39

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Pour un type né le 23 mars 1973 à 3h30 du matin, 39, c’est plutôt accueillant. Un multiple de 3. Je peux le dire maintenant. J’ai un TOC, je ne peux pas m’empêcher d’additionner les chiffres que je croise dans la rue, n’importe où et leur somme doit donner un multiple de 3 ou je me sens pas bien. Tout qui est 3 me réconforte.

Alors 39, 3+9, c’est bien, c’est grand, 3 et son 3 fois 3. On se rassure comme on peut, oui.

Tous les ans, les mêmes mots qui reviennent avec l’entrée en matière de « Lavage délicat ».

 » Ça ne va pas être simple. Rien que mon arrivée au monde ne l’était pas. J’ai débarqué par le siège, la bouche en cœur, en pensant qu’on allait m’accueillir les bras ouverts. Tu parles ! Le cordon ombilical autour de la gorge, j’ai verdi automatiquement. Quand la sage femme m’a vue, elle a dit à ma mère que j’étais pas encore mûre ! Et voilà que cette conne qui se croyait drôle me laisse m’échapper de ses mains. Ma naissance, ce n’est qu’une succession de chutes. Souvent, je fais des cauchemars, comme celui de tomber du haut d’un immeuble. On dit que c’est la réminiscence de l’accouchement. Moi, le problème, c’est qu’après avoir touché le bitume, je continue de m’enfoncer dans d’incroyables profondeurs en attendant le prochain atterrissage. Qui n’arrive jamais. Alors, il ne faut pas se foutre de moi si je mets des barrières à mon lit, comme pour les enfants, mais j’en avais marre de me ramasser. »

A 39 ans, me parcourent celles et ceux qui m’ont traversent, qui m’ont laissé une trace. Tant de regards, de mains posées sur un humain pour le modeler. Des femmes qui sauront se reconnaitre. Je n’ai pas tout réussi, mais j’ai été aimé, ça oui. Aujourd’hui encore. Ouf.

Et les amitiés, invincibles. Au moins une chose que je n’ai pas ratée.

Aujourd’hui, un peu plus qu’un autre jour, les derniers mots de « La coulée douce » raisonne encore d’avantage. J’ai envie de me dire bon anniversaire, mais j’ai bien trop peur de me porter la poisse.

 » Non, décidément, on n’est pas immortel. Même les souvenirs se meurent. Notre seule destination, c’est l’oubli. On peut toujours se prolonger, en laissant quelques traces, quelques mots. Ils vivront plus loin que nous. Tu te rends compte ? J’ai vécu une seconde, et je suis mort pour l’éternité. Mais il y a eu quelques dixièmes d’elle qui furent exquis. Au fond, tu vois, la vie, c’est comme ce que tu fais, tu es tout de suite au courant de la fin. Quelque part, c’est peut-être pas si mal, ça donne plus de saveur, plus d’importance aux petits moments de l’existence. C’est peut-être bien la seule morale que j’ai retenue. Il en fallait bien une… Si j’ai mis trop longtemps à la comprendre et que je ne peux plus l’appliquer, ne laisse pas passer cette chance, toi… Tu peux aller à la première page, ça ne fait que commencer.  »

A celles et ceux qui sont là, celles et ceux qui m’obligent à regarder le Ciel, merci.

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