L’arc-en-ciel, de 18 à 19


Vous le saviez, vous, qu’il y avait des trésors aux pieds des arc-en-ciel ? C’est ce que me disait ma mère quand j’étais môme. J’ai toujours trouvé ça toujours fascinant. Aujourd’hui encore, avouez, quand on en chope un, on reste comme ça, émerveillés, avec ce regard de gamin qu’on croyait avoir abandonné sur le bord de la route ou sacrifié sur l’autel des responsabilités et du « je te rappelle que tu dois aller bosser demain et tous les autres jours de ta vie pour payer les couches, les crédits et ce beau téléphone qui sera obsolète dans deux ans et dont la seule fabrication déglingue la moitié de l’Afrique, démonte la couche d’ozone, j’en passe et des meilleurs… » Mais oui, je m’égare.

Je vous ai prévenu que ça risquait d’être long ?
J’aurais dû. Mais vous avez toujours possibilité de stopper ici et de faire comme la plupart des gens qui s’arrêtent à l’accroche d’un article pour se forger une opinion et qui, par là, s’imaginent plus intelligents que tous les autres, qui, eux, n’ont liké que des vidéos de chatons ou qui ont commenté la photo du petit dernier en disant qu’il était tout mignon. Alors qu’en réalité, il est si vilain ce gamin qu’on se demande si les parents prenaient des anxiolytiques au moment de la conception.

Donc, si vous voulez vous arrêter là, je vous offre l’accroche et bonne année Paulette :

« Bye bye 2018. Le moins que l’on puisse dire, c’est que tu nous en auras fait voir de toutes les couleurs. »

La suite s’adresse aux plus vaillants d’entre vous.

Cette année donc, ne nous aura gratifié d’aucune nuance de rien. Ni de gris, ni de noir, mais vous me direz, le noir, ce n’est pas une couleur.
Pourtant, en juillet, pour la seconde fois en vingt ans, on s’est drapé dans le tricolore, on s’est bariolé les joues de bleu, de blanc, de rouge et on s’est roulé des pelles, bourrés, en touchant une deuxième étoile. On a souri avec nos dents blanches aux forces de l’ordre qui étaient nos meilleurs copains à ce moment-là.
Le même mois, on a eu les yeux rivés sur la lune qui s’est orangée un temps avant de s’éclipser. Un peu avant, on a lié nos mains, de toutes les couleurs pour applaudir les athlètes aux jeux olympiques d’hiver en Corée du Sud. Corée qui, depuis, se fait des poutous avec ses voisins du nord. Le jaune du Prix Nobel de la paix a été attribué à Nadia Murad et Denis Mukwege pour leur combat contre les violences sexuelles…

Vraiment, on avait toutes les raisons de croire que ça allait être le feu d’artifices cette année.

Mais voilà.

L’un des principaux problèmes de ce 2018, c’est quand même la surabondance de rouge. C’est comme si l’impressionniste s’était gouré sur la manière de pratiquer son art. « On t’a dit une touche de rouge, René, pas une tâche et pas sur toute la toile, hein… »
Ce rouge qu’on a vu dégouliner surtout. Sur tous les visages de ces hommes ou de ces femmes qu’on a frappé parce qu’ils et elles sont homosexuel(le)s. Et déjà que c’est révoltant lorsque cela se passe dans des dictatures, comment ne pas hurler lorsque c’est ici, en France, de nos jours, sous nos fenêtres ?
Ce rouge sur les vêtements de ces personnes victimes d’attentats, partout dans le monde. Rouge auquel on s’est cruellement habitué, distillé entre deux pages de pub et évidemment « Ah non, chéri, y font chier, eux, mets la 8, on est en train de bouffer, là. »
Ce rouge dont on se pare sur les réseaux sociaux à coups de « mots-dièses » qui appellent au meurtre, à haïr ce qui n’a pas la même couleur de peau ou la même religion, à brûler, à démolir, à saccager. Eh, mec, ta révolution est un hashtag. Le 24 décembre, t’étais sûrement à l’heure chez toi pour déballer les cadeaux que t’avais acheté sur Amazon. Ce même Amazon que t’es pas foutu d’aller bloquer, ni même aucun de ses grands copains qui ne paient pas d’impôts en France. Et sinon, tu le prends en Grande ton Starbucks ?

Tocard.

Il y a aussi ces vilaines couleurs laissées sur des monuments historiques par des décervelés finis au gel douche de chez Lidl. Ces mêmes débiles profonds qui veulent qu’on leur file le droit pour voter des lois afin de revenir sur la peine de mort ou le mariage homosexuel. Ces mêmes abrutis, qui font passer les bulots pour des génies, reprennent le chant des partisans et le détournent, le tout à la gloire d’un antisémite notoire. « Bah nan, c’est pas contre les juifs ! » Ah ouais ? Et pourquoi tu le fais devant le Mémorial de la Shoah ?

Connards.

Ça m’a échappé, je reprends ma palette.

On en parle des couleurs du vomi ? Pas de celui des soirées trop arrosées, mais de ce qu’on vous propose tous les jours dans ces émissions dites de divertissements. Avoir un poste de télévision chez soi en revient maintenant à inviter le dernier des analphabètes à table pour qu’il vous donne son avis sur la politique ou la société en général. Avec un poulpe mort dans le slip, évidemment.
Bien sûr, comment ne pas citer le jaune, qui aura fait grand bruit, foutu un bordel monstre (ce n’est pas fini, d’ailleurs) et donné la parole aux désenchantés de tous bords. Malheureusement, si la misère sociale existe et qu’elle a raison de se présenter sous les fenêtres des décideurs politiques, la misère intellectuelle l’accompagne aussi. Quand le jaune tend son bras vers le haut, il se teinte d’un brun qui l’inspire et c’est la nausée qu’il inspire. Après, quand on est gouverné par des bleus aussi…
Et voyez-vous les couleurs de cet autre drapeau tricolore dont les étoiles se pètent la gueule à chaque phrase de son peroxydé de président, de la Croix rouge de St Georges qui s’éloigne un peu plus des côtes européennes et de ce blanc, je sais, ce n’est pas une couleur, mais c’était quand même celle de Sudan, dernier rhinocéros blanc mâle, mort en mars…

Et au final, il y a ma colère, noire, que j’ai du mal à dissimuler dans toutes ces lignes.

Revoilà l’arc-en-ciel. Celui-là, où un matin d’enfance et de printemps, après une giboulée, il est apparu non loin de chez moi. Voulant être le premier à découvrir les trésors à son pied, me voilà sur mon petit BMX sans freins, en train de pédaler comme un dératé. Evidemment, après une course folle, à bout de souffle, j’ai dû renoncer en me rendant compte que l’arc-en-ciel s’était volatilisé alors que le soleil reprenait ses droits. Déçu, j’ai jeté un coup d’œil derrière et me suis rendu compte que je n’avais jamais été aussi loin de chez moi… Jamais.

L’important n’est pas de savoir si l’histoire est vraie ou non. L’essentiel reste dans le chemin parcouru. La couleur, ce n’est que de la lumière et tout ce qui l’obscurcit t’enterre. C’est que de la lumière, c’est tout et ça fait tout.

Alors, pour 2019, je vous souhaite de courir en direction de tous les trésors que votre imaginaire et que vos rêves vous offrent. Ce serait pas mal qu’on s’y mette tous et que la seule couleur qui nous unisse, pour le joli cailloux sur lequel on passe nos furtives existences, soit le vert. Le vert pour la nature et, bien sûr, encore et toujours, l’espoir. Ne jamais renoncer, savoir taire l’ego et toujours trouver la juste distance.
Pour tout ce chemin à faire sur vos propres BMX, je l’espère dans un meilleur état que l’était le mien, je vous souhaite la santé aussi forte que votre mental.


Avec mes amitiés, vertes, évidemment.

photo Emilie Deville

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2013

Généralement, c’est le moment où je vous livre un texte de mon cru, relatant les divers faits de l’année qui vient de s’écouler et en les éclairant avec une touche de sarcasme ou d’ironie plus ou moins douce.

Aujourd’hui, en relisant la bio de 2012, j’ai cherché, en vain, un événement qui m’aurait fait rire. La seule bonne réplique de l’année n’aura pas été livrée par un humoriste ou sinon une bande de comiques : « Le changement, c’est maintenant. » Vu la chorégraphie qui accompagnait cette formidable punch-line, on pouvait avoir des doutes, mais que voulez-vous, ce n’est pas un péché que d’y croire…
Non, cette année, dont on nous avait dit que les traducteurs avaient dit que les interprètes avaient dit que les Mayas avaient dit que ce serait la dernière, n’a pas complètement tenue ses promesses. Il suffit de voir la tête d’un des illuminés de Bugarach à 12h12 le 21/12/2012 nous expliquant que la fin du monde avait bien eu lieu et que ce que nous voyons n’était qu’un reflet transcendantal en retard d’un millier d’années pour comprendre que non, 2012, ce n’était pas la fin.

Ou alors, ce n’était pas la bonne date.

Marchant dans les rues d’un Toulouse assommé de douleurs et de stupéfaction à la fin du mois de Mars, je me demandais si la fin du monde ne s’était pas invitée un peu plus tôt. Pour les familles des victimes, clairement oui.
150 morts dans un attentat au Nigeria quelque temps auparavant, Whitney Houston qui part faire un duo avec Jackson tout là-haut, le naufrage du Costa Concordia, des triples buses qui nous retirent un triple A… Et il ne fallait pas s’appeler Armstrong cette année. Après les piqûres de Lance, Neil a préféré repartir chanter du Sinatra sur la lune. Manquerait plus que Louis meurt et là, ce serait le pompon… Quant au dépeceur de Montréal, si vous l’avez loupé, ne vous en faites pas, on vous prépare un biopic. Musicalement, en trente ans, on est passé de David Bowie à PSY, ce qui prouve qu’en terme d’évolution, si l’Homme continue de grandir en taille, ses tympans se réduisent en goût. Si vous aviez aimé le tsunami, vous attendiez Sandy avec impatience. Mais quelle déception, si peu de morts… Ouf, il y eu Newton pour rattraper le coup.
Alors oui, Obama a été réélu, mais à la tête d’un pays qui emprunte pour payer les intérêts des prêts qu’il a contractés. Le moindre citoyen agissant de la même manière finirait en taule…
Mais c’est la crise. La crise… Un homme né en 1973 a connu plus d’une trentaine de crises. Tout va bien, c’est son quotidien. Avalant son anxyolitique, « his precious », il s’endort au choix, devant une émission de télé-réalité qui lui donne l’impression qu’il y a plus con que lui, ou devant un documentaire sur les enfants mourant de faim au Sahel, ce qui lui donne le sentiment qu’il y a plus malheureux que lui ou alors devant une comédie française dont le budget gonflé par les producteurs a été entièrement financée par la chaîne de télévision qui est elle-même financée par la redevance de notre bonhomme… Et il se rend compte que le film n’est même pas drôle… Vous reprendrez bien un petit Lexomil ? Pour la route…

Entre nous, pour ces vœux, j’aurais aimé être cynique. Si, si, vraiment.

C’est peut-être une vision de mon esprit tordu, mais je pense que cette pauvre année 2012 a flippé. L’année 2000 et son présumé bug sont venus lui casser la tête en lui disant que personne n’allait l’aimer, tout ça. Alors, 2012 s’est bourrée la gueule et s’est réveillée, une barre dans le front, un peu trop tard… Allez, t’es pardonnée, personne n’est parfait.

En regardant cette année, moi, à la place de Felix Baumgartner, j’aurais pas voulu redescendre. Elle est belle la Terre oui, mais vue de là-haut, uniquement.

Pourtant, à y regarder de plus près, il y en a de beaux êtres humains. Ils sont tous un peu penchés, par amour, par douleur, par compassion, par tendresse, ils sont tous un peu penchés comme des arbres soufflés par le vent. Mais ils avancent et leur Foi, leur Espérance, leur Humanité me feront toujours croire en eux.
C’est à eux, donc à vous que j’adresse mes vœux les plus sincères. Je vous souhaite une santé de fer pour tenir, soutenir, pour aimer, pour gagner, pour se relever, pour relever, pour éteindre et étreindre. Je nous souhaite de nous voir toujours plus pour dire « je t’aime » aux vivants et non pour « liker » nos statuts et pour rire, envers et contre tout, parfois contre tous.

Et le regard en l’air, j’envoie un baiser à celles et ceux qui me laissent de leur passage plus de joies que de peines. Même de là-haut, même debout, je sais que vous vous penchez pour garder un œil bienveillant sur nous. A un de ces quatre.

2013, je t’en prie, on est prêt, avec toi, à nous rendre la vie plus belle…

Je m’appelle Lilian Lloyd et j’approuve ce message.