien désolé de me voir une nouvelle fois ici. Mais le mur blanc n’a peut-être de vie que lorsqu’on le regarde, comme je le fais présentement.

Il faut le savoir, quand on attend, comme j’attends, comme on attend tous un peu trop longtemps dans ce genre d’établissement, il est nécessaire d’avoir une imagination du genre habitée pour résister. Alors, pour tuer ce temps, celui-là même qui cherche visiblement à me tuer, je communique avec ce mur blanc qui me suit partout. Je peux, à certains moments, me lever et y dessiner des parties endiablées de morpion où je ressors à chaque fois vainqueur. Pour une fois que je peux l’être, d’ailleurs, je ne m’en prive pas. Je peux y projeter quelques films, quelques souvenirs, quelques espoirs.

Il arrive parfois qu’une blouse blanche vienne se mettre entre nous deux. Lorsqu’elle repart et qu’un long silence envahit la pièce, je sens le mur plein de compassion. Oui, ma bonne dame, s’il pouvait, le mur blanc se rapprocherait et me tendrait son grand mouchoir, tel un drap, aussi blanc que lui pour venir sécher mes larmes.

Tu sais, un jour, que j’espère pas si lointain de mes forces, je viendrai là, devant toi, t’embrasser. Auparavant, je n’aurai pas oublié de peindre mes lèvres d’un rouge vif. Tu seras beau, mon mur blanc, et fier, d’exhiber ce baiser d’adieu ardent.

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Do not disturb – again

« – Je voudrais te dire…

– Non, rien, me dis rien. Je suis fragile aujourd’hui. Alors, un mot, un seul, il peut m’achever.

– C’était pas un truc méchant, pas un mot négatif, quoi.

– Ben, justement, c’est pire. »

 


Do not disturb

Parfois

Du berceau à la tombe

La seule morale qui te saute à la gueule

C’est « va te faire foutre »

 

… ou quelque chose dans le genre,

 

ça dépend du niveau d’intimité que t’as avec la vie.


Ne bouge plus

« … Ne bouge plus. Oubli. Tous ces pas finiront par s’effacer. Tu auras beau appuyer de tout ton poids, de tout ton être, à un moment, il n’y aura plus de traces. Alors à quoi bon ? A quoi bon se battre avec ce qui ne veut pas de toi ? A quoi bon changer pour l’autre quand tous les efforts finissent par s’éparpiller dans le vent ? A quoi bon démonter des murs, défaire ses élans, ses étreintes, revoir sa copie et faire signer les bulletins d’absence par tes parents ? A quoi bon y croire quand tu as déjà les pieds dans l’eau ? Et le ressac de la mer qui emmène des grains de sable sous ta plante et qui t’enfonce un peu plus, donne des premiers signes d’encouragements. Ne bouge plus. N’appelle rien, ni personne ni moi, déjà bien trop loin. Ne bouge plus. Encore un peu de temps avant que la plage ne t’engloutisse toi aussi, à ton tour. Ne bouge plus… »


Peau neuve

C’est toujours pareil.

Les choses se ressassent, bavassent entre elles. Même bas, même dans ce chuchotement, on finit par les entendre. Elles ont forcément des choses importantes à se dire ces choses, surtout à cette heure, surtout à cette heure où je devrais dormir.

Je le sais. Chaque nuit comporte son voleur. Il reste dans l’ombre, à attendre lui aussi que là-haut, que quelque part en moi, tout ce bavardage inutile cesse.

Moi aussi.

Que tout cela se produise vite et qu’il reparte avec ce qu’il veut. Tout ce qu’il veut, mais surtout ce qui pourrait être le plus lourd. Je lui fournis la fourgonnette s’il le faut, les clés sont sur le contact, le plein est fait, la carte grise à son nom. J’ai même installé le GPS et l’autoradio lit les MP3. Il est difficile d’être plus cordiale, serviable.

Mais il sait lui aussi.

Le plus lourd n’est pas ce qui brille le plus. Alors, quand le sommeil finira par faire taire les choses, il viendra faire son marché et prendre encore un souvenir, celui avec un éclat, un reflet de lune dans une larme de joie. Au lendemain, déserté de cette tendresse, je n’aurais plus qu’à souffler la poussière à son endroit et m’en imaginer une nouvelle.

Le voleur partira avec tout ce qui m’a fait. Dans sa masure, à force de devenir riche à me déposséder, je finirai par me dire qu’il veut juste que je redevienne moi.

Moi autre part. Sans le noir, sans le lourd.

Alors, c’est toujours pareil. Sous mes paupières, j’attends que la nuit tombe.


Ce moi

A Paris, la nuit, quand la pluie se donne, aux égouts, aux pieds détrempés
J’arpente, je laisse, à ma mémoire les souvenirs arrosés
Où nous mettions la main
Où nous disions demain
J’arpente, je laisse, et je lâche pour tenir

A Paris, la nuit, quand la pluie me donne le dégoût et un cœur arrêté
Je donne à ce qui me fuit des saveurs d’âpreté
Et j’avance

Avance
Comme un ordre, comme un désir qui se tend
Et quelle force de le saisir
De le prendre et de venir à son oreille lui dire
Je suis là, enfin
Je suis.


Malaxer

« … On peut attendre. Se taire. Ou alors tourner sa tête comme celle d’un enfant qui tend la sienne vers le sein de sa mère. On peut tellement en faire, se ruiner les pieds à courir après qui, pour quoi. On peut encore rêver de s’endormir. Ou encore penser à toi qui dort déjà, alors qu’on s’active à chasser le sommeil dans des lits de détour. On peut espérer une paix et ne jamais vouloir la mériter. On peut essayer, tenter l’impossible ou bien rater le plus simple. On peut trébucher, se relever mille fois et ne rien atteindre du regard. On peut. Oui, on peut. On peut aussi malaxer son cœur comme de la glaise, lui donner une forme et toi, un espoir. On peut, même les mains dans le dos, on peut… »