Les Horizons Brisés

Faisons un petit point actu. Dans quelques mois, Amathéa jouera une pièce, au printemps prochain, que j’ai écrite en 2009, lors de ma frénésie suicidaire de cette année noires (un texte par mois pendant un an…). Trois ans plus tard, revenir sur ce sujet, un peu compliqué, me fait passer par tous les états. Additionné à un bon nombre de déconvenues professionnelles en tous genres, tout ceci commence à faire un peu annus horribilis. Et dire qu’il y a un an, j’arrivais à Lombez pour vivre deux mois de bonheur total… Bref, avant de livrer ici mon oraison funèbre, pour laquelle je m’arrangerai afin que vous l’ayez avant tout le monde, je vous laisse quelques mots qui ne figureront pas dans la version finale du texte, mais pour lesquels j’ai une certaine affection. D’autant qu’ils trouvent une morbide résonance. Comme si ce satané auteur lisait dans ma tête par moments.

Vivement que je m’en débarrasse.

 » Encore. Je n’ai que ce mot-là en bouche, partout dans le corps, dans le moindre recoin de mon âme, de mes douleurs, de mes peines, de mes joies. Encore. Et le cœur qui dit « stop ». Sait-il seulement ce qu’il rate ? Il a dû lire dans les magazines, dans des livres piteux, dans des aphorismes aigris, que la vie était pourrie, qu’il aurait mieux fallu mourir à la naissance. Le cœur… comment le croire, comment l’écouter, lui qui, si souvent, se trompe, de cible, de comportement, de sentiment ? Lui faire confiance, c’est faire confiance à la partie la moins sûre de soi, à celle qui soulève autant la montagne et qui plie avec la même énergie devant la bouche qui t’abandonne… Mon cœur, tu m’as écœuré. Tu t’es trompé et le choix que tu me laisses à briser mes horizons aujourd’hui ou demain est ton plus violent sentiment à mon égard. Mais je ne t’en veux pas. Tu es comme tous les autres, comme tous les autres cœurs, à t’arrêter quand il ne faut pas…

« On s’arrêtera de s’aimer quand on touchera l’horizon », est-ce que c’est bien moi qui l’ai écrit ? …  Je te touche. Enfin. C’est un beau jour pour mourir. « 

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Une Femme Debout 8

Si.

Si tout ça… Si. Si ça devait…

Si. Je dis si, il faut que tu m’écoutes.

Si on devait se pencher sur moi un jour, demain, ou dans cent ans, qu’importe, mais si on devait se pencher sur moi et que je ne sois pas en train de feinter, eh ben, tu vois, j’aimerais pas voir des larmes. Je veux dire, je pourrais comprendre la tristesse, mais je te le dis, ça me ferait chier. Vraiment, parce qu’il n’y a rien à faire, quelqu’un dans ma position se sentirait invariablement comme… coupable de faire du mal. Même si je sais que directement, non, ce n’est pas moi, ce ne serait pas moi, c’est juste, que putain, je voudrais pas.

Dis-leur, hein, juste… Si.

Si.

Si c’était ça un jour, demain, ou dans cent ans, on s’en fout, mais si on devait se pencher sur moi, je voudrais que ce soit avec la joie dans le cœur, la joie dans le cœur de m’avoir connue, de m’avoir vue bourrée, gaie, chiante, heureuse, un peu conne ou injuste parfois. Je veux voir la joie des gens qui m’auront traversé, que j’aurais traversés. Je voudrais qu’ils me le disent ce « revoir », que c’est rien, que ça fait chier, oui, mais que je leur ai apporté tout ce que je pouvais de bonheur et qu’ils me le disent avec des larmes de joie.

Faudrait bien leur préciser, hein, la joie. Je sais qu’il y en a qui comprendront pas, qui enfreindront la règle, mais c’est aussi pour ça que je les aurais aimés ceux-là.

Si.

Si, vraiment c’était ça qui m’attendait, j’aimerais pas voir les visages déchirés par la tristesse, les flots de larmes que je n’aurais même plus la force d’essuyer sur leurs joues. Je voudrais qu’ils me fassent tous un cadeau, qu’ils me montrent, tous, toi, mes enfants, mes parents, mes amis, mon âme sœur, je voudrais tous qu’ils me montrent ce qu’ils vont devenir. Je veux le savoir avant tous les autres, je veux savoir comment ces petits grandiront, ce qu’ils feront. Je voudrais partir avec l’avenir en tête, tu comprends ?

Comme ça, quand on se retrouvera, je verrais si chacun a tenu sa promesse.

Je dis ça. Mais c’est si…

Si.

Si, je te dis.

Et là, si je garde les yeux fermés, c’est pour feinter.